Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - VINCENT R.

Publié par ERIC DUBOIS sur 11 Juin 2013, 19:04pm

Catégories : #poèmes

Homère
 
Dans les confins scintillants d’une caverne profonde
Vit un ermite recouvert d’une bure miteuse.
Le souffle rauque, il trace avec application des lettres
Sur l’écorce rêche d’un arbre qui ressemble à un livre.
A la lueur d’une bougie épuisée
Des ombres dansent autour de lui :
Ce sont celles des Morts qui lui parlent,
Murmurant les mots qu’il retranscrit fidèlement.
Parfois son crâne veiné se relève et il scrute les parois humides,
Avide d’apercevoir la funeste chorégraphie ;
Mais les ombres ne dansent plus, elles le fixent
Intensément.
Il se penche, à nouveau,
Elles dansent.
Il écrit laborieusement des contes
Où les mortels s’unissent aux étoiles,
Où les héros sont punis par des monstres,
Où l’univers tremble.
Mais les symboles mystérieux, nul ne les lira jamais,
Car nul ne s’intéresse aux paroles des morts qui dansent dans la nuit,
Et pleurent devant un vieil homme. 
***
Les feuilles mortes
 
 
Tu peux saigner, visage graveleux,
Toi, souillé par les crachats de l’automne !
Les feuilles mortes ne t’apporteront
Nul réconfort, nulle poésie,
Puisqu’elles sont mortes.
D’aucuns entendent résonner,
Devant ce désert recouvert de cuir,
Une mélopée douce et mélancolique ;
Mais toi, souillé par les crachats de l’automne,
Tu ne vois que l’assourdissant arc-en-ciel de l’Ennui,
Ce pont d’Ebène enjambant le Styx
Que les morts aux lèvres nonchalantes
Arpentent mollement.
*** 
 
La mémoire des mots
 
Ces mots que le grain du papier macule,
Tracés à l’encre d’une splendeur sans fin,
Encre que d’aucuns nomment la Mer,
Ami, souviens t’en.
 
Ces mots qui, parce qu’ils Lui crachèrent au visage
Leur terrible et sardonique grimace,
Furent bafoués jadis par le Destructeur de tour,
Ami, souviens t’en.
 
Ces mots qui ont si souvent dansé à la table des dieux,
Habillant l’Olympe d’une robe nectarine
Brodée d’emphatiques épopées,
Ami, souviens t’en.
 
Ces mots qui se cachent derrière l’ombre du Silence,
Ce mutisme aux ailes membranées et tristes,
Et viennent en un éclair lui apporter le plumage du Sens,
Ami, souviens t’en.
 
Ces mots qui n’ont jamais tué personne,
Ces mots qui écrivent le monde,
Ces mots qui sont tout,
Ami, je t’en supplie, souviens t’en.
 
***
Lutte mémoriale
 
Entrelacs sans fin de tissus nerveux et liquides,
Empreintes à peine effacées sur le sable mobile,
Les souvenirs qui t’appartiennent balaient
Le fond de la bulle opaque et brûlante
Qui me sert d’âme.
Ils se livrent un pugilat silencieux et cruel
Pour savoir qui de toi, qui de moi
A commis la Faute.
Les ondes lacrimales ne cesseront jamais
De laver nos désirs, de noyer notre conscience
Et de ruisseler sur l’autel craquelé
Des Joies et des Peines.
 VINCENT R.

Il se présente :

 

 

J'ai 22 ans, je suis étudiant en lettres classiques et j'écris un peu de poésie. Je suis grand amateur de la mélancolie du 20ème siècle, notamment à travers des hommes comme Tristan Tzara, Aragon, Char, Breton et j'en passe.

vincent.robert4@yahoo.fr

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents