Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - THOMAS PONTILLO

Publié par ERIC DUBOIS sur 1 Janvier 2012, 18:08pm

Catégories : #poèmes

 

 

 

 

 

I

Monde né d’un amour

que l’homme peut porter

à la déchirure qui le fait être,

seul sur la lande intérieure

d’un pays ressuscité.

 

Mais le monde a-t-il besoin de nos larmes

pour guetter la lumière

et repousser l’ombre ?

Ah, tristes aveugles dans nos demeures froides,

à peine ose-t-on poser le regard

maladroit sur les roches furieuses

qui domptent l’orgueil, la fièvre,

d’une mer retrouvée

par les grandes nuits d’évasion.

 

A peine ose-t-on poser le regard

sur le masque du visage

que le miroir reflète

et que la mort coud,

trop occupés à composer pour elle

des chants de pure peine.

 

Et pourtant,

heureux de ce temps passé

à nommer dans l’obscurité originelle

ce qui tremble sur nos lèvres,

il nous arrive de lire ce peu de terre

et de ciel

avec justesse.

Et la tristesse aussitôt gagne

nos cœurs,

ce qui tremblait sur nos lèvres

fuit au fond de l’âme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II

 

C’est un battement dont la mesure

est plus forte que la mort

qui guette dans la nuit.

De sa lumière,

ne reste que le grand poème

qu’elle écrit sur la terre

et que je salue,

innocente et pure elle déplace

la mort

dans les tréfonds d’un lieu

qui est moins que la mémoire,

l’amour

au seuil d’un empire

qui est plus que le monde.

 

Ses bras annonciateurs

annulent les mots – si lourds,

dont les pierres semblent user pour dire leur tristesse,

brisent l’inertie de nos cœurs

transis de douleur,

et leur voix irradiant au plus haut de leurs notes

invoque un homme que nous ne sommes pas encore,

une beauté qui meurt de ne pas être vue.

 

Quelle est cette loi

qui gouverne le secret

de nos émois ?

Assemblée d’images, d’arbres et de poussière

attisée

par le bruissement doré d’octobre glorieux,

ou bien la parole vive – le chant d’un ailleurs

immanent

dans la blancheur éternelle d’un matin

qui révèle le bord palpitant du vivre.

 

 

 

 

 

 

 

III

 

Des larmes ont coulé

sur le papier – peut-être quelques photographies

ou bien des mots amers que l’on ne peut pas lire…

Elle a relevé la tête et lui a dit :

« Renonce à ta mémoire

friable,

elle n’est que poussière

(ce peu de temps)

et l’épaisseur de nos jours

si maigres ne fait pas un poème. »

Renoncer ?

Nos mots comme un visage découvert

devant la face de ceux qui n’ont

que leur chagrin pour chaleur.

Et ces débris de vers,

pareils à des tessons que le malheur

aurait semés sur nos chemins hagards…

 

Il marche vers la mer et elle murmure :

« ne pars pas.

Prends mes mains, tu y trouveras

la vie plus simple qu’une couleur. »

 

Un frisson le parcourt,

il crie :

« J’ai ma demeure dans le vent,

j’ai dans le vent ma grandeur. Et je sais

qu’il n’y a pas de repos

sans pesanteur de l’esprit. »

Elle le regarde s’éloigner, c’est déjà la fin d’un monde.

 

Elle reprend :

« Tu aurais donné notre amour

pour une solitude assoiffée,

tu aurais jeté dans le

feu de la forme pure

ma tendresse

pour la beauté nue. »

 

Elle regarde au loin

quelque horizon où se

perdre

comme on perd un homme,

c’est-à-dire toujours comme on meurt.

 

Je n’aurais pas dû être

femme aussi peu folle,

peu légère.

Ainsi l’amour,

le désir jusqu’au bout de l’énigme

contre le deuil aveuglant

et pourtant indépassable

des grandes nuits où mûrit l’alliance…

 

 

 

 

 

 

 

 

THOMAS PONTILLO

 

 

Thomas Pontillo est né en Lorraine, en 1989. Licencié en philosophie, il poursuit actuellement un master philosophie à l’Université Paul Verlaine de Metz et à l’Université du Luxembourg. Publication dans diverses revues comme Arpa (à paraître), Comme en poésie (à paraître), Le capital des mots, Libelle ainsi que dans un recueil collectif paru aux Editions Flammarion (Poèmes en LOFT).

 

 

 

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