Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS- THIERRY BATT

Publié par ERIC DUBOIS sur 15 Août 2011, 19:34pm

Catégories : #poèmes

LES JOUEURS

 

 

 

Les joueurs de cartes devant moi

Sont assis en carré autour de la table

Baignée de la lumière grillagée d’une fenêtre

Ils abattent des as des piques et des carreaux

Se tenant le ventre parlant fort

Laissant leur poing tomber sur la pioche et sur la nappe

En même temps que les trèfles qui coupent

Leur jeu en éventail dans leur main droite

Souffle des jurons et des mots

A leur tête noire rouge

Et grise d’eau de vie

Ils fument se tournent et se retournent

Dans leur jeu manque la dame de cœur

Elle se pavane sur mes genoux

Ma main sur les seins

 

 

 

*****************

 

 

 

DANS LA PRAIRIE

 

 

 

 

Dans la prairie des fleurs et des noyers verts

Dans la prairie gorgée de printemps et de vie

Une mitrailleuse bat la mesure

Masse noire dans le noir de la boue

Les soldats dansent avec des obus qui explosent

S’enroulent dans le panache des lumières enflammées

Lèvent la jambe et sautent en claquant des dents

Une touffe d’herbe au bout du fusil

Ils errent silhouettes grises sur le sol labouré de casques fêlés

D’éclats métalliques et de bottes ruisselantes

Vers des ombres luisantes qui les acclament à genoux

La nuit les berce de sa pâleur

Embrasse les mots inconnus sur des peaux déchirées

La lune leur sourit

Brûle en leurs yeux les gaz asphyxiants

Et les balles de fusils du 14 juillet

Les saluent en étoiles qui filent qui aveuglent

Certains sont endormis éreintés par les entrechats

Le sourire aux lèvres les jambes pliées

Au fond d’une ornière ou contre une touffe de marguerites

D’autres chantonnent une prière pour leur mère

Se tiennent le flanc rougi d’amour

Et du bout de leurs moignons

S’agrippent à l’heure des souvenirs

Où les soupes sont toujours chaudes et fumantes

Les bouches ouvertes fument à côté d’eux

Les yeux se tournent vers les heures gaies de l’enfance

Les lames s’enfoncent entre les os retournent les cœurs

Et les soldats explosent en feu d’artifices

C’est le jour de la bataille

C’est le jour où tu m’as dit : « je t’aime »

 

 

 

***********************************************

 

 

 

IL Y A DES FEMMES

 

 

 

 Il y a des femmes qui tombent des nuages

En goutte de ciel que le vent fouette

Des femmes de granit jaunes comme les étoiles

Qu’on ne regarde que dans la chaleur des draps

Il y a l’amour qu’on leur ôte

L’amour qu’on explore jusqu’à la tombe

Quand on saigne de lèvres trop mordues
Il y a des femmes qui germent dans les lits

Au cœur des linceuls de satin

Qui clignent des yeux qui supplient

Qui défient avec du sang au sommet des cuisses

Il y a la mer qui les emmène

La mer qui écrase les falaises

Remplies de nids d’œufs et de mouettes

Il y a des sculptures antiques comme des femmes

Des femmes qui adoucissent les maux qui pendent les mains

Pour mieux explorer les corps

Qui attendent amantes soumises qu’on leur brise le dos

Il y a des femmes qui courent main dans la main

Vers des oiseaux cercueils tropicaux

Des femmes comme des coquelicots que l’on désire

Il y a des femmes sans baisers qui s’endorment

Des femmes qui pleurent laides dans le froid des draps

Et il y a toi

 

 

 

 

 

***************************************

 

 

AU CHAMP

 

 

 

 

C’est un champ perdu fleuri de sillons et de pierres

Où germe l’or des épis prometteurs

Tendant leurs grains vers le soleil

Tordant leurs racines vers les nuits souterraines

C’est un coin parfumé de campagne

 

Une paysanne le sein nu et gorgé de lait

S’y repose paisiblement entourée de lumière et d’habits

La tête à l’ombre des blés

Le pied dans l’herbe

Son tablier constellé de tâches et de rousseur

Est à peine retourné

Elle fixe au loin le vol des moineaux

 

La brise chante timidement

Entraînant les épis dans la ronde

Le Ciel caresse ses flancs

Mais elle demeure immobile

Insensible aux parfums et au mouvement

Elle offre sa bouche aux caresses du soleil

 

Ses mains pâles et usées

Se reposent sur son ventre déchiré

La vie et son sang s’en échappent

Ultime offrande à la terre qui l’a nourrie

 

 

 

 

 

 

THIERRY BATT

 

 

 

 


 

 

  • Né le 18 avril 1973

  • Passionné par les orchidées et la nature

  • Publié au sein de l’anthologie Flammes Vives

 

 

 

  Palmarès concours de poésie - Année 2010 :

 

1erprix  :

 

- Les Amis de Thalie

- Les Amis de la Bibliothèque de St Pan, (à l’occasion du Printemps des Poètes)

 

2èmeprix :

 

  • Prix René Chateaubriand, Société des Poètes Français, Jeux floraux du Béarn

  • Association Philémon

 

3èmeprix

 

  • Société des Poètes et Artistes de France

 

 

  Palmarès concours de poésie - Année 2011 :

 

1erprix  :

 

- Les Amis de Thalie

 

2èmeprix :

 

- La plume Colmarienne : Plume d’Argent

 

 



Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents