Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - ROSEMAY NIVARD

Publié par ERIC DUBOIS sur 24 Janvier 2012, 11:51am

Catégories : #poèmes

Entretien médical 

Que se passe-t-il autour de la table
Piqûre de guêpe, aiguillon, tintamarre
Tout cela bute au mur d’une frange penchée
Un hostile, un écran
Que se passe-t-il, à oser évoquer des souvenirs poignants
Ma blouse blanche étroite d’un coup
Mon sourire qui s’efface
Un silence qui joue à cache-cache
Je deviens binôme fantôme
Ajustant la voix off du fil conducteur
La voix sens, la proposition thérapeute, la voix apaisante
Ajustant ce fragile chemin à mes propres rêveries
Au voyage, parfois je me perds, parfois je m’endors
Retrouvant l’écorce rugueuse des arbres
Un tamarin si haut, entouré de rochers ponctués de lichens gris
Où les poules grattent et picorent sans soucis
Dehors le jardin n’a que bouleaux blancs à me proposer
Et les silhouettes floues du brouillard d’après-midi
Je flotte, un mensonge me ramène, j’aimerai crier
Je ne suis qu’un fantôme volontaire, un fantôme à mémoire
Détails à ciseler, à polir, à conserver, à rénover, à rajuster
Je me sens parfois couturière, fil et tissus
Mensonge d’une broderie d’araignée au lever du soleil
Incrustée de rosée


***

Jour de repos, allumez la lampe

Les livres sont muets, ils prétendent que notre voix
Lancée à tue-tête va leur sauver la mise
Qui tue-t-on le silence ou le silence dans la tête
Je te cherche comme des images d’arbres gorgés de fruits
Je cherche le bruissement des pages du verger,léger chatouillis
de l’herbe à côté de l’humide tache brune de la terre qui s’éveille
Je te rêve comme un opéra chanté à tâtons par une chorale
débutante.Dans ma pensée tu es plus qu’un livre unique
Tu es le silence riche, profond, soluble à mes attentes, lumière
discrète en relais du soleil que je contemple étonnée lorsqu’une
nuit tombe doucement dans un décor sépia

***

Les jours des mots

Les jours des mots son comptés
Dans ta bouche édentée
Ils ne sortent plus que le soir
Dans ces moments entre chien et loup
Où la grande vieillesse ressemble
À l’angoisse du nouveau né
Dans un souffle s’éructe ton dernier cheval
Et là notre peuple blanc
Découvre ce que tu as pu mener
en tes racines profondes
Un bel été, des contrées aux franges des catacombes
Les derniers mots qui sortent au grand jour sifflent
Smack d’un mélange, rythme, suspension de tes dernières vapeurs
Je me surprends à t’écouter novice du monde blanc
De ton récit comique et pathétique
Cette infime partie de l’autre que tu as pêchée
Je ne sais comment
Je me surprends à chercher ce cheminement de la communication
Sens qui s’acharne à traverser, de pensée en pensée
Où chacun s’abreuve
Ma langue, celle dont j’ai sucé le suc je ne te l’ai donnée qu’en confettis
Et me voilà ravie de voir un dépassement de ces servitudes
J’avais eu peur de te laisser sans boussole
À l’écart du monde créole, pan de voile d’un métissage
Points sans ancre
À l’écart des tréfonds du monde de France, par ma méconnaissance
Et voilà l’hôpital qui s’anime sous ta bouche
Petits croquis des âmes, entre pastel et gribouillage
Dans le ressenti de ton premier stage



ROSEMAY NIVARD

Au fil de ses recueils intimistes, Rosemay Nivard nous convie à un voyage
en poésie, une poésie du quotidien qui vient rendre compte du fil
conducteur de nos vies.
Des moments où on regarde son paysage
de naissance aux moments infimes que nous avons tous vécus,
la poésie de ses recueils joue à saute-mouton avec
cela.

Est-ce une poésie de voyage, est-ce une poésie de l'âme, il y a
hésitation, en tout cas il s'agit de regarder ( paysages de l'Île
de la Réunion, description de scènes d'hôpital, narration de
son quotidien et de ses participations aux différents salons du
livre ) , de ressentir ( la douleur de l'autre, la joie incongrue,
la souffrance psychique ) de vivre tout simplement ( un moment
dans Paris ).

En tout cas après 6 recueils :Poésie Couleur insulaire, Douleurs et Poésie
Créole, Océan Indien, A Fleur de Peau, Pommes d'hôpital, Exsangue,

un recueil collectif avec Pierre Maréchaux et Laurence Bouvet :
Spiritualités
.

Trois participations à anthologie :Pour Haïti, éditions Desnel 2010,
Outremer, Trois Océans en poésie,éditions Bruno Doucey 2011 ,
Océan Voice,anthologie bilingue .
Et des contributions à de
nombreuses revues.

Nous pouvons dire que Rosemay Nivard est un auteur à lire et à découvrir,
son envie de partager aux différents salons reste toujours visible...

Présidente des éditions Les Xérographes, elle aime témoigner de
l'importance de la petite édition
.

Mise à l'honneur au cours de l'année 2011 ( Fête de l' Outremer )
ses textes ont fait partie du corpus étudié dans les écoles dans le
cadre du Printemps des
Poètes, ainsi le texte Un quart de pomme
a été illustré ( J Perrin) et exposé au passage Saint-émillion à Bercy,
et ses textes chuchotés dans la rue par des passeurs de
poèmes
( notamment Denis Parmain ) et au Jardin d' Acclimatation de Paris
.

Une lecture à la FNAC des Halles ( nouveauté dans
ce lieu ) octobre 2011 avec Bruno Doucey et Daniel Maximin.
Dernières actualités : Salon de Melun janvier 2012, Salon de Saint
Germain Sous Doué : 5 février 2012.




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