Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - PATRICK WILLIAMSON

Publié par ERIC DUBOIS sur 6 Avril 2011, 10:52am

Catégories : #poèmes


 


Why


1)

Why

bâillonné

il se traînait
le long des dalles

pieds douloureux
jours comptés

au cœur de la solitude

        *

clameur de l’homme

il se dissimulait derrière
le judas

rêche
de pensers rudes

enfermé


        *

empêtré

sombre silhouettes
arbres pleureurs

bleu de froid

embroussaillé
une station de croix



        *        

emberlificoté de paroles  

langue perfide
cœur divagant

discorde
entre frères

brisé
sans recours

        *

ferraillé
d’un irrémédiable gris

vide
derrière l’apparence

empli d’amertume, voilà pourquoi




2)


Why


joyeux

il effleurait
les dalles

pieds douloureux
jour après jour

moins solitaire


        *


bonté de l’homme

il se tenait devant
les portes

régal
pensers fluides

libéré

        *


bourgeonnements

nette découpe
arbres épanouis

miroitants de chaleur

une majestueuse
station de croix


        *


forte de paroles

langue honnête
cœur qui tisse

des chaînes
entre frères

élévation
lumière


        *


instant et mouvement

résolument optimiste
ceci est éternel

quelque chose
derrière l’apparence

vas-y, voilà pourquoi!




Les mains

Nos visages pâlis par la lune morte, par l’hiver
de nos mains noircies par la terre,
de fissures pleines de sang, des volutes
imprimées dans la cendre – nous avons signé notre œuvre.

Nous avons extrait la violence de la noirceur
du puits, nos mains nues enserrant
les gorges ; les index et les pouces avides
ont tranché, éventré, brûlé
un océan de chairs brunes.

Levez vos mains –prêtez serment,
cela ne supprime pas les hurlements dedans,
peau et tendons blanchissement des jointures
quand je saisis le livre saint, et la crosse de fusil.

 

 

Inondation


Des arbres sont abattus, des pieds squelettiques emportés
par le sol mis à nu, les eaux plient leurs articulations
et toutes ces relations se noient.

Des rameurs pagaient en silence
parmi les hurlements de langues immortelles,
ils tanguent doucement dans le sillage, les morts reposent.

Des inconnus innombrables flottent en aval de la rivière,
se heurtant dans une ultime conversation
qu’aucun mot ne peut rapporter.

Des torches dérivent posées sur les eaux gonflées du fleuve,
des nuages passent sur nos toitures,
balayant l’onde chatoyante.

Sur la cheminée la petite télé nous ridiculise;
nous nous gavons d’eau avalant des enfants réfugiés,
chassés par la terre des montagnes.




Hêtre

Le dessèchement de l’arbre quand son bois
est recouvert d’écorce molle, l’encerclement
de la sève qui a durci, tu vois

j’entre, quand les cercles de la vie conduisent
vers des cercles intérieurs de sagesse ; peu importe
maintenant les feuilles et le lierre envahissant

Chaque année les vents deviennent plus violents, les torrents
emportent loin la poussière de la terre
et je grandis, audacieux, au- delà des tremblements

la venue de l’hiver et ton trépas
quand l’âme s’apprête à partir, devenant
plus calme et anticipant son dernier pas.

Laisse-moi voir où est le dessèchement,
et ce qui reste à jamais vigoureux,
ce que le feu et le froid vont combattant
mais ne peuvent arrêter – qu'est-ce que je deviens ?

 

 

 

 

PATRICK WILLIAMSON

 

 

Poète anglais, Patrick Williamson est né à Madrid en 1960 et vit prés de Paris. Il a publié plusieurs recueils en anglais. Il a traduit, entre autres, des choix de poèmes du poète tunisien Tahar Bekri et du poète québécois Gilles Cyr, et édité Quarante et un poètes de la Grande-Bretagne (2003). En 1995 et 2003, il est invité au Festival International de Poésie à Trois-Rivières au Québec. Actuellement, il prépare une anthologie bilingue de poètes francophones d’Afrique et du monde arabe.

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