Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - LOUISE CASTELMIO

Publié par ERIC DUBOIS sur 5 Octobre 2013, 15:15pm

Catégories : #poèmes

 

Durant ces heures lentes

Où framboise à ma bouche



et framboise à ma langue

sucre sirop sucré coule à la commissure



et framboise à ma main

vibrante et chaude amie dans ma paume- enchâssure

au milieu des soupirs



oh je t’ai dégusté

Et ma bouche aux framboises

Oh je t’ai savouré

J’ai léché j’ai mordu je t’ai bu et aimé



Framboise à mon palais

 

 

 

***

 

 

 

Pluie, ville et brume

L’averse allume

Par la fenêtre ouverte

Le rideau des pelouses



Et le silence...

Et le silence ceint la pièce d’un suaire



Un chuchotis tremblé semble froisser son aile            

un friselis à peine, un chuintement si doux,

Qu’il en fait frissonner l’arceau de notre abri



Caresse en sourdine

sur ma peau palpite

Une eau baladine

à mon cou crépite



Profonds soupirs… et ce silence…

et le silence gris descend comme une onction



- Crépitement pointu de l’eau sur le bitume

C’est ma jeunesse enfouie qu’à pleine âme je hume

C'est l'odeur de mes rêves blancs à faire éclore

C’est la vapeur des ifs au pied du mont Thabor.





Que sais-tu de la pluie toi qui frôles mes courbes ?

Peut-être es-tu celui qui retires la tourbe

Au vin noir de la nuit ?



et le silence gris

étire ses dix voiles

puis se pose alentour



car sache mon ami

qu'à l'heure où tu noircis

nos portées de frissons



j'entends

la pluie

 

 

 

***

 

 

Qui prendra pitié d’elles,

ces femmes, dont les hanches prodigues

chaloupent d’indolence

le long des chemins secs

pour ramener de l’eau à l’heure du réveil

pour ramener de l’eau à l’heure du sommeil

ces femmes, et leur maintien prudent de hérons des marais au milieu des serpents

Qui prendra pitié d’elles ?





Qui prendra pitié d’elles,

Elles, femmes Congo

Femmes du pays aux trois fleuves ? :



Femmes de l’est et des collines – la luxuriance sous vos pieds

Miserere

Femmes du sud, lente savane – pas lent des zèbres et des buffles

Miserere

Femmes du nord dans les forêts – les houppiers verts, vos parasols

Miserere

Femmes de l’océan à l’ouest - vous qui reprisiez des filets

Miserere



Je pleure vos larmes rentrées

Votre courage de victimes

Pleurent vos sexes mutilés

Et ces cris sortis de vos bouches

Les cris de vos vagins ouverts ensanglantés :

Ils m’ont violée

M’ont déchirée

Et tailladée

M’ont perforée

Balles et clous

M’ont entaillée

Acide en moi

Un pistolet

Ils m’ont violée

Ils m’ont tuée,

tout le jour et la nuit, oui des jours et des nuits, de l’aube crue au noir minuit

Armée de l’ombre, un cauchemar, oh une horde – c’étaient mes frères

Ils m’ont violée

Sous le volcan

Au bord du lac

Ou à l’ombre d’un bananier



////////////////////////////////////////////////



Pendant qu’il profanait son corps, elle écoutait geindre un pluvier

 

 

 

 

LOUISE CASTELMIO

 

 

Son blog : La plume de Louise .

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