Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS- LAURENCE BOUVET

Publié par ERIC DUBOIS sur 2 Septembre 2011, 11:33am

Catégories : #poèmes

Où se meurt

 

Sous l’ongle noirci de l’indigent

Bat le cœur d’un oisillon

Il remercie la branche qui le salue

Il ne sait pas l’écorce de l’arbre

Ni les invisibles racines

 

Sous l’ongle noirci de l’adjudant

Bat le cœur d’un escadron

Il ne remercie personne

Il ne sait pas la dernière balle

Ni la profondeur de la tranchée

 

Plus loin, un enfant passe rieur

Un cerceau vacillant et roulant

Pour seule arme

Un érable lui tire la langue

Rouge évidemment

 

******

L’éveil

 

Marcher sur un chemin en train de se creuser

Peut-être même en train de s’ignorer

De naître et de périr d’un même geste de flamme

 

C’est qu’un vertige propose son assaut

Au point de suspension

Et de feindre l’élan ne suffit au voyage

 

Marcher immobile puisque le bras s’avance

Et qu’un funambule prend des notes

Sur les ardoises des toits protecteurs

 

Les signes attendent leurs miroirs

Suspendus à des paupières mi-closes

Ô Filets tendus à la criée des étoiles !

 

Vos cils déployés comme des frontières

Exigent de la lumière les raisons du passage

L’âme noue ses doigts de glace mais le cœur ondoie

 

Il dessine une échelle pour en faire le tour

Elle lui raconterait ses souvenirs d’arbre

Si les clés du ciel consentaient à l’offrande

 

Marcher en soi jusqu’au visage intérieur

Dont l’ovale se joint à la courbure de la terre

Tel un heurtoir à la porte de l’univers

 

 

Extraits de « Melancholia si » Editions Hélices

 

 

 

******

 

LA DAME BLANCHE

 

Citoyenne du genre humain, j’étais vivante.

Tantôt d’humeur saumâtre tantôt souriante.

Le destin s’offrait à moi comme on se signe,

De mon côté jurant d’être femme et digne.

Transmuée par le désir issu de l’instinct,

En mon ventre la lune attestait les marées :

« Ô flots prometteurs d’un avenir prolongé ! »

Tant de cœurs palpitaient dans le creux de mes reins.

Mais le Malin penché sur la source de vie,

Hostile au temps et glosant la joie d’être mère,

Posait ses deux mains de pierre sur l’endormie.

Désormais, l’horloge vieillie sonne le glas

En murmurant à la fille d’Epiménide :

« Tu étais fantôme et tu ne le savais pas ! »

 

(inédit)

 

LAURENCE BOUVET

 

 

© Le Chaînon Poétique

 

Laurence Bouvet est née à Saint-Mandé dans le Val de Marne en 1966. Psychologue de formation et psychanalyste, la poésie est cependant depuis longtemps une compagne de voyage fidèle et infidèle. Ses poèmes se trouvent dans plusieurs revues comme Les Cahiers Du Sens, Vivre en Poésie,Le chaînon Poétique. Après "Spiritualités", recueil écrit en collaboration avec Rosemay Nivard et Pierre Maréchaux, paru aux éditions Le vert galant, elle publie en 2007 Melancholia Si aux éditions Hélices, "Traversée obligatoire" en 2009 et "Unité 14" en 2010 chez L'Harmattan. A noter un texte de Laurence Bouvet dans l'anthologie « L'année poétique 2008 » chez Seghers.

 

 

Fiche Wikipédia :

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Laurence_Bouvet

 

 

 

 

http://helices.fr

 

http://www.editions-harmattan.fr

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