Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - GUILLAUME DECOURT

Publié par ERIC DUBOIS sur 20 Décembre 2011, 12:07pm

Catégories : #poèmes

 

Dégoût

 

 

 

 

La scissure de la nectarine ordinaire

L’ennui plongé de l’homme valétudinaire

Qui déteste les gens car ils sont malheureux

Qui vitupère

 

Les escarres qui s’émiettent dans la panière

La moue les simagrées de l’autre sans manière

Qui déteste les gens car ils sont malheureux

Qui vitupère

 

La mérétricule entre l’agneau le dessert

Le guillochis des cils l’impuissance du cerf

Qui déteste les gens car ils sont malheureux

Qui vitupère

 

 

 

*******

 

Énergumène

 

 

 

 

 

Il habite à Paris. Au fond d’une cour au rez-de-chaussée. Une sorte de petit jardin encaissé. Une espèce de potager en friche, ombragé par un bouleau blanc jamais émondé. Bois dormant maladif entre des murs décrépits que sillonnent de profondes lézardes, où de grandes plantes épiphytes attachent leurs griffes. Vous passez d’abord devant la guérite d’une concierge yougoslave qui défrise ses rouflaquettes con délicatezza.Ensuitela lumière vacillante d’un lamparo, à travers les vitres sales d’une fenêtre à meneaux entr’ouverte, et des roulements de tambours comme à l’ouverture d’une Bachianas Brasileiras. Sous la sonnette on peut lire : « Lino&Lino, sociologue, herboriste, apiculteur, chef d’orchestre, gynécologue et pêcheur à la mouche. Essuyez-vous le lichen au tapis de raphia ci-dessous. Et mouchez-vous ! »

 

 

 

 

*******

 

 

 

Tumulte

 

 

 

 

 

Tu recevais insouciant

Le tumulte de ses flots de vie

 

Makach walou

Hurlait-elle

 

Lorsque nous préparions des barbecues l’été

Du mois doux

C’est elle qui retournait les chipolatas

 

L’ivrognesse avait un nez rouge de clown

Une bouée de sauvetage

À sa taille de contrebasse

 

Elle était un peu voyante sur les bords

 

 

 

 

*******

 

 

Servitude

 

 

 

 

 

 

 

Mauvaise année !

Les rates bouffées par les doryphores

Ils pourront toujours les donner aux cochons

 

Dans la vie

Tout n’est qu’une histoire de bitoniau

Un temps pour tout

Un tout pourtant

 

Tu m’aimes dit ? Tu m’aimes ?

 

Enrayée la moissonneuse battante !

Bon grain

Mal grain

Comme la crénelure du ventre à la naissance

 

La vie quadrillée

Partout les corps

À la lisière de l’obtempérance

 


 

 

*******

 

 

Divertissement

 

 

 

 

Rire

 

Bal masqué

Dans un appartement de la rue Jacob

Cette jeune femme en almée

Et ce jeune homme en janissaire

S’entretiennent de l’existence

 

Rire

 

Dans le salon

(Lui aussi masqué par un moucharabié)

On tente d’être

Le plus crédiblement crépu

 

Rire

 

Sous le regard interloqué du soldat

Ottoman

Elle croque un macaron

Et lui explique en trépignant

Qu’elle aime commencer la vie par le dessert

 

Rire

Rire

Rire

 

 

 

 

GUILLAUME DECOURT

 

 

 

Vingt-cinq ans. Poète et pianiste.

 

 

Publications :


Poésie: « La Termitière » (avec une préface de Frédéric Musso), collection Polder, éditions Décharge/Gros Texte, 2011

 

 

Publications en revues :

 

« L’Atelier du roman » n°66 (éditions Flammarion) ; « Borborygmes » n°19 ; « Dissonances » n°20 ; « Décharge » n°152 (et Itinéraire de Délestage n° 302) ; « L’Autobus » n° 3 et n°5 ; « RAL,M » n° 70 ; « Traction- Brabant » n°40 et n°44 ; « Mgversion2datura » n°69 (avec traduction anglaise) ; « Coaltar » n°juin 2011 et novembre 2011 ; « Microbe » n°66 et n°70 ; « La Passe » n°13 ; « Les cahiers d’Adèle » n°8 ; « Nouveaux Délits » n°41 ; « Cairns » n°10 ;

 

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Pierre 01/05/2012 19:08


Superbe.

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