Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - GRÉGOIRE CABANNE

Publié par ERIC DUBOIS sur 17 Juin 2013, 15:48pm

Catégories : #poèmes

 

§ J’ai dressé mon stylet contre la lumière du soleil. L’ombre qu’il fit n’a pas caché le soleil. Mais le soleil n’était plus entier ; lui seul, dans tout l’horizon, s’est trouvé divisé.

 

Peut-on diviser la lumière du soleil ?

 

 

§ Les hommes disent : « voici la lumière, elle éclaire tout et fait le monde beau : révérons-la, car elle apporte le jour, et sans le jour il n’y a que nuit et mort. » Sagesse des hommes. Mais quand la nuit vient, je puis encore gagner le haut de la dune et m’y tenir immobile, et continuer de vivre quand tout se tait et que les hommes dorment. Savent-ils, quand ils dorment, que la vie continue, ou est-ce moi qui fais un rêve ? Dans ce rêve il y a mille étoiles, et ce sont comme les âmes éparpillées des hommes, bercées par l’obscurité qui seule les repose et apaise leur inquiétude, et que le soleil à son retour rassemble pour que la vie reprenne. Ô soleil, source de vie !

 

§ On dit que le soleil est la source de toute connaissance, car sans lui, rien ne serait visible et rien ne serait engendré, et par là il n’y aurait rien à connaître. Serais-je plus savant si je regarde longtemps en face le soleil, jusqu’à ce qu’il ait consommé jusqu’à ma vue ?

 

§ Si le soleil peut tuer et tout ravager, car c’est lui qui incendie les forêts, qui sont au-delà du désert, et qui vide l’eau des oasis quand la terre absorbe celle des puits, n’est-ce pas lui aussi qui a fait le désert, où il règne sans rival, et n’est-il pas l’ennemi de la vie.

 

Ou : ce que le soleil nous donne, n’est-ce pas pure générosité de sa part ?

 

Et, s’il est source de vérité, pourquoi serais-je aveugle en le regardant de face ?

 

A moins que la vérité qui émane du soleil ne soit elle-même obscurité…

 

 

 

§ Le soleil a besoin de mes yeux pour être le soleil, car si personne n’y regardait rien ne pourrait être dit brillant, et dès lors il n’y aurait pas de soleil. Mais si je ferme les yeux, l’obscurité se fait. Peut-être est-ce alors que je vois le mieux le soleil, car alors seulement je puis tourner vers lui mon visage…

 

Le soleil, n’est-ce pas simplement le fait d’écarter ses paupières ?

 

 

 

§ Si je ferme les yeux, et que je tourne mon regard vers le soleil, je vois une lumière encore, et cette lumière n’est pas intérieure (car à l’intérieur, il n’y a que nuit et obscurité…) : elle vient colorer l’intérieur de ma paupière, comme si ça n’était pas l’intérieur de ma paupière, mais un mur, ou tout autre support.

 

Ma paupière n’est pas à l’intérieur…

 

 

 

§ Si j’ouvre les yeux, je peux voir tout l’horizon, toute la terre et tout le ciel. Je puis voir une caravane qui passe au loin, ombre incertaine et tremblante, mais qui m’est bien familière, et cet homme, cet arbre, cet oiseau qui prend son envol dans l’espace.

 

Et si je ferme un œil, ce village qui était à ma gauche disparaît. Si je mets mon papyrus devant moi, voici que telle portion de l’espace disparaît, mais, même en continuant de regarder mon papyrus, l’horizon, le ciel, ce village au loin où habite ma mère et tout ceux que je connais,- car il y a longtemps que nous partageons tout, et si nous étions privés les uns des autres nous serions aussi seuls que les étoiles, qui vivent dans l’obscurité -, tout cela m’apparaît encore.

 

Mais si je ferme les yeux il n’y a plus ni horizon, ni ciel et terre, ni village et rien de ce qui existe. Ainsi, le monde n’existe que pour autant que j’ouvre les yeux.

 

 

§ J’ai fermé les yeux et j’ai tourné mon regard vers le soleil. Qui donc ouvre les yeux à mon insu, pour que je voie ainsi cette lumière sur ma paupière ?

 

(Extrait de : Les Carnets d’Imhotep)

 

 

 

***

 

VII.



One o 6

 

 

Reine et pleine

Je t’attends

A demain

Pas deux mains

Un azur

L’autre assure

Je t’assure

La facture

Aux orties

La blessure

Aux génies

Les masures

En transit

S’assombrissent

Refleurissent

Ô Génisse,

Illuminée brûlure !

 

 

Pardon parjure

Autres demains –

Pardon salons, silences, décrépitudes !

 

Adieu matins

Adieu souillures,

Adieu bisou gracieux et vain !

 

 

Je me promets calme et parfait,

Obstiné mais toujours plaisir

Partager tout encore Mon chéri chérie… !

 

Je me promets

Là sans blessures.

Mais toujours acharné à partager ta plaie –

Et ta luxure !

 

 

(Extrait de : Le Singe(texte coupé))

 

 

 

GRÉGOIRE CABANNE

 

 

Bibliographie :

 

  • Utopia, Editions MMM, 2011

  • Le Chant de l’Armé, Editions MMM La Calliphane, 2012

  • Animal (poème, extrait), La Revue Xéro, Editions Xéropgraphes

  • Divers extraits parus dans la revue Art-en-Ciel (Association Poèmes épars) en 2011 et 2013, dont des extraits de Carnets d’Imhotep, du Chant de l’Armé, du Cœur du Monde

  • Les Nuits de Grâces, Editions Kirographaires (actuellement demeuré à l’état de prévente, éditions en liquidation judiciaire, attente d’un repreneur éventuel)

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