Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS- GABRIELLE BUREL

Publié par ERIC DUBOIS sur 23 Novembre 2013, 15:18pm

Catégories : #poèmes et nouvelles

Le Monde à la Fenêtre ( in Scènes de Vie)

 


Un réduit
Quatre murs
Lit, table, chaises
Penderie
Un fauteuil

La fenêtre
Donne sur la rue

La rue, la vie
Dehors, ailleurs
Un autre monde
Vivant, trépidant
Courant fièrement
Vers...

un réduit
Quatre murs
Une fenêtre
La rue

Bruissement du temps
Planté sur le trottoir
Face au mur
Un arbre ombrage
Doucement la vue

Pluie, soleil, tempête
Bourgeons, feuilles
Branches mortes
L'arbre me décline
Doucement les saisons

Combien d'hivers
Attendre encore
Entre ces murs gris
Le matin lumineux
Qui me sortira d'ici

La rue, la vie
Dehors, ailleurs
Un autre monde
Vivant, trépidant
Courant fièrement
Vers...

un réduit
Quatre planches
Sans fenêtre
Sans bruit

 

 

***

 

 

 

Averses ( 1 - 3 )

1 - La Pluie

 

 


 

La pluie crépite sur l'ardoise
S'engouffre dans la cheminée
Plonge dans les gouttières
Frappe aux vitres
Sautille dans les rigoles

Elle engorge la terre
Anime l'hortensia
Ravive l'ajonc
Courbe l'arménie
Se brise sur le chardon

Elle griffe la roche
Égratigne le sable
Éclate sur l’écume étoilée
Pianote dans les flaques
Des ronds parfaits

En vain, nul ne la suit


2 - Le Poète et la Pluie

 

 


A l'abri de l'averse
Au coin de l'âtre
Le Poète pensif
Ecoute chanter
Les gouttes d'eau
Qui se mêlent
Aux étincelles
Des bûches

Le grésillement sourd
Rythme les jours gris
Accompagne les pensées
A travers le ciel de plomb

La mélopée de l'ondée
Couvre longuement
La plainte solitaire
Du vent froid et amer

A l'abri de l'averse
Le Poète attentif
Ecrit le rêve insensé
De la pluie esseulée

 

 


3 - Ailleurs

 

 


Il est pourtant
Des pays
Qui rêvent
De l'apprivoiser
De la contenir
Dans des lacs
Salvateurs

Pluie
Source de vie
Voyage
Ennuage
Cet Ailleurs
Et tombe

Evaporée
Ailes brûlées
Sans avoir joué
Sa partition
Sur le clavier
De la terre épuisée

 

 

***

 


1 – Empreinte ( in Humeurs sur le Sable)

Empreinte sur la plage

La marée qui monte
Lèche de ses vagues
Le dessin sur le sable

L'efface à jamais
L'emporte dans l'eau
En pare les étoiles

L'oubli miroite sur l'eau

 


2 – Sable (in Humeurs sur le Sable)

 

 


Nos pas s'effacent
Dans le sable

Les grains insouciants
Jouent à cache-cache

S'agglomèrent et se défont
Rose retravaillée

De vague en dune
Il ne reste rien de nous

Avons-nous seulement
Existé ?

 

 

 

****

 



Les arbres parlent !

«Il faut bien choisir son arbre, l'observer longuement, le comprendre avant de lui répondre» dit Joseph.


Jeanne reçoit la confidence au secret de son cœur, un soir d'hiver. Elle n'écoute plus les adultes, qui devisent tranquillement dans le salon après un bon dîner. Elle n'entend plus que le crépitement de la bûche dans la cheminée. Ses pensées s'affolent, telles les étincelles échappées du bois en train de brûler.

Comment ? Les arbres parlent ! Son grand-père, qui sait tant de choses, n'a pas ri de la réflexion de son ami.

«Il est tard, Jeanne, va te coucher maintenant» dit le grand-père. La fillette obéissante embrasse les amis réunis et monte dans sa chambre.

Sa poupée serrée contre son cœur, Jeanne rêve dans son lit. Elle revoit les arbres autour de la maison. Elle ne les a jamais entendus. Ou alors … elle a cru entendre le vent, qui passait dans leurs branches. Et si c'était des paroles ? Si les arbres essayaient de communiquer ? Elle n'a pas compris leur langage. Mais Joseph a dit que c'était possible, il suffit d'attendre.

Jeanne n'en peut plus. Il faut qu'elle sache. Elle se lève et descend doucement l'escalier. Dans l'entrée, elle enfile ses bottes et passe un ciré sur sa chemise de nuit.

Elle sort, tenant toujours sa poupée. Bravement, elle avance dans le noir.
Au fond du jardin une porte ouvre sur la forêt. La lune souriante lui offre un halo de lumière, qui adoucit les ombres menaçantes. L'enfant arrive dans une petite clairière. Campée bien au centre, elle regarde chaque arbre, l'un après l'autre, tournant sur elle-même. Lequel choisir ? Qui va la prendre comme confidente ?

Des bruits craquent de toutes part et les oiseaux nocturnes s'interpellent. Jeanne doute de pouvoir comprendre tout ce qui se dit dans l'obscurité. Cependant, elle est seulement là pour les arbres. Toute son attention est concentrée sur eux.

Fatiguée, elle s'assoit dans l'herbe douce. Devant elle, un hêtre se balance. Elle le regarde longuement. Le vent s'est levé, apportant l'humidité. Jeanne, transie, s'endort.

Les arbres, penchés sur elle, la protègent des intempéries.
« Réveille-toi, Jeanne, murmurent-ils, il fait froid, tu seras mieux dans ton lit »
Dans son sommeil, Jeanne sourit.

 

***

 


Les histoires à faire peur

"Tout le monde sait écrire des histoires qui font peur... Sauf toi!
Prenons par exemple l'histoire de la petite fille qui court les bois la nuit*. Tous les ingrédients sont réunis pour une horrible histoire! Qui peut même finir très mal!
Au début, tout va bien, si j'ose dire: l'hiver, la nuit, la sortie en catimini... Stop! C'est quoi ces bottes, ce ciré?? Et puis quoi encore?? Une trousse de survie, peut-être?!

- C'est que, en mère attentive, je n'ai pas pu me résoudre à laisser sortir cette petite, pieds nus dans le froid.

- Pourtant, c'était une image superbe: l'enfant en nuisette blanche qui descend l'allée, tel un fantôme... Bon, elle connait bien le jardin, il ne peut pas lui arriver grand-chose; c'est regrettable. En revanche, dès qu'elle ouvre la porte sur la forêt... on imagine les gonds qui grincent, les ombres tordues qui viennent sur elle ... Tout, sauf cette lune compatissante!

- Dans le noir, tout prend des allures si dantesques...

- Justement! C'était l'occasion d'une nuit profonde, sans lune pour lui prendre la main, ni étoiles pour la guider. Dans la lourdeur de l'obscurité, s'avancer à tâtons, en frissonnant à chaque pas, en retenant son souffle à cause des craquements sinistres, des hululements à faire fuir... Elle, elle n'entend rien!

- Tu sais, lorsqu'un enfant est passionné par quelque chose, il fait abstraction du reste...

- Admettons. Pourtant, quand fatiguée, elle regarde l'arbre... Il devrait danser la gigue sous les rafales de vent! Au lieu de cela, il lui chante une berceuse!

- Elle s'endort, je n'y peux rien ...

- Décidément, jamais tu ne raconteras d'histoire sombre! Juste des contes à dormir debout!

- Toi, tu devrais écrire! Cependant, je ne te lirai pas ..."


* Les arbres parlent!

 

 

GABRIELLE BUREL

 

 


Elle se présente :

 

Gabrielle Burel née en 1957 à Morlaix dans le Finistère. Je vis à Nantes
Passionnée de littérature française, asiatique, africaine, j’aime jouer avec les mots, leur insuffler un rythme, surprendre avec des histoires amusantes ou prises sur le vif
L’océan me fascine et tient une place importante dans mes sources d’inspiration.
Mon blog : http://theblogofgab.blogspot.fr/

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