Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - FURAT ESBIR

Publié par ERIC DUBOIS sur 11 Janvier 2013, 21:30pm

Catégories : #poèmes

 

 

 

Mon pays 

J’aime la pluie qui attouche ton dos 
Ton ombre traverse l’eau 
Je m’imagine un poisson 
Qui rêve de traverser l’océan
Pour te rejoindre 
Ma douleur est un fleuve qui fait le parcours 
Et sur ses deux rives il y a des jours de misère 
Sans parfum 
Le pays nous a fait exiler 
Il nous a jetés 
Comme une pierre dans un océan 
Les lettres ne lui parviennent pas 
Ni les soupirs 
Nous avons franchi les frontières de la peur ,
Et les fils électriques coupés 
Sont comme un corps sans vie 
Un corps que la vie n’a jamais animé
Comme la folie d’une femme
Nous avons chanté les hymnes 
Fait les invocations 
La porte est fermée , a dit le conte
La porte est ouverte , a dit la fin 
Et je me suis égarée entre deux portes 
Telle une étoile qui n’éclaire la terre 
Ni n’allume le ciel

***

Le linceul de la douleur 

De la soie de mon pays

Je tisse les linceuls

Al Moutanabbi* déclame ces vers :

Ö femme ! Qui a cousu  pour toi cette époque ?

De quel parfum sélectionnes-tu  les mots ?

Tu  dis ce que ne dit nulle femme

C’est comme si tu n’es pas

 De la terre de l’Euphrate

De la soie de mon pays

Je tisse les linceuls

Al Moutanabbi déclame  ces vers :

Ö femme de cette époque !

Comment t’offrirai-je  dorénavant le poème ?

Tu traverseras mes mesures métriques

Tu déclameras :

Ö Syrien enveloppé dans le linceul de la douleur

Dieu coudra pour toi l’habit du chagrin

Monte vers lui

Il comprendra peut-être

Le sens de cette douleur



*Al Moutanabbi : l’un des plus grands poètes arabes de tous les temps mort en 965 après J.-C.

 

 



***

 


J’ai le plus beau des noms : FRAT*

J’ai le plus beau des noms
 F qui fuit vers un lieu d’exil
Où il est gardé par l’ombre détenue
R qui voit d’un œil qui saisit
Que la cécité est une jouissance
Pour un aveugle
A , qui comme ma taille , ne se courbe
Que pour boire l’eau
Des sources les plus succulentes
Les entrailles de la terre
Sont comme moi
Haletantes de soif
Nous nous partageons le secret
Enfoui au fond de nous deux
Et nous buvons ensemble.
T avec lequel j’erre telle une étoile
Qui ne résout ni à descendre sur terre
Ni à se reposer dans le ciel

 

 

 

 

 

FURAT ESBIR

 

 

Poétesse Syrienne installée en Nouvelle-Zélande.

 

 

 

NB  :  Poèmes choisis et traduits de l'arabe par Mohamed Salah ben Amor

( critique universitaire et traducteur tunisien )

 

                                       http://www.ben-amor.info





FRAT* : c’est l’Euphrate le grand fleuve d’Irak dont la poétesse porte le nom et qui est prononcé Frat en arabe dialectal dans certains pays orientaux ..

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Jean Luque 05/02/2013 20:59


A propos de "Mon pays". Je trouve le poème très beau, sensuel et émouvant.

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