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LES ÉCLATS DE L’ÊTRE (EXTRAITS)

 

Cultiver la sensibilité envers la souffrance d’autrui.– Si nous refusons de nous intéresser à la souffrance et aux peines des êtres vivants et si nous nous barricadons entre nos murs, quel sera le résultat de cette indifférence à l’autre et de ce repli sur soi ? Probablement la fin de tout lien d’amitié avec l’altérité, et ce sera une situation propice à l’accroissement de la douleur morale ! Nous ne gagnons rien à vivre parmi eux détachéset insouciants, si nous souhaitons partager une souffrance commune, et si nous souhaitons ensuite dépasser ensemble la sensation de cette souffrance – sauf si nous aspirons soudain à la sévérité des Spartiates et que nous décidons de nous endurcirau contact du désespoir de l’autre et non d’y compatir. Mais le sens de l’évolution n’est pas spartiate : encore que, grâce à la rationalisation technocratique et financière, nous ayons extirpé bien des sentiments des relations sociales.

 

Principes embryonnaires de survie pour les mutants en milieu inadapté.– On commence enfin à envisager, à mots couverts, l’effondrement de cet empire dont la finance constitue le fondement au même titre que la croyance en Dieu constituait le fondement des nations chrétiennes, ou la tribu, l’aristocratie, le druidisme celui des peuples celtiques. La personne qui résiste à l’emprise de la finance cherche d’abord à se développer sans rien s’interdire, à se développer selon la nature de son être et non selon une norme culturelle ; chez elle la quête du Graal, c’est de se demander « quelles formes et quels niveaux de la réalité correspondent le mieux à soi ? » Elle examine par conséquent, en profondeur et sans relâche, la moindre perception du monde : en toute occasion, face aux évolutions des sociétés et des institutions, des technologies, des médias, des mœurs, des faiseurs d’opinion, des mouvements de contestation, des masses et de l’espèce humaine dans son ensemble ; elle interroge tout ce qui existe, de la particule élémentaire aux astres, afin de découvrir, en son for intérieur, son essence véritable. Cette ascèse, mise en œuvre à chaque instant de la vie, appliquée de l’infini jusqu’au vide et injectée autant dans l’être que dans le faire, formera la noblesse de vos esprits, mutants de la civilisation future.

 

Refuser la défaite. – Eh ! valeureux vaincus, vous qui subissez de plein fouet les humiliations des dirigeants mondiaux, anonymes sacrifiés, désespérés par votre anéantissement, vous pensez qu’il est de votre intérêt de courber l’échine (parce que la résistance vous semble désormais impossible) ! Vous imaginez que, comme vous avez signifié votre allégeance à vos nouveaux maîtres, vous êtes à l’abri d’un autre coup dur ! Vous êtes confiants et vous espérez encore que vous finirez par retrouver une place parmi vos contemporains, et vous renoncez dès lors au combat ! Quelles que soient vos aspirations à la liberté, le besoin impérieux d’affirmation de soi ne se fait plus jour en vous ! L’acceptation de l’ordre social vous ravale au rang d’esclaves, mais vous vous persuadez d’accéder à une forme de sagesse – malheureux naïfs ! –Tant qu’on estime mériter une vie digne, il est exclu de chercher à recevoir l’aumône des puissants, on ne peut même pas concevoir selon quelles règles on leur devient redevable.

 

FRÉDÉRIC DECHAUX

 

Né le 1ermars 1968 à Barentin (Seine-Maritime).

Inspecteur principal des finances publiques, il vit à Troyes, dans l’Aube.

Il écrit depuis l’âge de 20 ans, mais il n’a vu ses premiers textes publiés (dans les revues Vocatifet Traction-Brabant) qu’à partir de septembre 2013.

 

 

 

Tag(s) : #aphorismes

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