Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - FRANCIS DENIS

Publié par ERIC DUBOIS sur 20 Août 2012, 18:14pm

Catégories : #poèmes


LE PASSAGE









Il fait chaud, une de ces chaleurs moites qui vous colle au corps comme une seconde peau.

Il est recroquevillé derrière le rideau poussiéreux, le mouchoir à la main déjà trempé de désir et d'impatience. Il ne voudrait pour rien au monde rater son passage, la vue lumineuse de ses jambes fuselées qui appellent le regard vers des paradis interdits, son déhanchement de dentelle et d'air pur, le doux balancement de ses doigts épousant le galbe de ses cuisses, les mots qu'elle pourrait abandonner dans la caresse du bitume, toutes les histoires à inventer, tous les regrets, toute l'impuissance en un seul nœud de gorge et de sexe refoulé.

Il se tient les mains crispées aux roues de son fauteuil, allant d'avant en arrière comme un navire à la dérive, les yeux rivés sur la rue balayée d'effluves.
Il va être l'heure. Il la sent, animal à l'affût, guettant sa proie insouciante et généreuse. La salive remonte jusqu'aux commissures de ses lèvres et de folles visions tendent le tissu humide de son pyjama jusqu'au creux de son ventre en ébullition.
Voulant se redresser davantage il se tasse un peu plus au fond des coussins maculés et cloue son regard sur le rythme du dehors, là où tout se joue, là où est la vraie vie, là où il n'a plus sa place, là où les secondes prennent soudain un goût d'éternité...

La voici. Déesse enrubannée de soleil, la reine des reines ! Et le monde devient le théâtre magique où tout est permis, fulgurance, le temps d'une respiration, de parcourir avide la courbe de ses hanches, la rondeur de ses seins, le parfum de ses longs cheveux blancs, puis le mur !

La dure réalité du retour sur soi. Disparue, envolée, gobée par la fureur de la ville !

Le voici seul à nouveau, vissé à son fauteuil qui sent le dépit et la frustration ; sa croix, le compagnon d'un calvaire au quotidien qui lui broie l'âme et l'esprit.

Il s'éloigne à reculons avec la tristesse d'un chien battu, la queue entre les cuisses avec ce liquide chaud qui lui dévore la peau.

Il ouvre sans conviction la porte du frigo puis plonge la main dans la froide lumière pour en retirer son autre souffrance, cette bière à peu de frais qui le console le temps de quelques larmes.

Il s'oubliera le soir tombant, jusqu'au doux lever du jour où il l'attendra de nouveau, vieux bébé ridé collé à la vitre de ses rêves morts-nés, le mouchoir à la main et un sourire de carton pâte en travers du visage.

 

 

 

 

FRANCIS DENIS

 

Il se présente :


Je vous invite à visiter mon blog Télérama où vous découvrirez peinture et écriture:

http://wizzz.telerama.fr/regardeurs


Pour info, mon premier recueil de nouvelles doit sortir aux Editions Kirographaires en septembre.

Voir lien ci-dessous:

http://www.edkiro.fr/les-saisons-de-mauve-ou-le-chant-des-cactus.html

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Annie Forest-Abou Mansour 26/08/2012 11:07


Bonjour,


J'ai beaucoup apprécié la nouvelle intitulée "le passage" de Francis Denis que je ne connaissais pour l'instant qu'en tant que peintre. J'ai donc chroniqué cette nouvelle, pour en faire la
promotion, sur notre magazine littéraire et culturel en ligne : http:/lecritoiredesmuses.hautetfort.com/
Amitiés littéraires.


Annie Forest-Abou Mansour

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