Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS- FLEUR

Publié par ERIC DUBOIS sur 16 Novembre 2011, 12:22pm

Catégories : #poèmes

Cinq serres de neige pour une paume de feu

 

Cinq serres de neige pour une paume de feu,

J’ai mis des auréoles au bout de mes griffes, gare! Des perles de douceur rouge sang, incarnats incandescents, qui roulent, roulent, sous mes ongles calcinés… D’excès enivrée, je glisse des caresses serties d’inconséquence sur mes ecchymoses. Commotions, comme si tout était traduit en couleurs violentes sous ma chair. Arborescence, les veines charrient le flot des vers… les maîtriser, simulacre de sagesse. Dissimuler le flou, simuler l’exactitude des gestes, précision sensuelle exacte comme une danse sans repentance.

Rythme, les corps palpitent, lignes de fuite qu’un rien ébruite. Dérisoire je suis.

 

Cinq serres de neige pour une paume de feu,

Poursuivre l’inconsistance des dieux. Plaisir des sens, sublimes incohérences. Tout ici fait sens :

Le plus petit soupir entre tes lèvres est un flot de ton être que je saisis au vol, serré entre mes ailes, immatérielles, plurielles paraboles.

L’infini froncement de tes cils si longs, silencieux, c’est toute ton histoire qui se révèle sans mot dire à ma chair livrée mais jamais délivrée.

L’imperceptible froissement du drap sous ta main comme le frôlement des souvenirs de papiers déchirés : je les recollerai sous mes caresses, te ferai UN sous ma tendresse, que l’exubérance de tes sens en ma présence te ramène à la toute première innocence.

La bribe de sourire quand tu sillonnes le sommeil, je la devine dans l’obscur drapé de vermeille, tes mots en écharpe, tes perles, tes voyages, tes envies de lointain… Nuage, nuage, je vole dans tes rêves en silence serein.

L’ombre de ton corps sur un drap nu, seule et mes souvenirs cèdent… Sédentaire impossible, vagabonde insatisfaite, que mes cris brouillés de jouissance scellent nos nuits saphirs !

 

Cinq serres de neige pour une paume de feu,

saoule de sensations des cieux, souple est ma courbe, serpente entre les cimes, sillonne les abîmes, sinueuse mais sans concession.

Sans parole et sans rémission, je vis toujours à la frange, le démon et l’ange, et si la résille de mes sens s’irise, c’est que l’essentiel est entre les lignes grises… Contes de mes mains, demains en esquisse, pour que l’avant ne bruisse.

 

Cinq serres de neige pour une paume de feu

Qui disent que toute la douceur du monde est dans l’instant offert. J’ai pris mes larmes sur la stupeur des phalanges, j’ai glissé tout le vrai dans le faux de la fange, et j’ai tu pour laisser deviner… Des auréoles au bout de mes griffes, offrandes aux escogriffes, je suis la fumée de ta cigarette, consumée, constamment, le bonheur d’une respiration dans le gris des multitudes.

Je me veux le souffle, l’anti-habitude. La rosée de l’après-hébétude.

Je donne, je donne,

Ne me rends rien,

Que l’infiniment petit du soupir,

L’infiniment grand du désir,

Tellement et si peu,

 

Cinq serres de neige pour une paume de feu.

 

 

 

***************

 

 

Je m’appelle Fleur, ne te trompe pas quand tu m’annonces sur scène,

Fleur, la rose carmin aux dix mille épines,

venimeuse et dangereuse comme une féline,

Pas Fleur, la douce jonquille, la gentille…

Elle, elle est allée noyer dans la Seine ses rêves de p’tite fille.

Je m’appelle Fleur, ne te trompe plus quand tu m’annonces pour un poème,

Je suis l’aubépine, la plante carnivore,

Celle que le silence déforme et dévore,

La douce pâquerette est allée couper son annulaire,

Avec sa bague, sa tristesse et ses chimères,

Elle a jeté son doigt dans la fosse aux oublis

Et dans la fosse aux lions la rose a repris vie.

 

Je m’appelle Fleur, arrange-moi ça la prochaine fois que tu m’annonces,

Parce que j’ai la rage et les pétales qui froncent,

J’suis pas juste là pour balancer des maux, vider démons,

Je suis debout ici comme une résolution, comme ma révolution,

J’me contente pas d’parler, je suis ici pour agir,

Et si seulement mes poèmes vous faisaient réagir…

La Fleur d’aubépine, elle luttera sans tarir,

Combattra sans trahir

Les idéaux de la trop douce Fleurette

Qui est partie au bar du coin se murger ta tête,

Dopée à ses calmants ou aux amphets,

Entre insomnie et plombs qui pètent.

 

Je m’appelle Fleur, arrêtez d’dire que ça rime avec douceur,

Parfois ces nausées de tendresse me foutent mal au cœur,

J’ai la hargne et si je garde mon petit sourire,

Ne vous trompez pas, je gère avec vigueur le navire,

Alors qu’on arrête de me conter fleurette,

car les grands mots d’amour ne me montent plus à la tête,

la Rose, elle a juste envie d’plaisir, de s’offrir, sans rien dire,

d’gémir, de jouir, des p’tites envies de vampire,

de jouer, tout en sachant donner quand même,

parfois y a plus de cœur dans mon corps quand dans leurs foutus « je t’aime ».

 

Je m’appelle Fleur, et ne me prenez plus pour une niaise fragile,

Car j’ai payé le prix, et l’aie pas eu facile,

Ma vie en dents de scie, aimé, perdu des êtres,

C’est comme si chez moi tout rime avec « peut-être »…

Alors croyez bien que la tendre Fleur,

Elle en avait déjà vu de toutes les couleurs,

Du noir de deuil, du rouge de sang,

Du gris trop vide, et puis des blancs…des blancs…

Et sa jolie tendresse, c’était pas de la faiblesse,

Dire non au cynisme, c’était ça, sa hardiesse,

La gentille, elle croyait que face aux épreuves

Garder foi et amour, c’était la plus belle preuve…

Peut-être décidément illusoire, ce soir

La douce, elle partie noyer son rêve et boire,

Et boire, pour qu’enfin le sommeil, pour qu’enfin le repos,

Le repos pour toujours… mais non, il est trop tôt !

 

Je m’appelle Fleur, et j’ai juré de ne plus m’épancher en vain,

Répandre de pauvres larmes, sur un divan divin,

La douce fleurette est partie comme d’hab aux toilettes,

Se cacher pour pleurer, qu’on voie pas sa sale tête…

Alors oui, je m’appelle Fleur, je ne pleure plus, fini !

Du courage, j’en rassemble et j’en donne aujourd’hui,

Et j’ai plus que jamais toute une foi à défendre,

Et des murs de silence à briser et à fendre,

Plus que jamais je parlerai pour ceux que nul n’écoute,

Plus que jamais serai moi le fauteur de doutes !

La rose n’est pas de ceux qui supportent l’échec et mal

Et se retrouvent échec et mat…

La Rose, c’est une fighteuse, une qui lutte et qui pique,

Dégage, je fais de la boxe et c’est haut que je kicke,

J’ai plus peur de grand-chose, et j’me bats comme un mec,

Et comme un homme je parle et j’ai le Verbe sec !

 

Alors ne te trompes plus, c’est Fleur la combattante,

Celle qui contre le Mal a les flèches coupantes,

C’est Fleur l’humanitaire, celle qui partira loin,

L’amour avec un grand A aujourd’hui et demain

Pour tous ceux que la vie a laissé à la marge,

Je suis prête à m’lever et prendre la charge,

C’est Fleur la volontaire, Fleur à la main de fer,

Même si le gant de velours sait aussi bien s’y faire…

 

Je m’appelle Fleur, tu le sauras…

La douce, elle a la rage comme le choléra,

Alors si un jour y a quelqu’un qu’est assez fort,

Pour mater la rebelle, qu’elle en demande encore,

Peut-être qu’la douce viendra à son tour en renfort

Réunir les deux pôles en un seul corps à corps.

 

 

 

FLEUR

 

 

 

 


 

Slameuse.Poétesse. Née à Lausanne. Vit à Hong-Kong depuis 1995.

 

Publication :

 

"Fusion" ( Édition du Panthéon, 2000)

 

 

Plus d'infos sur :

 

 

 

http://profile.myspace.com/fleurelnora

 

 

 

http://www.planeteslam.com/slameur/Fleur/feminite.htm

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents