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Ce Monde-ci est sans Lumière. Ne craignez pas La Lumière Trop Vive du CHRIST ! À cette heure tardive, Catherine préfère le silence aux paroles des prêcheurs, même retransmises à la télé...

O.K, je suis jolie mais j'ai pas un rond . Je fais ce qui ne me plaît pas . Rien ne va. Il est onze heures. Personne ne peut m'appeler. Ne doit. Éteint le portable. Coupé le fixe. Je n'allumerai pas l'ordi et ne lirai pas mes mails. Oui, le Monde est dans l'ombre. Mais pourquoi l'ombre nous terrorise-t-elle ?

Catherine boit du café soluble, elle est à cran, ne peut demeurer assise trop longtemps. Alors que tout est calme, Catherine s'agite. Catherine est jolie. Ne se met pas toujours en valeur. Renverse le lait. Merde. Je suis une bonniche. Le gamin se réveille . Bonjour à Nintendo.

 

 

 

 

Pas besoin de tout ça. En fais toujours trop. Jamais rien dans la vie. Si c'est pour entendre ça, je préfère partir. Dit Henri. Une fille vous traite en roi, en mendiant. L'action se passe dans une bar du XII ème. La meilleure chose que tu sais faire. Fuir . Qu'est-ce que je fais avec toi ? Et je reste comme une conne. Et mon rouge à lèvre bave. Dit Catherine. Ils sont accoudés au zinc et se parlent de très près. Il la dévisage. Tu as enfanté un monstre difforme et sale. Seigneur. Et moi, est-ce que je compte pour toi ? Me fais-tu une place dans ta bulle ? Quand elle ne dit plus rien, c'est qu'elle ne trouve plus les mots. Pour qu'elle soit rassurée, je devrais la faire fumer. Le Palais Wurlitzer s'illumine d'accords en do, la mineur. J'ai l'air d'interroger le vide, à la recherche d'un quelconque oracle. Calme-toi. Je ne suis pas sans reproche, mais de là, à te figer dans un mutisme fabriqué et capricieux. À propos, tu as commandé ? Oui, avant que tu ne viennes pas. Tellement attendu.

Une heure, tu te rends compte ? Mais combien de fois es-tu arrivé en retard ? J'oublie jamais. Embrasse-moi. Pas question de perdre mon temps. Que fait-on ? Rien . Elle écrase nerveusement le mégot de sa cigarette, avec le talon.

 

 

Un œil immobile et froid m'observe . Là-bas des lueurs pâles. Mon père avait une arme dont il ne faisait jamais l'usage. Il lui restait une bonne cartouche, dans le tiroir de la commode. Je n'avais pas peur de la mort. En l'absence de mon père, je pointais le canon vers le fond de ma gorge et j'appuyais sur la détente. Je ne savais pas si l'arme contenait des munitions ou n'en contenait pas. Mon père est mort d'une crise cardiaque.

 

 

Paul joue Honky Tonk Woman. Avec des fausses notes, je n'ai pas remarqué. Elle a laissé ça pour toi. Un paquet de Camel. Mes lèvres se raidissent. Comme un enfant ne saisissant pas le sens d'une parole si elle ne lui est pas destinée, j'imagine le pire. C'est souvent un aveu d'impuissance devant la réalité. On interroge le vide.

 

 

Chaque jour, il faut réparer ce qui est cassé, panser les plaies. Ce qui ne saute pas aux yeux. Indélébile. Coriace. Poisseux. Qui vous donne des frissons glacés, le long de l'échine. Un baiser douloureux parce que perdu. Qui vous intime l'ordre d'en finir. Choisir la voie la plus dangereuse pour obtenir un semblant d'illusion. Décider et n'être sûr de rien.

 

 

Qui est Catherine ? Qui semble-t-elle être ? Elle se farde de manière agressive. Onze heures et demi. Parle à la glace de la salle de bain, nue, vide, reflets nus, reflets vides. C'est quoi, ces poches sous les yeux. Il lui faut peur pour créer la surprise des autres, susciter l'intérêt et l'émoi. Là, elle est insignifiante, petite. Ignore si elle est regardée, toisée, inspectée. Image condamnée au fugace.

Quand le doute s'immisce dans ses pensées, elle se prostre dans un coin de la pièce principale.

Envie de rien. Elle ne sortira pas. Ne répondra pas au téléphone. Le gamin est dans sa chambre.

Elle se mord un doigt. S'enchevêtre les mains. Ni sensation ni sentiment. Rien. Puis un serrement au cœur , un spasme, une douleur indéfinissable parcourt son ventre. Qui désarme l'analyse.

 

 

 

Je ne suis pas venu pour te voir faire la gueule. Tu ne dormiras pas, cette nuit...Pas envie de dormir. Tu ne coucheras pas non plus avec moi. Tu veux me punir ? T'as saisi tout le fond de ma pensée...

Parfois tu fais preuve de clairvoyance. Étonnant de ta part...Me surprend...Catherine monte d'une octave. Furieuse. Catherine tripote sa montre-bracelet. Henri soupire. Il y a ces silences. Il y a ces notes. Qu'est-ce que tu as ? Mes règles. Tu plaisantes . Est-ce que j'en ai l'air ? Non mais ça nous avance à quoi ? Le genre de paroles qu'on échange après minuit. Le tabouret moite sous les fesses. C'est toi qui es la cause. Faut que tu en subisses les conséquences. Le problème, tu n'es pas tout seul. Il y a moi. J'ai attendu une heure mais je ne vais pas attendre que tu changes...

 

Le temps passé, c'est Disneyland. Après, c'est Lunatic. La lampe de chevet oscille faiblement. Après que la crise se soit déclarée et menée au terme de l'affection, qu'une certaine forme de solitude me pousse dans les affres d'un mutisme maladif et chronique, une certaine désespérance me gagne. Et je les regrette ces instants perdus, ces troubles fugitifs, ces occasions ratées. Amère amertume. La fatigue persiste. Brouille les mots. Les mots s'effacent. N'ont aucun sens. Abstraits. Je pleure. Catherine. Trop tard. C'est à ce moment-là qu'il faut écrire. Quand toutes les parties de votre corps sont tendues, quand votre esprit est dans le sac du vide. Écrire. L'écriture peut remplir le sac et transformer le vide.

 

 

(...)

 

Extrait de "Lunatic" ( roman ) , inédit.

 

Lire l'intégralité du texte :

http://www.youscribe.com/catalogue/livres/litterature/romans-et-nouvelles/lunatic-2422215 

  Présentation : http://www.ericdubois.net/article-lunatic-123131420.html

 

 

 

 

 

ERIC DUBOIS

 

 

Eric Dubois est né en 1966 à Paris. Auteur de plusieurs ouvrages de poésie dont entre autres « L’âme du peintre » ( publié en 2004) , « Allée de la voûte »(2008), « Les mains de la lune » »(2009), « Ce que dit un naufrage »(2012) aux éditions Encres Vives, « Estuaires »(2006) aux éditions Hélices ( réédité aux éditions Encres Vives en 2009), « C'est encore l'hiver »(2009) , « Radiographie » , « Mais qui lira le dernier poème ? » (2011) chez Publie.net , Mais qui lira le dernier poème ? » (2012) chez Publie.papier  , « Entre gouffre et lumière » (2010) chez L'Harmattan ,« Le canal », « Récurrences » (2004) , « Acrylic blues »(2002) aux éditions Le Manuscrit. Participation à de nombreuses revues. Textes inédits dans les anthologies Et si le rouge n 'existait pas ( Editions Le Temps des Cerises, 2010) et Nous, la multitude( Editions Le Temps des Cerises, 2011), Pour Haĩti( Editions Desnel, 2010) , Poètes pour Haĩti(L'Harmattan, 2011), Les 807, saison 2( Publie.net, 2012), Dans le ventre des femmes( Bsc Publishing, 2012) ... Responsable de la revue de poésie en ligne « Le Capital des Mots ». Blogueur : « Les tribulations d'Eric Dubois ».

 

Site web :

 

  http://ericdubois.info 

 

 

Dernières parution à ce jour : "Assembler les rives" 419 ème Encres Vives, Juin 2013.

A commander chez Michel Cosem, Encres Vives, 2 allée des Allobroges, 31770 Colomiers . Mail : michelcosem [at] wanadoo.fr . Prix du  volume : 6.10 € ( franco de port)

 

 

Mais qui lira le dernier poème?  Editions Publie Papier.

Septembre 2012.

 

 

 

 


Tag(s) : #récit ou roman

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