Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - EMMANUEL ECHIVARD

Publié par ERIC DUBOIS sur 22 Octobre 2012, 15:42pm

Catégories : #poèmes


Joie

La poussière grise le long du chemin perdu
S’infiltre dans les poumons les pliures les coins
Les cœurs les paumes des mains les ongles les narines
Mais la poussière s’infiltre et c’est une douleur
C’est un effroi si doux une brûlure en contrepoint
Il y a ce désir de fugue ce désir de
Chemin il y a la note continue au fond
Une note basse dans le fond du cœur vidé
Vibrations en ondes dangereuses écartelantes
Et le chemin perdu que cette poussière cache
Se dérobe se perd et c’est une folie douce
Que de s’imaginer reconnaître sa joie pure
Dans le creux poussiéreux du chemin usé des jours
Comme un vieux tissu râpé la peau des journées mortes
Comme une idée reçue qui bavarde et qui s’en meurt
Mais au cœur du gris assumé une goutte d’or
La poussière infiltrée effrayante et douce grise
Le creux de poussière au fond d’un corps banal tordu
Est un chemin béant vers la perte toute joie

 

 

  ***

 

 


Course

 


Ton corps ouvert transparent étrange
Son rire que tu ne peux retenir
L’hésitation tes lèvres en suspension
De sang en colère serrée ton corps
Uni contre moi contre toi son rire
Que j’hésite à comprendre trop de jeux
Trop de liberté contre toi ton corps
Fixe qui m’appelle en riant ta nuque
Tu ne peux la cacher la fixité
Verte de tes yeux noirs ce n’est pas toi
Tu le chuchotes tu te recoiffes mais
Rien n’y fait rien sans toi ton corps me fixe
De ses yeux verts et de ses lèvres folles
Qu’allons-nous faire maintenant, toi
Le lieu des chuchotements étrangers

Une rencontre au loin sur la route
Accélération béante horizon



***


Entre

je me crie essoufflé je me crie


le corps horizontal où se perdre où se finir
corps parfait de courbures à venir et ventre
du monde assoiffant se retrouver s’étendre à deux
miroirs fous désirs parfums de soi bien embrassés
se défaire déshabiller désapprendre se désister
pour n’être qu’un présent d’abîme lumière crue


il n’y a plus rien à dire crie


plonger dans la brèche celle qui s’est élancée
depuis qu’il me parle mais je crois n’être plus rien
qu’un ressuscité mais demain mais plus tard jamais
je sais tes promesses je lis des textes la brèche s’ouvre
quelle main créatrice au nom de quel corps de gloire
me saisira que je quitte mon reflet si nu


écartèlement c’est cela vivre

 

 

***

 

Sermo

Vous êtes un peuple de main calleuse disait-il
Peuple de traces de vestiges de larmes grises
Peuple de jupes noires de chapeau bas d’encens
Vous êtes un peuple de corps lourds esseulé apeurés
Hommes et femmes de rites de cortèges fuis
Vous êtes tous là sans le savoir disait-il
A mes yeux recherchant un regard vivant regard
Qui ne soit pas lendemain de foudre et désir mort
Vous êtes tous là vous dites il faut écouter
Le vent ce matin était transparent étourdi
Il voulait nous souffler le chemin lever les traces
Visiter nos vestiges allumer nos vieux rites
Murmures dans les rangs mais murmures étourdis
Car seul le silence au cœur des gouffres disait-il
Le silence obscur des premiers nés t’habitera

 

***

In memoriam

Tu es la joie je vais te quitter petite bulle
goutte à goutte tes rires vont caressant le monde
la feuille qui va tomber devient bleu soleil
tu es la joie je vais te quitter petite bulle

Tu es la paix nuque en furie oreille perlée
l’odeur tiède de la pluie d’orage le temps
qui ne passe pas qui n’a jamais passé nous deux
Tu es la paix je dois partir un baiser je pars

Tu es la vie je ne suis plus tiens moi bien ce soir
Car je suis là dans la feuille bleue soleil le monde
Caressé le temps qui ne passe pas dans ta paix
petite bulle je serai ta joie ta secrète

tu pleureras encore un moment petite bulle

je suis fulgurance de rire au creux de tes lèvres



EMMANUEL ECHIVARD

 

 

 

Il se présente :

 

 


Ecrit à la recherche du moment favorable, le goût du présent éclairé par la certitude que ce présent ne sera bientôt plus, et la joie curieuse que cela donne… professeur de lettres en khâgne à Reims, n’a rien publié… mais cela vient, peut-être.

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