Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS- EDOUARD DUPAS

Publié par ERIC DUBOIS sur 9 Janvier 2011, 19:02pm

Catégories : #poèmes

HYMNE

  

                                     

Grand Soleil          

Pieuvre Brûlante

Ce sont tes lumineuses tentacules 

 Qui retiennent les planètes,

 

Pauvres navires obèses, à la dérive dans la mer noire sans fond

                                                                                                             Ni surface

 

De l’Espace, où les étoiles ne sont que les yeux multiples du vide

                                                                                      De l’inconcevable vide….

 

 

   Soleil  sans compassion ni haine

                                   

 Ô parfait philosophe plus total plus véritable plus impersonnel que la plus haute parole humaine 

                                                                                                                                                 

  A la lointaine comme à la plus proche planète

 

       Tu accordes tes brûlantes ventouses 

                             

                                      Sources flasques où la vie goulue vient téter sans limites

 

       Mais sais tu comment, toi lointain, toi sacré,

 

Sont tes enfants qui viennent boire à tes éternelles  gourdes solaires ?

Et de quelle terrible, impensable inexistence sauves-tu les neufs navires, les neufs planètes si extraordinairement contingentes que tu retiens par tes bras sans volonté ?

 

 Certaines sont d’informes bouillies de laves, de flammes, de volcans,

    Astres adolescents

   Baignoires de Dionysos l’hurlant ivre bonhomme,

 

 Planètes exaltées cognant leurs satellites comme des hommes battraient leurs esclaves et leurs chiens,

 

   Planètes éructantes de mille bouches de mille anus

 

  Acharnées contre toute forme, en guerre contre tout modelage,

 

     Il n’y est pas question là-bas d’un Dieu potier, façonneur de vies,

 

  Mais de haine intarissable de l’Univers, chaos, cratères, infinies vomissures telluriques, colonnes de gaz inlassables,

 

  Instable théâtre où des géants s’affrontent, refus interminables, rumination frénétique contre elle-même,

 

 

C’est des volcans copulant violemment sur les sables cuisants d’un déni définitif,

 

 Infini viol insatiable

 

 D’autres sont de paisibles déserts blancs ou écarlates,

 

   Muets tombeaux d’astronautes, cimetières sans âge où

 

  Quelques titans fatigués viennent étaler leurs flancs gras pour oublier la lutte

 

    D’autres encore sont de grosses  pommes bleues criblées de noirçures,    

 

   Mariées à elles même, ceintes d’un anneau sur lequel s’épuise le coureur

 

Qui n’a pas encore compris qu’il tournait en rond depuis mille siècles

 

Et tous ces cortèges sans fin qui échappent à ton œil de pieuvre indifférente,

 

Champs d’astéroïdes qui ne donnent aucun fruit,

 

Comètes éperdues qui cherchent le refuge,

 

Satellites discrets poissons

 

   Trous noirs incompréhensibles pets de l’Univers

 

 

           Mais il est une Planète                                                             

                                 

        

O Gros vieux Cargo rouillé par les millénaires

                                       

  Aux cales grouillantes débordantes de vermine digne

 

 Foisonnante prison toujours plus étroite

 

 

O vieille Terre belle comme un beau fruit pourri

 

  Seau d’eau où surnagent de grandes croûtes fourmillantes de bras et de jambes

 

 C’est dedans ces cales dedans cette chair dessus l’une de ces croûtes

 

 Que Moi, jeune créature, jeune bipède que la vie et ses meutes de chancres n’ ont pas encore trop abîmé

 

           Réside

 

C’est ici que la bouche du hasard m’a craché par le corps d’une femme

 

 

   Et je n’ai pas besoin d’extravagants télescopes ni de savants calculs, hiéroglyphes ruminés pendant des siècles,

 

  Pour être précis dans ma pensée, j’écris… Et je pense à tout ceci avec bonheur, avec une joie un peu timorée, avec soulagement

 

 Heureuse poussière parmi des poussières de poussières,

 

  Sur le plancher de l’Univers qu’on balaye chaque année lumière dit on,

 

Et j’attends calme le prochain météore qui viendra pulvériser mon grand cargo et nous plonger dans l’éternité  

 (je l’imagine comme ce qui était avant ma naissance pour moi seul)

 

  Cependant qu’un Dieu sourcilleux crachera encore sans intention de la vie

 

     Quelque part ailleurs, dans l’Univers…  

 


 

 EDOUARD DUPAS

 


 

Natif de Lille, d'une famille nordiste, 28 ans, à la fois étudiant en licence de langue et civilisation chinoise et évaluateur internet à mi temps; très curieux de poésie depuis bientôt 10 ans, j'ai lu énormément d'auteurs mais mes sources principales demeurent Michaux, Baudelaire, Verlaine, Corbière, Kobayashi Issa, Céline et Aymé.  
J'ai participé longtemps à des ateliers d'écriture animés par Daniel Fatous, sacré personnage qui a compté dans le processus de libération de mon écriture.

 

Au niveau bibliographique : deux-trois participations à des expositions d'atelier d'écriture à Lille (2004, 2002), un roman burlesque ("Cartoon") écrit à 4 mains avec un ami poète, non publié, et des traductions du recueil "Liberté sur Parole" du poète mexicain Octavio Paz proposées aux éditions Gallimard  (2006), sans suite. 

 

 

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Phk 22/01/2011 16:22



Très beau texte, au point de ne plus savoir que dire, tout y est naturel.



benjamin 10/01/2011 10:08



De la grande poésie cosmologique : les choses reprennent leur place et gardent aussi leurs mystères dans cette grande danse de l'univers. Malgré le thème, le style reste sans grandiloquence.
Merci pour ce beau texte.



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