Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - DOMINIQUE SAMPIERO

Publié par ERIC DUBOIS sur 30 Mars 2013, 14:00pm

Catégories : #poèmes

 

 

Se taire est un jardin 1

 


Se taire dans mon enfance est une façon d’aimer. Etre sûr d’être là, rien d’autre. Assis entre le jour et la nuit. Perdu dans la meute. Un geste parmi les élans de la pudeur. Le seul dont le secret s’agenouille parfois dans la rencontre. Se taire n’ose ni rire ni pleurer, rien, juste avoir peur. Mais sans bruit. Attendre que l’effroi s’épuise en sourire et qu’un peu de tendresse suinte du plâtre des murs. De temps en temps un livre tombe sous mon regard comme un oiseau blessé. J’en défroisse une à une les pages entre mes mains d’enfant. À force de lire et de relire, j’apprends à être moins seul. Je marche dans la langue de ceux qui apprivoisent.

 

 

***

 

 

Se taire est un jardin 2

 


Se taire n’est pas une prison. C’est un jardin de racines, de mouvements cachés, de petites morts qui ressemblent à l’hiver. Le refus accumule tout ce qui se dérobe dans le feu de l’instant et consume les lèvres dans l’effacement, poussant la nuit à descendre plus bas dans le corps, là où le vertige est une lointaine rumeur. Quand le ciel inonde les yeux et qu’il devient impossible de prononcer quoique ce soit, se taire ramasse tout ce qui s’en va pour en débusquer la partie claire, visage appuyé au parfait mutisme des saules. Tout ce qui échappe au regard quand l’heure se recroqueville revient en force dans la mémoire.

 

***

 

Se taire est un jardin 3

 


Longtemps se sont tus ceux qui ne connaissaient pas les contours de leur savoir. Leur regard se confondait à leur amour, le paysage à leur regard. Mangés par l’herbe ou la pierre bleue des maisons, ils rêvaient à des mots en lame de rasoir. Et à ne jamais devenir esclave de rien. Ils tranchaient dans le vif ténu de l’air pour qu’on se souvienne du mouvement de leur patience. Leur fureur refermait son couvercle sur l’espace clos de leur sourire. De temps en temps, la mort se taisait dans leurs bras. Ils affrontaient de face les bottes des conquérants pour léguer à leur progéniture une vengeance en forme d’éblouissement.

 


***

 

 

Se taire est un jardin 4

 

 


Se taire ouvre les yeux des morts et leur fait avouer l’endroit exact de leur couchant. Se taire ne désigne d’aucun nom ce qu’il entend. Se taire disperse les orages dans un autre monde. Se taire héberge tous les risques et quelque chose dont on ne sait rien. Se taire ne réfléchit pas mais s’incline. Se taire est un miracle maladroit, un travail ardent de lenteur et de futaies. Se taire éteint les dieux et vide les églises comme des cendriers. Se taire brûle le corps qui devine l’odeur de sa poussière à venir. Se taire console de tous les aveuglements et aussi de ce qui t’échappe. Se taire s’en ira comme un parfum dans l’air.

 

 

 

DOMINIQUE SAMPIERO

 


 

 

Dominique Sampiero est né dans l’Avesnois (Nord).

 

Textes brefs / POESIE

Gallimard

Un livre s’écrit tôt le matin ( 2000. L’arbalète Gallimard )

L’idiot du voyage ( 2001. L’arbalète Gallimard )

Celui qui dit les mots avec sa bouche ( 2002. L'arbalète Gallimard )

 

éditions Lettres Vives

La fraîche évidence ( 1995 ).

Les pluies battantes ( 1996 ).

Retour au sang ( 1997 ).

La chambre au milieu des eaux ( 1998 ).

Le ciel et l’étreinte ( 1999 ).

Sainte Horreur du poème ( 2001 )

Patience de la blessure ( 2002 )

Carnet d’un buveur de ciel ( 2007 )

Le maître de la poussière sur ma bouche ( 2009 )

Bégaiement de l’impossible et de l’impensable ( 2012 )

 

Chez d’autres éditeurs

Sève, la nuit des Sources ( 1987. Cahiers Froissart).

Pluriel Silence ( 1988. Unimuse).

L'homme suspendu ( 1989. Paris. Editions Kupfermann ).

Terre pour une légende ( 1991. Cheyne. Prix Kowalski ).

La vie pauvre ( 1992. La Différence. Prix Max-Pol Fouchet ).

Lettre par la fenêtre ( 1995. Dumerchez).

La claire audience ( 1995. Cherche-Midi ).

épreuve de l’air ( 1998. éditions du Laquet ) .

La chair de l’image ( 1998. Paroles d’Aube ).

La page claire ( 1999. Alfil ).

Ame sœur ( 2001. Marais du Livre éditions )

Evening Land ( 2002. Ed Filigranes. Photos de Bernard Descamps)

La vie est chaude ( 2013. Ed Bruno Doucey )

 

Nouvelles

Centre Ville ( 1995. Paroles d’Aube ).

Histoires à deux. Ou presque. ( 1995. La Bartavelle )

Territoire du papillon ( 2009. Alphabet de l’espace )

 

Récits

La lumière du deuil. ( 1997. Verdier ). ( Folio / Gallimard )

Le dragon et la ramure ( 1998. Verdier ). ( Folio / Gallimard )

Le temps captif ( 1999. Flammarion ).

Femme buvant dans une cour ( 2000. Flohic )

 

Romans

L’odalisque ( 2000. Flammarion ).

Les fruits poussent dans les arbres ( Sept 2002. Flammarion )

Le rebutant ( Sept 2003. Gallimard. Prix du roman populiste )

Le dieu des femmes ( Mars 2004. Grasset )

Holy Lola ( Octobre 2004. Grasset )

La petite présence ( Mars 2006. Grasset )

Les encombrants ( 2009. Grasset )

 

Essai

L’espace du poème ( 1998. Entr. avec B. Noël. P.O.L ).

 

Littérature Jeunesse

P’tite mère ( 2001. France Culture. Atelier du perce oreilles. Ed Rue du Monde. Prix Sorcière 2003. Prix Marguerite Audoux 2004 des collèges).

Poule ou coq ( 2001. France Culture. Atelier du perce oreilles).

Tête à flaques ( 2001. France Culture. Atelier du perce oreilles ).

Contes de la page claire ( Alfil éditions. 2001. France Culture. At du perce oreilles).

Les anges n’ont pas de sexe. ( Sept. 2006. La Martinière Jeunesse. Prix Tatoulu 2007)

Le jeu des 7 caillloux ( 2011. Grasset Jeunesse)

Le bruit des vagues (2012. Bayard. Je bouquine )

 

Théâtre

La révolte des outils ( 2000. Forbach . Inédit)

épreuve de la terre ( 2000. Production France Culture )

Femme à la fenêtre ( 2000. Production France Culture. Inédit)

Celui qui dit les mots avec sa bouche ( Oct 2002. Théâtre Molière )

P’tite mère ( Compagnies Vies à Vies / Avignon 2012 )

 

Scenari — Longs Métrages

Ça commence aujourd’hui. (1997. Réal : Bertrand Tavernier. Ours d’or à Berlin. )

Un ange à la mer. ( 1999. 2000).

Le radin ( Comédie. 2001 ).

Holy Lola ( Réalisation Bertrand Tavernier. 2003. Prix international de la critique)

Fils unique ( 2012. Prod Entre chien et Loup. Réal Miel Van Hogembemt. Prix Festival d’Arras )

Les mains bleues ( Real Bruno lajara / en cours )

 

REALISATION COURTS-METRAGES

Notre dame des Locques ( prod Jean Rostand / Ecriture et réal : 8 mn)

On est méchant avec ceux qu’on aime ( prod Jean Rostand : Ecriture et réal : 12mn

 

TELEFILMS

Cet été là (Prod MFP – France 3 )

 

DOCUMENTAIRES

Volcan, mon amour ( Documentaire. Production Boréales )

L’héritage du silence ( Sur Jacques Bonnaffé / Prod Cercle bleu )

 

éléments de bibliographies

Le silence parle ma langue. Jean-Claude Dubois (1998. Rétroviseur)

Jean-Michel Maulpoix ( 2001. Préf du cat. Bibliothèque de Lille )

La revue Nord ( N° 47. Avril 2007 )

 


 





Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

for more information 05/05/2014 13:49

The title of the article caught me in. I was excited to read the article as it had the title “Capital Words”. It was a very different experience reading the stuff which tells about Shut Up. Thanks for sharing this stuff. Keep posting.

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents