Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS- DENIS EMORINE

Publié par ERIC DUBOIS sur 31 Octobre 2011, 10:56am

Catégories : #poèmes

 

 

1

 

J’ai aimé ta beauté

Les mots comme une torche brandie

Dans la nuit

Pour mieux exister

Du moins

Je le croyais

Car les mots tuent

Sois-en sûre

 

Ils m’ont tué il y a longtemps

Sur le parvis d’un poème déchiré

Où je déclarais parfois

Ma flamme

A un piano transi

 

 

J’ai aimé mourir dans tes bras

Même si je ne l’ai jamais révélé

A la lumière d’un jour

Parjure

 

2

 

Je déchiffre par-delà les jours

Les mots tuméfiés d’un instant.

Je détourne la tête à l’appel de mon nom

En pensant à tous les amis qui ont cessé d’exister.

Je suis orphelin de ceux

Dont j’ai toujours refusé d’inscrire la mort en moi

Sans jamais y parvenir

 

Nous sommes tous dépositaires d’un secret millénaire

Qui ne s’éteindra jamais

Jamais

 

 

 

3

 

 

J’ai décidé d’abandonner

Toute poursuite

Nul ne peut m’indiquer

La réponse

Sans cesse différée.

Bientôt

Je ne parviendrai plus

A éteindre le vent

A pleines mains

Ma vie aura été

Un gouffre de paroles

Dont le son ne te surprendra

Plus

 

Plus d’écho à ma propre voix

Sauf le monde irrigué

Par tes yeux

 

 

4

 

 

Crois-moi

Je saurai La détourner de toi

Je prendrai ta place

Il y a des siècles

Que je suis prêt.

J’ai failli oublier Son nom

Bien des fois

Même si Elle ne m’a jamais quitté

Depuis que je suis né.

 

Elle a supprimé tous ceux que j’aime

Je tremble en prononçant leurs noms.

 

Les mains en sang

J’ai effacé le tien

Rouge est ma haine mon amour

Depuis si longtemps je t’appartiens

De toute éternité

 

 

5

 

Je te porte en moi

Comme une offrande

Même si la mémoire

Des hommes est souvent pesante

Dans la besace du temps

 

Quelque part

On se penche encore sur moi

Il y a bien longtemps

Que mon destin n’intéresse plus

Aucun dieu

Je ne m’en soucie plus

J’ arrive trop tard

Pour lutter contre

Ce chemin qui est déjà tracé contre moi

 

 

 

Extraits de « De toute éternité » à paraître au « Nouvel Athanor » (juin 2012)

 

 

DENIS EMORINE

 

 

 

 

Denis Emorine est né en 1956 près de Paris.

Il a avec l’anglais une relation affective parce que sa mère enseignait cette langue .Il est d’une lointaine ascendance russe du côté paternel. Ses thèmes de prédilection sont la recherche de l’identité, le thème du double et la fuite du temps. Il est fasciné par l’Europe de l’Est. Poète, essayiste, nouvelliste et dramaturge, Emorine est traduit en une douzaine de langues ; son théâtre a été joué en France, au Canada ( Québec) et en Russie. Plusieurs de ses livres ont été édités aux Etats-Unis. Il collabore régulièrement à la revue de littérature "Les Cahiers du Sens". Il dirige deux collections de poésie aux Editions du Cygne. En 2004, Emorine a reçu le premier prix de poésie (français) au Concours International Féile Filiochta. L’Académie du Var lui a décerné le « prix de poésie 2009 »

 

On peut lui rendre visite sur son site : http://denis.emorine.free.fr

 

 

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