Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - DELPHINE GEST

Publié par ERIC DUBOIS sur 15 Février 2013, 08:46am

Catégories : #poèmes

 

 

 

                                     à mon ami défunt l'abbé Jean Défossey

 

 

 

 

Le cancéreux



Longue barbe grise

Maigreur insolite

de l’homme

Qui m’a parlé de son cancer

D’un ventre malade

Rongé par un feu maigre et fulgurant



dans l’affect tournoyant

suspendu dans d’épineux murmures

sa plainte est lancinante

car longtemps sa douleur fut rude

Extravagante



Il vomit de la verdure

Dans le bec de mes oiseaux

Qui déchiffrent ses plaies internes

Glas de l’horreur

Glas perpétuel



Toute séparation a un corps

Une longue étude de couloirs

Sa conscience abusive

manque de rêve

Ne fabrique que des fioles de sursis

Des débarras d’odeurs

nichées dans des cages

des abysses

moisissant dans l’incertitude



pour sûr je dois toujours répondre à ses appels

Qui ne sont que lancements d’un cœur capitonné

Fermés par trop de lumière

Et mon absence qu’il déplore

Le place à la fenêtre

Sous ma protection discrète



Et bientôt je l’appelle

Et l’éternel palpe ma blancheur

Ma gêne est une douleur en guise d’étiquette

La tenue d’un retard qui s’éteint dans la brume



Le lieu est ouvert à toutes traces

Où pères n’ont pas douté

De revenir dans leur résistance

Seule reste une croix serrée

Dans les mains désordonnées



Dans sa réserve de plomb et d’odeurs

la terre mue et prolonge le ventre cancéreux

la trompe de bouddha lui a dressé un avenir

de ses membres persistants



message hardi

garni de fruits

garni d’espoir

et de légèreté



la guérison est proche

mais la lumière est blafarde

Et je me laisse bercer

Par les rires et les trémolos

où lèvres longues sourient aux anges

Dans d’océaniques destinées




****

 

Elle a des yeux noirs des yeux flous

Qui se démènent dans l’onde et font face

Cette luzerne chimique

Cet échappatoire

De forêt en forêt

Dans le nœud clair des ruisseaux

En œil pleurniché de hasards

Aile en conservation des forces

Force en dépit de l’aile

Où vulcain s’accorde

Crinière mal léchée

Elle aussi se trémousse

Dans le maki de ces ruines

Silence la déhanche

Elle en court partout

De petits galops passés

A dépasser la pharmacie

Où la mort se décolle

Et décore de ses pontes de santé la vitre teintée de bleu

De métyl-haine

Le vrai parachute de l’ennui

Te tombe dessus

Dans la paix nombre

Orangée

Rangé de faire n’importe quoi

Rangé en prison

Ce qui tient vraiment le coeur

Le surplomb

Dans la mesure du temps

Le temps que l’on passe

A effacer les soucis

Le réceptacle bleu des sources soucis et souffrance

Te laissent blondis d’air et d’apostrophe

Et de différence

Le temps cyclique te sépare de l’œuf



****

 

Le corps de la demoiselle

un ruisseau

le passage de la pluie



Qui coule dans ses tracas

Son empire est nu

Il va loin dans le rêve

Ne colle pas

A l’idée de ce monde

Ce qu’on pense d’elle

Ne la touche pas

Elle passe tel un nénuphar

Glissant sur l’eau

Nue

Epouvantée



le seul mouvement est abstrait

Croquis supplémentaire

Peinture grave et libre

Et libératrice

Etre belle

J’espère

 

 

****

 

 

 

Mon ventre est malade

Il souffre de tous vos mots

Heurtée je gémis

Spectacle sans fin ni commencement

M’a rendue violente

Mais je retiens mes poings et mes cris

L’amour ne doit pas se gâcher

Je relie mes points de suture

Et mes os à mes beaux jours



Je sais toi aussi tu es seul

Tu regardes passer le monde

ma vie est faite de lambeaux

Mais tu sais une chose est sure

Je t’aimerai jusqu’au tombeau



Je serai ta belle en automne

Ton ensoleillée cet été

Et chaque saison nous ressemble

Où nous vivons l’éternité

 

 

 

DELPHINE GEST

 

 

 

 

 

 

 

























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