Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - DAVID CLAUDE

Publié par ERIC DUBOIS sur 4 Avril 2013, 20:04pm

Catégories : #poèmes

 

 

La Pierre et La Plume

 

 

Une pierre clamait à qui passait

Qu’elle était la plus forte, qu’aucune autre chose,

En ce domaine, ne la surpassait.

« Vous êtes douée pour l’inutile prose,

Fit une plume volant par là. – Réellement ?

Forte, vous dis-je, et d’une résistance ;

Rien ne peut me détruire : on me lance

Et même en retombant lourdement,

Je reste intacte. De plus, je suis rapide

Pour dévaler du vide.

– D’une motte de terre, sans doute ;

Ce qui ne vous met guère en déroute.

Mais seriez-vous mieux à votre aise

A tomber de cette falaise ?

Relèverez-vous ce défi ?

A moins que du précipice vous ne faites fi,

Comme vous le prétendez, termina la plume.

– N’ayez crainte, j’assume

Ici et devant toute cette assemblée. »

On alla au bord de la falaise ; d’emblée

L’on se jeta : « Dégagez le terrain

Car je serai le premier, c’est certain,

Hurla la pierre

Qui, effectivement, arriva première

Mais... en se fracassant sur un rocher :

Il n’y avait pas mieux pour se faire moucher !

La plume ? Transportée doucement par le vent

Se posa sur la roche sans fracas.

 

 

On se prête souvent

Des qualités que l’on a pas.

 

 

***

 

L’épervier et les trois Corbeaux

 

 

 

Un épervier prit dans ses serres une souris

Et avec elle s’envolait vers son logis

Quand trois corbeaux, bons à rien et opportunistes,

Perchés près de là, lui emboîtèrent le pas,

Déterminés à s’attribuer ce repas.

Par nature les animaux sont égoïstes :

L’épervier, forcé par ses antagonistes,

Se posa et, par des postures attentistes,

Protégea sa proie. Tels de fameux duellistes,

Par coups de bec, par bousculades, par assauts,

De lui faire lâcher prise tentèrent les corbeaux.

La bête, cernée, assaillie, céda enfin

Et laissa aux corbins son précieux butin.

 

 

C’est encore mœurs d’aujourd’hui

Que de vouloir le bien d’autrui.

 

***

 

 

La Mésange et Les Moineaux

 

 

En cet instant, une mésange trouve une carcasse ;

Quelques asticots y rampent encore.

Elle patiente un peu, refait une passe,

Se pose et, un à un, les picore.

Alerte, elle voit au loin une nuée d’oiseaux.

« Fichtre ! s’exclame-t-elle, maudits moineaux ! »

A peine l’a-t-elle dit que, de la troupe,

Se détachent trois piafs : l’un d’eux, sur la croupe

Du mort se campe ; les autres se postent sur un arbre.

N’étant pas d’une nature aimable,

La mésange reste de marbre

Devant leur état pitoyable

Et, sous leurs regards malheureux,

En vorace, elle gobe les vers juteux.

« Vous auriez pu être charitable

Et partager quelques mets de votre table,

Même seulement avec mes petits

Que vous voyez fort amaigris

En ce début d’automne !

N’est-ce pas là l’une des règles de la faune ?

– M’imaginez-vous oiseau asservi

Comme ceux gardés par les hommes ? fait la mésange.

Non ! Premier arrivé, premier servi !

Je trouve donc je mange,

Même si cela vous dérange. »

Sur ces mots, le passereau avaricieux

Reprend la route des cieux.

Maintenant, la neige s’est installée et force

Les oiseaux à se cloîtrer dans le houx

Ou sous les toits, et l’on s’efforce

Sans succès à trouver à manger. Un redoux,

Pourtant, étonne cette nature en souffrance

Et lui accorde une courte espérance.

Ainsi, père et fils moineaux

Découvrent en ce renouveau

Quelques monticules dégelés de terreau,

Garnis de vermisseaux.

La mésange radine

Apparaît, montre sa trombine.

Tandis que les trois oiseaux gobent à la chaîne,

Elle s’avance pour manger, toujours hautaine,

Comme si elle eût été reine de ce domaine.

Mais les moineaux, emplis de haine,

Ne la laissent pas faire : le père la pique

Avec son bec, les fils empêchent son envol.

« Vous m’attaquez, moi si faible et famélique,

Pourquoi ? dit-elle. Je ne commets aucun vol !

C’est à tous, c’est la loi. »

On lui rappelle ses mots, son chacun pour soi.

Elle feint l’ignorance,

Réclame la clémence.

Le père moineau, comme donnant sa sentence,

Répète à la mésange sa malveillance.

« A l’été de la Saint-Martin,

N’est-ce point ce que vous me disiez ?

N’est-ce point les paroles que vous usiez

Pour nous laisser à un triste destin ?

Entendez cette leçon aujourd’hui

De la part de celui à qui vous avez nui.

Comme vous survécûtes aux autres hivers

Grâce à votre égoïste adage,

Je vous livre le mien : A chacun ses vers... »

 

 

 

 

Qui point ne partage,

Ne peut attendre des autres davantage !

 

 

 

DAVID CLAUDE

 

 

 

Il se présente :

 

 

 

David Claude, de son vrai nom David PETIT, est né le 05/06/1971 à Valenciennes mais Mosellan d’adoption depuis trente ans. Amoureux de la littérature classique, il commence à rédiger ses premiers poèmes à l’âge de dix-sept ans, puis écrit des nouvelles avant de s’essayer à la fable ( dont quelques-unes ont été publiées dans des web-revues littéraires ) , celle-ci s’ouvrant à de nombreux sujets pouvant être traités rapidement et permettant de dire ce que les uns disent tout bas et que d’autres taisent ; ainsi sa ligne fabulaire est dirigée dans le sens inverse de ce lieu commun Toute vérité n’est pas bonne à dire. Religion, Immoralité,l’honnêteté et la vérité, l’amour sincère et le geste noble, la famille, la Nature, l’écologie et les conflits sont ses thèmes privilégiés. Ses fables en vers sont morales mais ne se veulent nullement moralisatrices car l’auteur sait qu’il est, comme ses congénères, englué dans ses défauts. « Je ne vois pas la vie et la société comme les autres, je les vois pour ce qu'elles sont réellement, je ne les édulcore pas... » dit-il, tentant de s’approcher au mieux de la vérité. Beaucoup nieront déceler une seule vérité dans ses fables, néanmoins comme il le dit encore « Nier une vérité n’en fait pas moins d’elle une vérité... »

 

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david claude 17/11/2014 22:57

Elles commencent à dater, il en faudrait de plus récentes ;-)

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