Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - DANIEL LEDUC

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 3 Août 2010, 21:10pm

Catégories : #poèmes

L’INACHEVÉ

 

Le café ruisselle dans ma gorge, la nuit suinte

entre les lignes…

Dehors tout est frissonnement de feuilles, oscillation

du temps…

J’ai ton corps dans ma peau, grain de beauté

du monde…

Ailleurs que tu sois, tu es ici

palpable…

L’immensité de l’aube serait-elle

un trou noir…

Le fragmentaire ferait-il

un présent…

J’ai bu ce qu’il fallait entendre

de l’éruption

vitale…

Ce qui fermente des oublis,

des lacunes…

Ta peau sera

la dernière page du livre…

Ma main,

le point de suspension…

À présent que la guerre se replie tout en se déployant ; à présent que les hommes tournoient sur leurs propres manèges ; à présent que le ciel s’alourdit d’hydrofluorocarbures  ; à présent que les riches thésaurisent,  que les pauvres s’appauvrissent ; à présent que le passé s’empile, sans jamais devenir présent ; la Terre n’est plus ni carte, ni continent ; mais source de réfraction, pour qui veut penser les plaies, augmenter les attelles, réduire les fractures – que le silence tempête enfin, soulevant l’étincelle.

Le café ouvre ses portes

sur la marée montante…

De la terrasse on imagine

le bouillonnement des astres…

Ton vagin est un repli

où l’ombre s’illumine…

Mon regard sera toujours

dans l’angle du feu…

Le crépuscule n’est qu’un terme

qui commence avec l’oubli…

Et ce sont des morceaux de phrases

qui tissent notre avenir…

J’ai trinqué au sperme du jour,

à la cyprine des nuits…

Ta peau est une feuille

qui se tourne

héliotrope…

La marée –

c’est une pensée

à l’innombrable écho…

Le corps de la Terre se fissure par l’agitation des Hommes ; des brumes se lèvent, naguère somnolentes, en concordance avec le crachin de la mer ; tout tangue en des lieux immobiles, tout s'endigue sur la crête des vagues ; le corps de la Terre exsude un trop-plein d’immondices ; et de ses splendeurs nous peignons nos yeux, avant, qu’aveugles, ils ne pleurent la lumière.

Au bar de la tempête

des éclats de voix

se grisent…

Recouvreront-ils

les fulgurances du temps…

J’embrasse ton corps, tes ombres,

ce qui te constitue…

De ton regard je ne vois

qu’une houle

pensive…

Le soir n’est qu’un terme

qui tombe

comme un cheveu…

Ce ne sont que des mots

dont nous vêtons

nos rêves…

J’ai mordu dans le feu

à m’en faire

crisser les dents…

Le jusant

n’est qu’un flux…

de mémoire…

La beauté quelle qu’elle soit retient le souffle, les saisons ; et le temps n’a rien à mettre, au regard de ce qui flamboie : la Terre se dévêt, encore la nudité n’est-elle qu’un autre voile ; nous passons près des miroirs, n’en cueillons qu’un reflet ; la beauté nous confectionne, nous enveloppe de ses lueurs ; chaque aube est un savoir qui se détisse, qu’il nous faut ravauder ; la Terre, c’est ainsi qu’on la nomme, alors même qu’il faut crier.

Le bar frétille encore

dans la poêle

incendiaire…

N’y a-t-il

que peau, que chair,

qu’arêtes

pour grésiller ainsi…

Et ton amour

ne serait-ce pas friture…

Crépitement de mots imprévus…

C’est un crépuscule qui nous crée,

qui nous hypnotise…

C’est un ventre

dont nous sommes,

la paroi et le muscle…

Je crache le feu –

comme on crache

dessus les toits…

Les livres croissent avec les arbres ; le hasard nous crée dans sa nécessité ; et nos gestes sont des branches, agitées par des rafales ; de si loin nous venons nous dire des contes improbables ; et nous comptons sur des forces pour épuiser nos doutes, sur des marches pour accéder au pas ; sur l’avenir nous comptons, ainsi qu’on énumère tous les possibles, et leurs autres figures ; ouvrons nos portes et nos livres, que le souffre s’empare !

Le lieu s’agite aussi

lorsque nous

quittons…

Tes paroles

sont alors

des traces

dans l’impossible…

Ton corps me restitue…

Le soir

qui chutera

comme un automne…

Le ventre

où s’égrènent

toutes les soifs…

Le feu

qui ne retient…

que l’ombre…

La mort, ce n’est pas le miroir ni la vitre ; ce n’est qu’un terme qui se suspend ; et nos lèvres ne prononcent qu’un écho, sans jamais en connaître la source, ni les parois qui le projettent ; nos lèvres s’entrouvrent comme on baye ; et toutes les corneilles s’échappent d’entre nos dents ; et sur la langue ne reste qu’un miroir ; qu’une vitre ; nous séparant du temps.

Le milieu où s’agitent

le centre et son pourtour…

Tout ce qui se nomme

en étant anonyme…

Ton corps,

comme une exacte

incertitude…

Et puis le soir,

sombre

exigence…

Qu’illumine

le feu,

bondissant

d’autre part…

L’étranger vient de cet autre lieu, où nous allons, par son regard ; il demeure dans des pensées, dont nous sommes le miroir, comme il reflète nos propres réflexions ; et la danse le chant qu’il envisage, sont nos propres pas et paroles, dans un autre tempo ; c’est à son murmure que l’on reconnaît la rigole qui parcourt nos prés ; et sa main se pose, comme l’hirondelle qui paraît-il, fait le printemps ; l’étranger chaque matin, se réveille là, au cœur du miroir ; alors même que l’on se peigne, se maquille, ou se rase ; face à l’asymétrie ; du temps.

Il y a des lieues,

des lustres –

des insondables…

Toujours plus loin,

ta peau reste

et demeure…

La nuit,

est-ce-t-elle

qui nous franchit…

Par le flambeau

de ce qui sème…

Derrière la face est la figure, la nudité des sens ; nous voyons ce qui sépare, trop souvent nous voyons ; ce qui retient s’échappe ; et le temps nous transfigure.

Il y a des lustres…

Ton corps s'embrase…

Lueur dans l’aube…

Et cette nudité, pourquoi est-elle soudaine.

Ton corps s'attise…

Le jour

se déboutonne…

Dépouillement, dans un silence aigu.

Ton

corps…

 

Daniel LEDUC

 

Daniel Leduc a publié une vingtaine d’ouvrages (poésie, nouvelles, jeunesse). Il a collaboré à de nombreuses publications, notamment en tant que critique littéraire, artistique ou cinématographique. Ses textes ont été traduits dans une dizaine de langues et figurent en de nombreuses anthologies. Site de l’auteur :

 

 

http://www.harmattan.fr/daniel-leduc

 

 

 

 

 

 

 

 

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