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Six sonnets

(Mélaniques, Journal diffracté)

 

 

SEMIOSCURA

 


Apprivoiser les murs de cet hôtel d’étape

Pour ne pas devenir étranger même à moi

Un temps sans flux se figerait sinon par nappes

Superposées d’ennui pire émoi que l’émoi

 

Par la fenêtre on voit la cour  Ce qui me frappe

Est le constant retour de l’espace sur soi

La circularité a des effets de sape

Que pendulairement l’œil émet et reçoit

 

La fatigue du jour attendue bienvenue

Lave à plus doux courants un à-vif intérieur

Et la pensée tardive à son tour atténue

 

L’état de veille et sa tentation de l’ailleurs

Ce plafond tient du ciel où s’il n’est pas rieur

Le biais d’un sinueux neuf départ s’insinue

 

 

***

 

 

CONSTANCE DE L’ ÉPERDU

 

 


Les amis souvenus au débuché des rêves

Aussitôt repartis vers les forts du vieux sang

Apprendrai-je jamais si dans leur sommeil lève

Le brouillon de nos nuits en texte arborescent

 

Le Pourquoi orphelin de ces entrevues brèves

(Où presque à me toucher un lointain frémissant

Les fait me revenir blessure autant que trêve)

Vertical tient son angle avec tous les versants

 

Si me poussaient des mains au cœur pour l’embrassade

De mes chers en allés vers l’ailleurs indistinct

Je les retrouverais passé les palissades

 

Sur le chantier d’un ciel élevant des matins

Bleus – où dans les dangers de chocs et de glissades

Au temps rénovateur s’ouvriraient nos destins

 

 

 

 

***

 

 

 

D’UN ENTREPRIS QUI CROYAIT PRENDRE

 


La paume de ces mains est pour que l’on y crache

Avant d’ouvrir sa piste au soleil oscillant

Suscitateur de feux férus mais oh si lents

Dans un creux de lointains intervallé de flashes

 

Ayant dit oui malgré qu’on en ait qu’on en sache

Dans un suivi des jours pas assez vigilant

Voici que départi du pur le purulent

Comme un immémorial serpent se glisse hors cache

 

Voici que se déroule un vol d’oiseau très bleu

D’une aile à ramener au vaste du sableux

Les eaux d’un fleuve un peu déçu par ses voies tortes

 

Et qu’il urge de voir s’illuminer des yeux

De tempe à tempe après que vrai Diable ou faux Dieu

Les aura fascinés de tant de choses mortes

 

 

***

 

 

SONGERIE SIGNES

 

 


Assis dos à la porte un de ces soirs je songe

Entre deux souvenirs taraudés par l’oubli

Dehors c’est Pat qui gueule un peu   L’air affaibli

Relaie ses aboiements que le silence longe

 

Songer je songe et moins aux faits dont est rempli

Un parcours d’homme entré en âge et qui n’y plonge

Moins à cela – cet embarras cette rallonge

Plus pauvre en sel – qu’à ce qui parle en ses replis

 

Pat s’est tu ou le vent aura tourné de l’aile

Et la mémoire basse apporte pêle-mêle

Des bribes ou délais voués tels des rameaux

 

Secs à un feu de mots maigre à cœur de clairière

On dirait que le temps s’espace et coutumière

La nuit fait à mes yeux des signes liminaux

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

QUANT À L’IRRETENABLE

 


À peine nous ont-ils secourus ou bernés

Les lieux que nous frôlons d’une paume inexperte

Que le bout de nos doigts longe sans les cerner

Basculent dans le vent d’immensités ouvertes

 

Ironie d’un espace aux ingénieuses pertes

Si à nos yeux natifs de regards non bornés

Des vues et entrevues étaient soudain offertes

Vers une vie flambant neuve sur le mort-né

 

Alors nos mains voudraient préparer l’encolure

De belles étendues quelle qu’en soit l’allure

Dont l’ultime lisseur toujours nous léserait

 

– L’inassouvissement suffise à nous déprendre

Des promissions arquées par le désir-méandre

Comme si tout voyage à rien se ramenait

 

 

***

 

 

TOUT EST ÉCRIT

 

 


En regardant ce jour les bateaux qui balancent

– Le ciel grisé laisse entrevoir un puissant bleu

Le cours du vent se love au sémaphore et le

Lointain murmure au creux d’un dérivant silence –

 

J’en suis certain sans preuve et saisi d’évidence

Tout est écrit déjà le poème est calleux

Palimpseste au fin fond étagé de houleux

Mélanges surédits qui sous la main se lancent

 

Ce désabusement m’apaise et j’aperçois

À mi-rêve un espace où vaquer se conçoit

Dans la lignée tenue – fêtes croisant défaites –

 

De ceux aventurés vers des bords indistincts

Passé la mélopée de frauduleux matins

– Ceux-là dont les parcours ont suscité nos quêtes

 

 

 

 

 

CLÉMENT G. SECOND

 

 

 

 


Né en 1944 au Maroc, qu’il quitte pour la France en 1958.
Professeur d’espagnol, documentaliste puis personnel de direction de l’Education Nationale.
Vit en Espagne.

Ecrit depuis 1959 : poèmes, nouvelles, notes en cours sur la pratique de l’écrit. Quelques communications artisanales à diffusion confidentielle et sous pseudonyme.

Lit d’autres poètes, auteurs de nouvelles et romanciers de toutes époques, dont la nôtre (via les livres et internet) et s’intéresse aux autres formes d’art (photographie, peinture, musique en particulier).

Echange avec quelques proches et amis (rencontres, correspondance).

Aime fréquenter toute écriture qui « donne à lire et à deviner » (Sagesse chinoise ), dans laquelle « une seule chose compte, celle qui ne peut être expliquée » (G. Braque), et qui relève du constat de Camus : « L’expression commence où la pensée finit ».

Jamais vraiment publié jusqu’ici, souhaite l’être par besoin d’une plus grande ouverture.

 

 

Mail de l'auteur :

 

 

a1944 (at) hotmail.fr

 

 

Tag(s) : #poèmes

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