Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - CHARLES DOBZYNSKI

Publié par ERIC DUBOIS sur 3 Novembre 2011, 17:33pm

Catégories : #poèmes


 

 

                   Mètres et géomètres

 

 

Un gourou grec dénommé Pythagore

           savant d'avant Rabindranath Tagore

légifère armé de son théorème.

 

Euclide, lui, ce maniaque du tri,

aligne en rangs dans sa géométrie

les angles morts et les angles bohèmes.

 

Les lois d'airain que cisela Euclide

ont la beauté du fameux temple à Cnide

pourtant viendront d'autres hurluberlus,

 

Lobatchevski, Riemann, ces réfractaires

qui flanqueront son monument par terre,

eux trappeurs d'énigmes irrésolues

 

Prenant son bain le ludique Archimède

au poids du corps dans l'eau trouve un remède

par le calcul il définit son cas.

 

Et déchiffrant le code des fluides,

lui, géomètre, alchimiste, un peu druide,

lance au futur sa formule : Eureka !

 

Dans le pré carré de l'hypoténuse

qui vécut vieux de rapine et de ruse

parmi les nombres d'allure skinheads.

 

Triangles dealers, trapèzes truands,

qui jactent un argot tonitruant

mais que sont-ils ? Les outlaw d'Achimède !

 

Les anciens Grecs, ces surdoués des maths

nous ont astreints aux travaux d'automates :

casser A+B, cailloux de l'algèbre.

 

Si vous prenez un triangle isocèle

ne lâchez pas sa bride ni sa selle :

dans la nature il file comme un zèbre !

 

 

Comment braver l'agile quadrupède

qu'on baptisa parallélépipède,

rival de Mimoun ou de Zatopek.

 

Car fussiez-vous le plus fringant bolide

au marathon des figures d'Euclide

vous ne pourrez gagner même un kopeck !

 

Parfois, chat ronronnant, vous tend la patte,

un dodécaèdre un peu psychopathe,

un trapèze à poil s'évade du zoo.

 

Sur leur clavier, parfois, scellant des touches,

des racines carrées, hors de leurs souches,

joueront pour vous de Mozart un scherzo.

 

Le monde va souvent de mal en pis,

mais grâce à cette clé, la lettre Π

on peut du moins calculer son diamètre.

 

Ce nombre annelé tel l'anaconda,

est un radar de l'esprit qui sonda

l'espace entier qu'il nous reste à soumettre.

 

 

 

Je est un Naute

 

 

              O look de séductrice, Ève nympho,

ta particule essaimera l'info

en un clin d'œil sur toute la planète.

 

Qui a lancé cette abeille passeuse

de tous les pollens, bavarde et farceuse,

en instaurant l'ère de l'Internet ?

 

L'époque vint du langage sans fil,

l'ordinateur capta la chlorophylle

à reverdir nos yeux et nos oreilles.

 

Apple va remplacer notre mémoire,

le logiciel est la source où vont boire

tous nos désirs en très simple appareil.

 

Le piège auquel je suis à vif rivé

c'est WWW.

Je dis Weber et je prononce Web.

 

           Filant des mots je suis par eux fliqué

plus de parole : il faut cliquer, cliquer,

que sont mes mains sur le clavier? Des grèbes.

 

Du pôle à l'équateur voici la faune

qu'on voit surgir des jungles les iPhone

et les iPod, licornes et sorciers

 

Qui par nos doigts envoûtent les images,

le nouveau Dieu n'a plus besoin de mages

nos nouveaux sens ont trouvé leur sourcier !

 

L'homme évolue : il devient internaute !

Il surfe et désormais Je est un naute

qui voit du ciel partout pleuvoir des blogs,

 

 

De l'un à l'autre il n'est plus de distance,

en raccourci s'opère l'existence,

de l'inconnu l'homme est numérologue.

 

La découverte est là : le numérique !

C'est le nouveau continent, l'Amérique,

où toute chose est tactile à nos doigts.

 

Un Steve Jobs a franchi la frontière

entre l'immatériel et la matière ;

lui Magellan de fabuleux détroits.

 

Ingénieux cet enchanteur exploite

tout le virtuel d'une petite boîte

dont le négoce a changé les rapports,

 

Qu'avec l'humain a tissé l'invisible,

images, sons, nous rendent accessible

cet au-delà dont l'iPod est le port.

 

 

 

 

 

 

CHARLES DOBZYNSKI

 

 

 

CHARLES DOBZYNSKI, journaliste, poète, traducteur. Chroniqueur de poésie et

co-rédacteur en chef de la revue Europe.  Près de 50 titres – poésie et prose – à son actif.

Les derniers en date : J’ai failli la perdre ( Editions de la Différence ).

Viennent de paraître : Je est Un juif, roman ( poésie) et Le Bal des baleines et autres fictions

( Editions Orizons ).  La mort à vif  ( Editions Lamourier). Prix Goncourt de la poésie en 2005

pour l’ensemble de son  œuvre.

 

Le blog de Charles Dobzynski : http://poe.aujour.com.over-blog.com/

 

 

 

 

 

 

Plus d'infos sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Dobzynski

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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