Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - CHANTAL BOIVENT

Publié par ERIC DUBOIS sur 5 Août 2013, 14:46pm

Catégories : #poèmes

 

 

CHR

 

 

 

 

Chaude, humide et rock n'roll, c'est tout toi

C'est c'qu'ils disent les gens là-bas

C'est sûr cette fille ne manque pas d'air

Elle s'défonce et s'envoie en l'air

Elle aime autant les filles que les gars

 

Chaude, humide et rock n' roll à la fois

Chaude, humide et rock n' roll à la fois

 

Chaude et humide comme ta langue dans ma bouche

D'habitude pour dire bonjour, on se serre la louche

Mais ça c'est pas dans tes mœurs à toi

 

Chaude, humide et rock n' roll c'est bien toi

Chaude, humide et rock n' roll c'est bien toi

 

Chaude et humide comme le poignard,

Humide du sang à venir

Effilé, il m'a fouillée t'as pris mon âme dans la foulée,

Toi quand t'aimes, tu es comme ça

Impossible de te tenir

 

Chaude, humide et rock n' roll à la fois

Chaude, humide et rock n'roll à la fois

 

Moi pourtant j'suis pas comme ça

L'amour je l'fais qu'avec les gars

Les filles, tu vois, je les prends pas

Souvent elles veulent, mais moi j'veux pas

Mais ce jour là, j'sais pas pourquoi

J'te l'ai donné ce p'tit bout d'moi

Chaude et humide ma langue à moi

On s'est aimées, vite fait comme ça

 

Chaud, humide et rock'n' roll à la fois

Chaud, humide et rock'n' roll à la fois

 

Après ça, on s'est jamais revues

Sauf une fois, t'en souviens-tu ?

C'était une circonstance officielle

Y'avait tout le gratin d'la poubelle

Le préfet et les huiles, tous ces gens qu'on aime pas

Mais on crevait de faim : nécessité fait loi

Toi t'étais là, comme d'hab' à choquer les rombières

Moi au spectacle, voyeuse, en sirotant ma bière

Curieuse de savoir si, avant la fin du r'pas

Tu r'marquerais enfin qu'moi aussi j'étais là

 

Chaude, humide et rock n' roll à la fois

Chaude, humide et rock n'roll à la fois

 

Et puis t'es venue petite sœur t'es venue t'asseoir près de moi

Y'avait tant de bonheur dans ce "Ah, tu es là…"

Tes yeux étaient brillants et ton sourire clair

On s'est promis beaucoup, c'était plus un mystère

Mais t'as voulu encore que j'te donne un bisou

T'en voulais à ma bouche, à mes seins, à mon cou

Mais cette fois j'ai dit non, par une lâcheté infâme

Y'avait beaucoup trop d'monde, je n'voulais pas d'un drame

J't'ai repoussée par peur des sots qu'"en-dira-t-on"

Oui j'avoue ma frayeur, ce fût moche et très con

Mais j' sais pas très bien, comme toi Barbara

 

Etre chaude, humide et rock n' roll à la fois

Etre chaude, humide et rock n' roll à la fois

 

Alors t'as pris la mouche à défaut de ma bouche

Tu m'as boudée un peu en me tournant le dos

Puis t'es revenue encore en remettre une couche

Me suppliant des yeux d'accorder un bécot

T'étais trop douce alors j'ai fini par craquer

Et du bout des lèvres j'ai donné un baiser

Mais tu voulais encore, j'ai pu le constater

Chaude et humide, ma langue que je t'ai pas donnée

Alors tu t'es fâchée, t'as dis que j'étais nulle

Et j'crois bien qu'je l'étais, avec un peu d'recul

Ce soir là, au concert, y'avait-il un rapport

T'as fait pipi par terre, j'ai trouvé ça trop fort

Et je suis restée là en f'sant semblant de rien

A deux pas derrière toi comme tu le savais bien

Désolée à l'avance de c'qu'on dirait de toi

 

Chaude, humide et rock n'roll à la fois

Chaude, humide et rock n'roll à la fois

C'est sûr cette fille ne manque pas d'air

Elle s'défonce et s'envoie en l'air

Avec elle, pas de préliminaires, c'est direct :

CHR

 

Et la dernière soirée, mon dieu quelle équipée

Y'avait là famille et amis assemblés

Tu v'nais t'coller contre moi réclamer sans relâche

Un sourire, un bisou jusqu'à ce que j'me fâche

Car y'avait là quelqu'un que j'voulais pas choquer

Quand l'amour prend ces chemins faut pas trop s'emballer

Ni perdre les pédales sous peine de perdre en route

La tendresse enfantine qui souvent se déroute

D'un désir affiché même si de bon aloi

Il pourrait s'exprimer en bien d'autres endroits

On se dit : "A plus tard et pour une autre fois"

 

L'amour chaud, humide et rock n'roll à la fois

L'amour chaud, humide et rock n'roll à la fois

 

Et puis je t'ai perdue, m'disant que j'te r'verrai

Les saisons ont passé mais je n't'oubliais pas

J'étais sur d'autres chemins et sans nouvelles de toi

Jusqu'à ce qu'on me dise :

"T'as su pour Barbara ?"

Le ciel s'est effondré, tout est devenu froid

Et là j'ai pris un coup dont je n'me remets pas

Car quand on aime ainsi sans que rien ne transpire

On garde le chagrin faute de pouvoir le dire

Si je parle aujourd'hui c'est pour qu'on sache bien

Que la vie est précaire et qu'il suffit d'un rien

Et que remettre toujours à demain quand on aime

Vous fait courir le risque d'une très grande peine

Car s'il est une chose pire encore que la mort

C'est le regret qui ronge et nourrit le remords

Des amours qui s'défont y'en a toutes les semaines

Un jour on aime et le lend'main on veut maudire ses chaînes

Mais crois-moi pire encore que l'amour qui s'défait

Y'a l' souvenir de l'amour qui ne s'est jamais fait

Alors même si l'enfer s'ouvre sous mes pas

J'y serai avec toi, bien au chaud, Barbarara

Car désormais c'est moi, qui, en souvenir de toi

Porterai le flambeau de cette belle loi

Qu'il faut vivre partout ce que l'on porte en soi

Que le regard d'autrui et chacun m'indiffère

Avec moi, c'est direct et sans préliminaires

Chaud, humide et rock n'roll à la fois

Chaud, humide et rock n'roll à la fois

 

 

***

 

TOMBéEDE LA QUEUE D'UNE COMèTE

 

 

 

Moi, tombée de la queue d'une comète ou d'un voile d'étoile

Où je gambadais joyeusement depuis quelques milliers d'années ouplus

Moi, dis-je, un jour fille de soleil et de vents errants

Je tombai par extraordinaire conjonction astrale sur cette petite planète banale que j'aimai immédiatement follement

 

Pourtant elle n'avait rien d'extraordinaire

Son bleu n'était même pas pur

Il y avait tant de nuances que ça devenait dur

Au final de trouver une unité de ton

Et son ciel qui changeait tout le temps

Tellement que ça en était navrant

De ne jamais pouvoir se fier

Au temps qu'il allait faire, ferait, faisait.

Pourtant je l'ai trouvé charmante

Cette petite planète bleu errante dans son système chaotique

Aussi je m'y suis installée et plutôt que de continuer à voler :

Je suis née

Au début tout se passa très bien

Comme je me nourrissais d'un rien je faisais pâture de tout

Un peu d'air pur, du lait, de l'eau

Un brin de soleil et le chant des oiseaux

La caresse du vent coquin et voilà que pour trois fois rien

J'agitai mes petites mains et mes pieds battaient la mesure

Au rythme de la belle nature

Je me faisais un jouet de tout

Trois brindilles et quelques cailloux

Qui m'amusaient pendant des heures

Suffisaient à mon bonheur

Les arbres m'adressaient des signes

Leurs fruits étaient doux et sucrés

La vie alors était comme une vigne qu'on grappille à la fin de l'été

 

Mais un jour je ne sais comment

Je découvris mes frères humains.

J'appris que pour être à la page

Il fallait être beaucoup moins sage

J'appris qu'il n'était pas sérieux

De sourire comme ça tout le temps

A tout à tous continuellement

Que les chiens avaient la rage et qu'il fallait être méfiant

J'appris qu'il n'y a pas de plus beau jeu

Que d'arracher les ailes des mouches

Et qu'on caillou était une pierre qui peut vous tuer si elle vous touche.

Je vis la lionne tuer la gazelle;

Le frère, son frère ; le père, ses enfants.

J'appris que pour survivre il faudrait être celle

Qu'on ne tue pas impunément

 

 

Et moi, tombée de la queue d'une comète ou d'un voile d'étoile

Où je gambadais joyeusement depuis quelques milliers d'années ou plus

Moi, dis-je, un jour fille de soleil et de vents errants

Tombée par extraordinaire conjonction astrale sur cette petite planète banale que j'aimais pourtant follement

 

Je m'efforçai de devenir femme et citoyenne intégrée

J'appris à ne pas verser une larme et à faire semblant de prier

Je crus en tout ce qu'il fallait croire

J'appris ma géographie et mon histoire

Et qu'avant de se servir il fallait demander

Et lorsqu'alors je connus la révolte

Mes frères humains firent en sorte

De vite me la faire oublier

Pourtant je continuais à offrir

Mes cigarettes et mon sourire

Et on trouvait cela navrant

Que je ne veuille pas admettre vraiment qu'il y a des limites nettes

Entre les bons et les méchants

Et moi qui aimais mes frères humains vraiment

Je dus apprendre à mes dépens et la vie m'apprit durement

Qu'il ne fallait pas tout donner

La solitude fût mon lot trouvant refuge dans la folie

Qui avant que de quitter la vie

M'offrit quelques tours de manèges

Je pus trouver quelques copains qui eux trouvaient ça très bien

Que je me roule dans la neige

On riait de ma vie excentrique, d'une loghorrée dithyrambique

De mes humeurs revêches et de mon chien bâtard

On disait que j'étais originale

D'un caractère peu banal d'intelligence exceptionnelle

Quand moi j'avais la gorge sèche

Et de toutes mes envies d'amour que n'a-t-on jasé alentour en me tuant de commentaires

Quand moi j'étais au désespoir au bout du bord d'un puits très noir

Et moi, tombée de la queue d'une comète ou d'un voile d'étoile où je gambadais joyeusement depuis quelques milliers d'années ouplus

Moi, fille de soleil et de vents errants

Tombée par extraordinaire conjonction astrale

Sur cette petite planète banale tout à coup

J'ai vacillé

 

Du côté de ma paix comme un village tranquille

J'ai des vieux habitants qui ont visage d'îles

Du côté de ma paix comme un village tranquille

Le temps passe et fait son temps soumis et docile

 

Du côté de ma paix le calme est un miroir

Et les habits guerriers sont rangés au placard

Du côté de ma paix la solitude est douce

Et pousse dans le jardin comme la pierre amasse la mousse

 

Du côté de ma paix j'ai trois vies en attente

Et peu importe si on croit que je me vante

Du côté de ma paix je ne crains pas l'ennui

Je laisse à l'agitée les joies de l'insomnie

 

Du côté de ma paix je regarde le bocal

Et me plais à penser que c'est une vie normale

Trois secondes de mémoire et puis on tourne en rond

Du côté de ma paix le mystère reste sans fond

 

Du côté de ma paix je vis comme je demeure

Du côté de ma paix j'entends sonner les heures

Qui s'égrènent tranquillement de clochers en clochers

Du côté de ma paix le temps est un allié

 

Du côté de ma paix je vieillis sans angoisse

Je sais bien que je suis bien plus belle qu'à 20 ans

Du côté de ma paix le cheveux garde trace

Des années bien passées du côté des vivants

 

Du côté de ma paix mon visage repose

Et mes yeux sont ouverts sur un ciel miroitant

Du côté de ma paix il faudra je suppose

Que je dise au revoir je vous aimais pourtant

 

 

 

 

CHANTAL BOIVENT

 

 

 

 

Biographie : Née en 1967 en Bretagne, je me me fais connaître dans les années 2000 notamment grâce à un passage par le slam qui me fait accéder à un public d'initiés de plus en plus large en raison du succès de cette discipline. Je caresse un projet d'édition d'un recueil en auto-édition depuis plusieurs années. On peut, en attendant, me retrouver sur mon sitewww.chantalboivent.com ou écouter ou télécharger un poème à écouter sur le site http://www.reverbnation.com/chantalboivent.

 

 

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