Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - CÉDRIC BONFILS

Publié par ERIC DUBOIS sur 19 Octobre 2013, 07:14am

Catégories : #poèmes

 

L’usure

C’est un cri qu’on tient

Qui dure

Encore et poussé pour rien

 

Un cri de nuit dans le ressac des cauchemars

Un cri de corps violentés, de voix qui s’égarent

 

L’usure

 

Un cri présent, si présent à chaque seconde

Que ça te tourne, ça t’écœure, ça t’inonde

 

L’usure

 

Bien sûr, tu t’empresses de ne pas écouter

Ce qui sans cesse t’appelle pour te capter

 

L’usure

Oui, ce cri qu’on tient

Qui dure

Encore et poussé pour rien

 

Poussé si fort chaque jour avec tant de hargne

Par toutes celles et tous ceux que rien n’épargne

 

Ce cri

 

Chaque jour l’usure, oui, ce cri, il t’épuise

Inscrit partout comme les guerres sur les frises

 

Ce cri

 

Comme une perceuse portée à ton oreille

Ecoute-le, accepte-le, reste en éveil

 

L’usure

Est ce cri qu’on tient

Qui dure

Mais qu’on a poussé pour rien

 

Si tu écoutes, le matin, sans attention

Sans cœur, la douleur, la rage et la passion

 

Si tu refuses pour préserver ton confort

Aux êtres qui s’usent le droit de crier fort

 

Ce cri

Poussé dans le monde

Qui strie

Les nouvelles sur les ondes

 

 

***

 

 

Ni perdu, ni repris, ni volé

Mais là, à prendre

Le souffle

 

Et partout, tout le temps, à jamais

Quête constante

Le souffle

 

Pour tenir, pour vivre et pour sentir

Oui sans délai

Le souffle

 

Chant muet de l’air au cœur du ventre

De l’air au coeur

Le souffle

 

Si le vent est cœur secret des vagues

Bruit et silence

Le souffle

 

Secret que te disent à l’oreille

Et ciel et mer

Le souffle

 

Il faut essayer et s’exercer

Il faut apprendre

Le souffle

 

Ciel en soi, feu de toi, foudre au ventre

Et joie et calme

Le souffle

 

On peut essayer, seul et ensemble

Ensemble apprendre

Le souffle

 

Pour l’instant, pour plus tard, pour aller

Et sans regret

Le souffle

 

Ton point de côté creuse le monde

Le même manque

De souffle

 

 

***

 

Ca va aller

Si on marche calme les jours de pluie, sentant l’averse dans le décor

Si on repère dans les parcs l’espoir sur les bancs de ceux qui s’aiment

Si les jours de grève et les soirs de fête on ne marche pas sur des corps étendus

S’il nous reste dans les silences des regards pour tomber d’accord

 

Ca va aller

Si tu ne dis pas tout des blessures qui bouleversent tes heures secrètes

Si tu ne dis pas tout, si tu t’arrêtes parfois à l’extrême limite des mots qui te viennent

Si tu ne dis pas tout, choisissant soudain le silence – et pourquoi pas ?

Si tu ne dis pas tout des horreurs qui te passent par la tête

 

Ca va aller

Si tu traques à chaque instant, de jour, de nuit, les joies les plus volatiles

Si tu traques à chaque instant les mots inutiles avant qu’ils t’échappent

Si tu traques à chaque instant ces douceurs subtiles dans nos regards et nos échanges

Si tu traques à chaque instant le sens à peine effleuré de nos contacts tactiles

 

Ca va aller

Si aux excès trop faciles, aux bonheurs sans effort, aux joies sans grâce, tu renonces

Si tu te défonces seulement aux excès d’amour

S’il n’y a pas une once de haine dans tes colères

Si aux excès de rage, de trouble, de peine et d’angoisse tu as quelques réponses

 

Ca va aller

Si nous trouvons aux heures creuses du bonheur comment rester impassibles

Si nous trouvons des tours de passe-passe contre la tristesse

Si nous trouvons dans nos causeries des pointes d’humour et de quiétude

Si nous trouvons des ruses d’enfants pour vivre mieux d’être risibles

 

Ca va aller

Si nous restons un peu les bras croisés quand l’urgence oppresse le monde

Si nous boudons les banques avant qu’elles nous fassent rembourser le droit de vivre

Si nous ne fumons que le soir et des roulées plutôt que des toutes faites

Si nous comptons la vie qui passe en mesurant chaque seconde

 

Ca va aller

Si la vie n’est pas trop longue, si elle nous fait parfois quitter la route

Si la vie n’est pas trop courte, si elle nous laisse traîner un peu ici-bas

Si la vie nous laisse grandir, nous laisse des plaies, des bosses

Si la vie nous secoue et nous laisse le temps d’avoir des doutes

 

 

 

 

 

Ca va aller

Si nous surfons sur le vide comme on savoure l’errance

Si nous parions sur la suite sans laisser la chance décider de l’avenir

Si nous vivons comme des instants de transe nos instants d’amour

Si nous savons mettre le bordel sans pour autant gâcher l’ambiance

 

Ca va aller

S’il nous reste la chance qu’ont les ivrognes de pouvoir déconner

S’il nous reste la faculté de nous étonner comme les philosophes et les gosses

S’il nous reste du souffle pour plonger dans la baignoire sans nous tailler les bras

S’il nous reste plus d’horizon que ce qui nous pend au bout du nez

 

Ca va aller

Si nous parions pour l’amour vrai, l’amour intense sans pour autant paniquer

Si nous ne gâchons pas en le décortiquant ce qui nous arrive par chance

Si nous ne laissons pas les maladies nous empêcher d’espérer

Si nous pouvons être voyageurs sans que l’état cherche à nous fliquer

 

Ca va aller

Si les cours de récréation ne deviennent pas des champs de bataille

Si on ne tombe pas dans l’eugénisme pour trier les mômes

S’il reste dans le monde autant de canailles que de poètes

Si les fous ont la gnac, les enfants du culot et les mendiants de la gouaille

 

Ca va aller

Si nous nous aimons d’amour sincère sans faire semblant d’être parfait

Si on refait le monde de temps en temps quitte à ne plus dormir

Si on laisse les vieux qui meurent dans les hospices croire encore au merveilleux

Si on ose s’arrêter quand il est temps, avant d’en avoir trop fait

 

Ca va aller

Si tu peux dire de temps en temps que tu m’aimes

Si c’est pas toujours chacun pour soi, toujours le même rengaine

S’il y a pour les gens simples le droit d’être fous, d’être poètes

Si on change de jour, de mois, de siècle, sans que ce soit toujours le même

 

Ca va aller

Si le temps passant, la vie filant, on n’a pas peur de pourrir

Si le temps passant, la vie filant, on frémit malgré nos doutes

Si le temps passant, la vie filant, on renonce à vivre comme on fait la course

Si le temps passant, la vie filant, on ose mourir avec le sourire

 

 

 

 

 

 

CÉDRIC BONFILS

 

 

 

Il se présente :

 

Je suis né en 1979. J'anime des ateliers d'écriture et écris du théâtre, certains textes sont publiés aux Editions Espace 34 et chez Alna éditeur. La part de mon travail qui a à voir avec la poésie n'est pas publiée. Je tiens un blog, travail de notation et recherche d'intensité lapidaire : http://diversabsolu.blogspot.fr/

 

 

 

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