Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - CÉCILE COULON

Publié par ERIC DUBOIS sur 19 Novembre 2013, 15:48pm

Catégories : #poèmes


UN POUMON SUPPLÉMENTAIRE



c'est l'histoire sans suspense d'un grand amour qui finit mal le museau plein de sang
et la truffe pleine de larmes épaisses comme celles des crocodiles affamés
qui n'ont jamais goûté la douleur des océans
avant question tendresse/affection j'étais sans domicile fixe et maintenant
je comprends mieux pourquoi certains refusent de l'aide moi j'ai tenu ta main
un jour tu... l'as mordu moi j'ai offert mon rire un jour tu l'as rendu
enfin je ne vais pas me plaindre j'ai toujours envie de me lever le matin
d'écrire des poèmes où tout paraît simple un grand fuck aux nobles alexandrins
avant j'étais pauvre en rimes riches aujourd'hui c'est le contraire
tu t'endors dans la chambre à côté je n'aurais jamais le courage de le faire
de te dire
je te porte en moi comme un poumon supplémentaire
je te porte en moi comme un poumon supplémentaire

c'est l'histoire d'un chevalier qui n'a pas inventé la machine à courber les bananes
bien sûr c'est une image un peu facile pour parler des mecs et des gonzesses
partis chercher des princesses, un deux-pièces ou simplement une barrette chez Bibi La Havane
il faut être sacrément fondu pour vouloir combattre sans défense ni armure
je sais de quoi je parle je suis déjà montée dans un tramway nommé blessure
avant toi j'avais du flair ma rue était un continent et ma ville la plus cool des planètes
et le monde extérieur un immense océan où j'ai jeté tes dernières lettres
j'adorais acheter des chaussettes propres avec de l'argent sale gagné à vendre des livres
qu'aucune once d'émotion n'a jamais traversé
à quai ma tête attend encore le bateau du succès et mon cœur s'endort sur l'autre rive
au jeu du plus féroce j'ai toujours de bonnes cartes et l'indifférence est mon meilleur joker
même si je n'oublie pas
que je te porte en moi comme un poumon supplémentaire
que je te porte en moi comme un poumon supplémentaire

c'est l'histoire d'une vieille femme de vingt ans aux cheveux presque blancs à force de soleil
ses initiales ont perdu leurs cédilles elle a peur parce que le temps l'aura bientôt consommée
et toi aussi par la même occasion avec tes grands discours qui ne vont pas plus loin que ta place de parking
je me demande si l'ennui est pire que la haine s'il vaut mieux se contenter
de lécher des vitrines des glaces et des mecs pleins de fric qui ont bien compris
que ton point g se trouve à la fin du mot shopping le soir en bord de mer
des cargos chargés de mauvais souvenirs font pleurer mes sirènes
et puis tu m'as demandé de te mentir alors j'ai dit je t'aime
promis je vais me taire mais avant de nous faire la guerre
n'oublie pas

je te porte en moi comme un poumon supplémentaire

 

 

 


© Cécile Coulon

 

 

 

 

 


***



JE T'AIME BIEN TOUT COURT



au bout du monde sur une île plus petite que les filles de bretagne des gens perdus autour d'un feu crient habemus papaye
de l'autre côté chacun cherche son choix entre un pavillon de banlieue et le deux pièces en ville accroché à la rue
comme un gros chat de gouttière qui ne retrouve plus une bonne raison de se lécher le matin quand les ouvriers
ont lancé leurs croissants avalé le café les filles dans des taxis avec des airs déçus et des jambes enveloppées
dans de mauvais tissus ne me demandez pas d'imposer mon absence de vécu au milieu de ces hommes
que l'avarice a bu comme de simples alcools l'ambition est une chatte qui n'en peux plus de feuler de monter sur les femmes
pour se faire caresser laisser passer l'effroi la peur de se brûler à la lumière des flammes ma rétine est rompue
aux exercices de charme parfois j'ai la larme à l'heure dans une main les carabines de la rancoeur et dans l'autre
un morceau de douceur roulé comme une boule de poils que l'animal ne cesse de recracher à la gueule de ta douleur
je ne sais pas qui tu es je ne connais rien de tes amours je t'aime bien tout court la justice est un jeu de lois souvent je passe mon tour
je n'ai pas les moyens d'être à la hauteur de tes ivresses je n'ai plus d'humour propre même le chat ne veut plus de mes caresses
la nuit je vis dans un loft crasseux avec fenêtre sur jour je vois des amants lâches rencontrer d'autres fesses et je pense
à ta pauvre déesse le coeur les jambes et les seins lourds elle ne méritait pas l'ombre d'une fausse promesse
et tu l'as plantée là maman tigresse au milieu d'un grand carrefour où les routes n'ont pas de noms et les chiennes pas de laisses
je n'ai pas la gentillesse nécessaire pour envoyer des fleurs dessiner les contours de ton corps endormi sur un papier de Grèce
te faire croire que je suis une artiste que je n'ai pas besoin de thune pour combler mes faiblesses je suis le droit chemin
en faisant des détours prendre de l'avance sans regarder derrière le paysage abyssal de notre itinéraire quand on faisait l'amour
c'est l'ennui qui criait à s'en coudre les paupières et je n'ai pas besoin de mains expertes pour savoir ce qui me tient
ce qui m'abaisse à envoyer des signaux de fumée à des hommes-squelettes et des femmes mal sapées aux sourires baïonnettes
ça aurait pu s'appeler le poème de l'auteur en première classe mais le siège est cassé et la vitre couverte
ne me demande pas si j'ai gardé tes lettres je cherche sans trouver un nouvel alphabet pour soigner ma blessure grande ouverte.

 

 

 

 


© Cécile Coulon

 

 

 


***

DECLARATION D'HUMOUR



j'ai longtemps cherché quelqu'un pour me donner bonne conscience mais ce genre de chose se prête il faut la rendre
ou bien vendre au plus offrant j'ai compté sur mon talent pour me sortir de ces mauvais moments qui vous font perdre
la notion du temps le plaisir des histoires simples j'ai tendance à faire semblant d'écouter des gens pleins de culture
autour d'un mauvais vin blanc réinventer le cinéma allemand, la musique contemporaine et la photo en noir et blême
les livres mal écrits et les images où des enfants sourient à s'en craquer les dents j'ai souvent hurler intérieurement
je voulais tellement te voir, te toucher, la plupart de tes mensonges donnaient des résultats satisfaisants et dedans
la bête dormait sur le ventre en attendant le coucher du sommeil pour sortir secouer ses poils abondants
parfois je prends de grands airs mais j'ai toujours une petite mine même les personnages démissionnent de mes romans
passer le fer chaud sur les mauvais pli du temps et sentir la brûlure réveiller le volcan ouvrir à l'intérieur la gueule d'un océan
où les bateaux de la fureur attendent les bonnes vagues, que le vent tourne en leur faveur pour foncer sur la côte basse
cogner le visage de la terre soumise comme on réveille un vieil ivrogne à grandes claques ça fait déjà deux ans
que j'assiste au terrible spectacle et je prends souvent les devants pour me planquer derrière les lourds rideaux rouge sang
que tes longues mains fébriles viendront bientôt déchirer avec tes yeux profonds et ta douceur habile j'hésite à m'approcher
j'ai peur de t'embrasser je ne saurais pas te faire du bien ta bouche est un écrin où je viendrais me coucher ça ne m'a jamais dérangée
de m'engager dans une histoire sans lendemain l'an prochain nous aurons une mauvaise passe ça arrive à tous les bons joueurs
à force d'entretenir la fleur de mon secret elle a pris de la hauteur je ne peux pas l'arrêter à moins de couper les branches mortes
et nouer ses racines comme deux amants qui se tiennent avant le départ du dernier train ils n'entendent pas le contrôleur
hurler sur le quai qu'il faut partir quitter son prince charmeur s'asseoir sur un mauvais strapontin voir la douleur irriguer le paysage
comme un enfant qui pleure vient boire à la source du chagrin l'amour est un venin la tendresse un miracle je ne suis plus un être
mais un avoir humain la déchirure frappe à mes chevilles et remonte jusqu'au coeur je voudrais tant trouver en moi la force des vainqueurs
ceux qui continuent à courir alors que la machine a crevé, perdu sa puissance explosé le moteur quand le stade est en transe
il n'y a plus de raison d'ignorer la douceur du dernier kilomètre avant l'ultime saveur puis tomber dans les vestiaires comme un homme qui a peur
d'avouer qu'il n'est arrivé que deuxième j'ai pris du recul sans savoir prendre de l'élan je reste en périphérie de ma propre aventure
et je regarde ce corps l'impuissance de mes bras à étouffer ton amertume et le souffle dans ma voix inquiété par l'allure
de tes mots de tes gestes de tes choix je n'ai pas besoin de toi mais j'ai besoin de nous viens faire fondre l'armure
je garde en moi la trace d'un combat sans blessure.

 


© Cécile Coulon

CÉCILE COULON

Notice biblio :

Cécile Coulon est née en 1990. Après des études en hypokhâgne et khâgne à Clermont-Ferrand, elle poursuit des études de Lettres Modernes.

Son premier roman Le voleur de vie et son recueil de nouvelles Sauvages ont paru aux Éditions Revoir. Le Rire du Grand Blessé est son troisième roman paru aux Editions Viviane Hamy, après Méfiez-vous des enfants sages et Le Roi n'a pas sommeil.

 

 

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