Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - BÉATRICE HOREL

Publié par ERIC DUBOIS sur 7 Juin 2013, 18:57pm

Catégories : #poèmes

 

A TOUS

 

Renseignements pris,

je ne pars plus

au bout du monde.

 

Il y fait trop froid ou trop chaud,

le voyage est fatigant,

l'accueil est incertain.

 

Je reste avec vous

pour la chaleur triste

de nos foyers protégés

et de nos distractions programmées.

 

Mes nuits sont mauvaises

et mes jours nauséeux.

L'argent est le grand vainqueur

de ce monde décor.

 

Je reste avec vous,

l'angoisse au ventre;

le verbe espérer retenu

au creux des reins.

 

 

***

 

 

 

 

SOUVENIRS VAGUES

 

J'ai oublié l'essentiel

Je dois retrouver le chemin

Le cœur plein

La poitrine lourde

Le pas léger.

 

Je ne me souviens plus très bien de la première pluie

Ni des premiers orages,

Mais je me souviens de l’exil déplacé

De lieux en lieux.

 

Je ne me souviens plus de ce qui fut premier,

Mais je me souviens de toi,

Sang de la terre

Pulsation rythmée du cœur.

 

 

Je ne me souviens plus de l’essence du monde

J’ai oublié, c’est vrai,

J’ai oublié l’essentiel.

 

J’aimerais tant me souvenir du voyage

Des bribes de parcours,

Morceaux épars

Me reviennent parfois

Images cassées, kaléidoscopiques

 

 

J’aimerais tant me souvenir de ma naissance

Effrayante.

 

J’ai oublié, c’est vrai,

J’ai oublié l’essentiel.

Mais je me souviens du parcours.

Je me souviens de toi,

De rien, et je suis triste.

 

Je me souviens des ombres

Qui flottaient au dessus des rameaux

Et des jours sans nuit

Et des cieux sans orage.

 

Je me souviens de la route

Parcourue au travers des champs

Je me souviens de tes regards

De ta voix,

De nos rencontres

Nos murmures, nos rires

 

De notre connivence

Envers et contre tout

Et contre tous aussi.

 

Je me souviens,

-C’est un peu flou-.

Je me souviens

Des rires, des jets de pierres

Des courses sur les chemins

Mais surtout de l’origine,

De là d’où je viens,

C’est si loin,

 

Cela fait si longtemps.

C’était avant la vie,

Avant la mort.

Nous étions heureux .

C’était il y a longtemps.

Aujourd’hui nous sommes fatigués.

Nous jouons des rôles,

Qui ne nous conviennent pas.

« le gendarme et le voleur »

« le bon et le méchant »

comme des gosses.

Nous sommes des enfants,

Et nous nous mordons les poings,

Nous serrons nos lèvres,

Pour ne pas hurler

Hurler à la vie,

Cette vie abîmée.

 

Nous sommes des enfants,

Et nous jouons aux bonnes manières

Derrières les coups en douce

Les mots violents

Derrière des sourires de façade,

Des murs en plâtre

Des corps de théâtre

Pour quelle mise en scène ?

Grands auteurs ou théâtre de boulevard.

Nous parlons de choses

Qui ne nous concernent pas,

Des faits divers,

Nos repas arrosés,

Et nos derniers achats,

Dont nous n’avons pas besoin.

 

Arrêt sur image,

Souvenons nous des jours meilleurs

Où nous étions heureux.

 

Non, impossible…..

 

 

 

 

Je ne me souviens plus très bien

De ce qui fut l’origine

Désir oublié, submergé

Par la multitude

De nos constructions bricolées

De bric et de broc

Saturées d’abstractions

De bonheur dévoyé

De volonté d’exister

Envers et contre toutes nos pertes de mémoire

Nos défaillances ontologiques

 

 

 

Soirées d’un autre âge

Galons dorés et décorations diverses

Habits retournés

Pour masquer l’usure de nos propos,

Et nos vies dérisoires.

 

Abandonnées

Nos rebellions

Nos quêtes multiples

D'eau de source

Fraîche et limpide

Au murmure de cristal fracassé

Éparpillé sur l’eau de roche

 

Nous plongeons à corps perdus

Et nageons dans les eaux stagnantes

De nos habitudes marécages.

 

 

 

Je me souviens de nos faiblesses

De nos mensonges

 

Notre amour pour le prochain

Tout proche

Et notre crainte de l’étranger

 

Et nos bonnes manières

Je me souviens de nos désarrois

Face à l’inconnu

Face à la fermeture

Face à notre exil prolongé

Seulement rassurés par nos maisons

Où nous nous retrouvons au chaud

Entre nous.

 

Où sont les aventuriers au long cours

Prêts au risque et l’ouverture ?

 

Te souviens tu de nos matins brumeux

Où nous ne savions plus très bien

Où nous allions ?

 

 

 

Nous étions là –simplement-

Sans désirer autre chose que cette lumière claire

Qui nous attendait déjà

C’était le temps où nous prenions le temps de sentir.

 

La vie n’avait pas d’importance

Nous la savions éphémère

Elle s’écoulait lentement –sûrement-

Tranquillement.

 

Nous n'avions pas ces brusqueries,

Ces sursauts désespérés

Ces cris hachés

Ces gestes désordonnés

Ces haines subites.

 

 

 

Nous n'avions pas peur du lendemain

de l'autre.

Nous ne contestions pas tout

Éternellement.

Nous faisions confiance

Dans le cours de la vie

A corps perdu.

 

Et peut-être est-ce un rêve.

 

Mais l'image est là,

Malgré tout,

Malgré moi.

 

L'image du bonheur

Inoubliable

L'image de la joie pure

Altérée par l'oubli

Qui creuse son sillon

Dans les veines du temps

 

Ce bonheur qui crie

L'oubli assourdissant

A perte d'ouïe

A perte d'haleine...

 

Ce bonheur qui ne veut pas

de l'oubli

de l'invisible

 

 

 

 

Ce bonheur qui épelle son nom :

 

« Bonne Heure »

 

Bonne comme la caresse sur le corps

Bonne comme la lumière sur l'espace.

 

 

Prends le temps de vivre

Prends le temps d'exister

Chaque heure est bonne.

N'en perds pas une,

N'en oublie pas une

 

 

 

BÉATRICE HOREL

 

 

 

 

Elle se présente :

 

 

Je suis née en 1947 danslescôtesdunorddelaBretagne...Très vite je fus amenée à la quitter pour suivre mon père dans ses aléas voyageurs... qui m'ont laissé un goût de rêve, et un manque certain de stabilité...

Une scolarité chaotique m'a amenée à faire du secrétariat, pour assurer mon gîte et mon couvert, souvent à temps partiel pour me consacrer dans un premier temps à la peinture durant de longues années, avec comme modèle Cézanne et autres peintres maudits.... la reconnaissance ne serait pas pour moi. Sauf la mienne, toute intérieure.... Mais la peinture me renvoyait à mon silence. L'écriture vint la combler. L'écriture sous toutes ses formes. Le journal, les poèmes, les contes et les lettres, dans lesquels mon esprit s'explore et cherche à se reconnaître. Et ce faisant, rencontre le monde.... reflet au milieu de tous les reflets du monde, que je reconnais comme ses frères et sœurs de passage.... dans mon exploration de l'inédit de l'être.

Je vis actuellement en Dordogne, dans un petit hameau... et goûte d'avoir tout ce temps pour la poursuite de mon exploration.

 

 

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Gabriel Meunier 11/09/2015 16:40

vous ne publiez plus rien ???
je suis un peu triste... Non... Je pense que la Dordogne est vraiment un paradis dont la porte s'est bien refermée sur ses gentils occupants !

gabriel meunier 28/02/2015 22:49

PS
la Dordogne... ? Y a-t-il un autre royaume ?

gabriel meunier 28/02/2015 22:46

pauvre de moi
je découvre seulement maintenant votre sentier, votre lumière et vos ombres
tant de choses qui palpitent
je crois que je relirai encore longtemps votre texte (horreur : l'expression est sèche, non ?)
excusez moi
bonne nuit

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