Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - BARNABE LAYE

Publié par ERIC DUBOIS sur 25 Octobre 2012, 11:38am

Catégories : #poèmes

 

 

 

 

 

Il aurait voulu lui offrir des fleurs



Ce fut un coup de foudre

Un coup d’amour un coup d’éclair

Un fracas de tonnerre

L’homme debout perdu dans le paradis bleu

De ce visage le regard de l’Étrangère



Voici l’homme tremblotant et blême

Dans le vertige du moment sublime

Que faire pour marquer l’instant terrible



IL aurait voulu lui offrir des fleurs

Des hibiscus mauves et blancs

Des allamandas jaunes perlés de fines rosées



Il aurait voulu lui offrir

Des nénuphars à fleurs blanches

Ouvertes le jour pour saluer le soleil

Fermées la nuit sous le regard de lune



Il aurait voulu lui offrir

Des jacinthes d’eau

Aux pétioles de velours

Pourquoi pas des ipomées

Ou de petits cacias des Iles Vierges



Il aurait voulu lui offrir

Des orchidées bariolées

Des alpinias des Iles du Pacifique

Des balisiers rouges

Dressés fièrement

Comme des danseuses andalouses



L’homme s’approcha de l’Étrangère

Et lui dit

« Je suis à vous

À la vie à la mort

Comment devenir votre Petit Prince

Je voudrais vous offrir des étoiles »



 



Paris, juillet 2012

 

 

 

***

 

Concerto pour un homme seul



Tu ne sais jamais pourquoi, soudain la nuit, le retour des cauchemars. Tels les troupeaux qui au coucher du soleil rentrent au bercail

Tu habites une maison hantée où tu promènes tes fantômes

Hier encore tu traînais tes rêves dans des gloires éphémères tu te croyais Milord et Prince des Asturies

Voilà que tout s’écroule comme château de cartes sans crier gare

Le rideau est tombé et les corridors sont vides. Les figurants ont déserté la scène et les lumières une à une se sont éteintes au bruit de tes pas

La coupe est amère qui prodiguait jadis des bulles exquises

Maintenant c’est l’hiver. Comment dégeler un cœur à l’encan ?

Tu souffles sur les cendres des amours mortes et nul phénix ne s’envole

des fumeroles

Parfois tu t’accroches aux rideaux dans un cri de rage folle

Tu t’agrippes aux murs défiant la cohorte des ombres aveugles

Tu te recroquevilles au creux de ton histoire en remugles

Tu t’installes dans le compte à rebours qui sonne le glas des vieilles utopies

Survivras-tu à l’hiver ?



Au milieu des vertiges sans trêve ni répit tu te perds dans les nébuleuses de mots qui partent en volutes

Et tu traînes ta carcasse d’une pièce à l’autre dans des murmures las

Pourquoi suis-je si loin du printemps ?

Pourquoi suis-je si loin du printemps ? 



Les chauves-souris par centaines rôdent autour de la maison.

C’est une nuit froide et sans lune.





 

juillet 2012



 

BARNABE LAYE

 

 

 

 

 

Barnabé Laye, poète et romancier né à Porto-Novo (Bénin), a mené de front son métier de médecin et sa vocation littéraire. Il a publié une douzaine d’ouvrages. Ses derniers livres de poésie sont :Requiem pour un pays assassiné, 1999, 2èmeEd. L’Harmattan, 2008 (français-anglais) ; Poèmes à l’Absente, 2010, Une si longue attente, Ed. Acoria, 2010 ; Par temps de doute et d’immobile silence (à paraître).

Il a reçu le Prix Nelligan 2010 pour l’ensemble de son œuvre poétique.

 

 

 

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