Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - ALEXANDRA BOUGÉ

Publié par ERIC DUBOIS sur 8 Février 2011, 12:03pm

Catégories : #poèmes


LA FRONTIERE

j'ai traversé cette frontière de fer barbelé  avec un enfant mort-né
frontière toute pleine de boue
dans laquelle je suis partie,
frontière barbelée
que j'ai traversée que j'ai laissée derrière moi
la frontière de mon enfance
frontière en terre de barbelés, plantée dans la terre
avec des barbelés
clôturée de barbelés
où les bus passent et ne s'arrêtent pas

- fier ghimpati : en roumain se prononce : "de fière guimepatzi" : fer barbelé
- în care m-am dus : en roumain se prononce : "ine quare mame dousse" : dans
laquelle je suis allée, dans laquelle j'ai sombré
- cu ghimpi : en roumain se prononce :  "cou guimepï" : avec des barbelés


Il faisait moins dix, la nuit tombait ils préparaient leurs abris, crevaient de
froid sous la neige, il faisait froid, et plusieurs étaient gelés le lendemain ;
ils tremblaient et certains avaient gelé durant la nuit ; plusieurs d’entre eux
étaient gelés le matin, certains étaient morts,
Ils avaient gelé durant la nuit, ils étaient morts durant la nuit, sont morts
gelés cette nuit, plusieurs ont gelé durant la nuit ; plusieurs avaient gelé
durant la nuit, le samu les trouva au matin ; certains étaient morts gelés…le
samu ramassa les corps ; le lendemain certains avaient gelé ; le lendemain il
faisait froid ; ils avaient gelé durant la nuit, et l’on…et le samu emporta les
corps ; …la ville et les trottoirs étaient recouverts de verglas, les gens s’en
allaient au travail, ils étaient pressés ; le samu emportait les morts ; les
trottoirs étaient remplis…les gens partaient au travail pressés


une femme marchait ; j’allais avec eux, parfois quand il faisait beau. Une femme
était nue sous son chemisier brodé elle était nue comme un vers, un vers de
terre ; certainement très très belle dans sa jeunesse ; une femme sans âge ; la
femme de sa vie
les femmes passent
les gens passent
on y passe tous


ce matin-là je me suis mise à l’écart, pour voir passer le train
de l’enfer, j’ai pris le train, c’était clair pour voir les trains passer
cet été-là

qui ont vu passer les gens d’ici ou d’ailleurs
sur un câble à haute tension
le train a passé
sur des câbles à haute tension
qui ont vu passer des gens
d’ailleurs
sur une fiche, un découpage du temps suranné
qui ont vu passer les gens, les gens qui étaient d’ailleurs
on a vu passer les trains, des gens d’ailleurs
ils ont vu passer des gens sur des câbles à haute tension


dans ces lieux ces choses sans erre
des restes
des gens
rebut

fêtée, dans les dents
des gens
la honte
évidés,
trempés,
fièvre jaune,
formatée
viscères
la honte
marche tableau vivant
errée sans but
à la recherche d'on ne sait quoi
à mi-temps.


midi tapantes
elle s’est vendue à bas prix
elle se vend pour un peu
passée au rouge pour les appels à te morfler le cul pour pas un sou
pour pas un sou

"rose" a vu passer l'orage par 3 francs, "rose" s'est changée en fleur 
et a tout sucé pour un franc six sous
sa chair tombée
perdue

elle marche au km zéro ;
elle se vend pour peu
pour pas..
elle se vend pour peu cher,


ils m'ont fauchée en pleine jeunesse ; ils m'ont amené pour me faire brûler ; ils
m'ont mise au camp, au camp de la mort; ils m'ont torturé pour que je dise la
vérité, ils m'ont mise dans un camp,
la peau morte du fer
visage grimaçant
pour m'envoyer dans un camp
ils m'ont mis le fer pour me brûler,
ils m'ont prise en dehors de mon pays et m'ont fichue en CONCENTRATION
je suis morte dans un camp, dans un camp de la mort


je n'ai pas la vue,
la gêne,
une vie de couple ratée ; un client, 
des agressions, un vagin éclaté, une fille dans le désordre une dose de lessive
dans la culotte ;
un aliment avarié, 
fétide
sur la provenance des aliments
un arrière-goût de déjà-vu,
des descentes en enfer
une famille virée, un taux de chômage qui atteint ..un chiffre astronomique  un
taxi défoncé,
une descente de police
une file en attente, un gros, une femme,  une famille des zones de non échange ;
une famille à la rue
des fins de non-recevoir ;
de la gêne, une grosse barre de fer dans le cul ;
une famille à la rue
un type en sous-traitance une famille à la rue
une destination fausse (ou suspendue)
un aliment avarié, une famille à la rue,
une déviance, des déviants,
une fille qui s'achève, une vie qui s'achève
un fil de fer,
un cri
un cri de haine
une vie de famille
une vie de famille
la non-famille
une fin de non-recevoir, des agressions


de la sexualité à bas prix
de la sexualité confisquée et jetée ; la sexualité à deux sous,
de la sexualité à bas prix, de la femme violée à la femme castrée, une castrée ;
une femme à bas prix ; de la femme castrée à deux sous ;
une femme à bas prix ;
partie loin pour se faire mettre, loin partie se vendre à deux sous, partie loin
se vendre à un franc six sous,
une femme à deux sous, une femme à deux sous,
elle est partie se faire mettre pour un franc six sous, un homme de trop, un
homme de trop, une femme ; 
pour quelques dollars
une femme qui est allée pour se faire...
elle est partie près de la maison du bon dieu se faire mettre,
elle est partie se faire mettre près du bon dieu, près de la côte près de la
maison du bon dieu sur la côte, près de la côte ;


La ville comme le sang s’écoule. Du boyau tors qui la transperce s’écoule la
fatigue de la veille
La ville est ronde comme une sphère, de son boyau qui la transperce de part en
part s’écoule son souffle
Un arbre a lâché une goutte de sève qui s’écrase sur le parterre de fleurs,

 

 

ALEXANDRA BOUGÉ

 

Je participe cette année au Festival International de la Photographie Sociale

PHOTSOC, Festival International de la Photographie Sociale, Sarcelles, , en 2010 j'ai publie des poèmes dans l'"Anthologie de la poésie érotique française du Moyen Age à nos jours" sous la direction de Giovanni Dotoli, parue aux éditions Hermann, collection Lettres et également publie deux ouvrages, « Une Nuit à Belleville », recueil de poésies illustrées de mes photographies et de celles de MARIN Flora Michèle, paru aux éditions Xerographes, collection Slam en Poche et "La peau", recueil de poésies illustrées de mes dessins aux éditions mgv2>publishing, http://mgversion2.free.fr/publishing/publicata.html.

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Bouge 16/04/2012 12:40


Puissance de la langue et du témoignage, brouillon et désordonné, rigoureusement en osmose avec la réalité qu’il donne à voir.


La rubrique "voyage, tourisme" me fait sourire mais convient après tout. Ce pourrait être aussi « ethnographie ». Il n'est pas mauvais que nous fassions l'état des lieux de nos villes, Alexandra
nous y invite.


 


http://boutique.syllabaire-editions.com/fr/81--une-nuit-a-belleville-alexandra-bouge.html


 


Slam et graffitis parlent de personnages qui vivent à Belleville, lieu chargé d'histoire, riche de peuples qui viennent de toutes parts et confrontés parfois à des situations extrêmes. 


 


http://boutique.syllabaire-editions.com/fr/43-la-ville-alexandra-bouge.html


 


"La ville" présente des saynètes aux frontières poreuses qui ont lieu dans une réalité assourdissante et brutale. Textes et images s'interrogent et se répondent.


 


http://boutique.syllabaire-editions.com/fr/58-alve-alexandra-bouge.html


 


Alve vit dans une réalité inquiétante où des visages spectraux dessinent son


quotidien.


 


http://boutique.syllabaire-editions.com/fr/59-le-campement-alexandra-bouge.html


 


Sur les traces de l'exil le lecteur rencontre des personnages à la marge.

Bouge 19/02/2012 14:00


PHOTOS ET POÉSIE DE VILLE


On ne sait pas si Alexandra bouge la ville ou bouge de l’intérieur vers ses périphéries, ses marges, en passant par ses bouges, toujours est-il que ce livre de photos, illustrées par des textes
de libre poésie - et réciproquement - mérite d’être vu et lu. Il ne respecte pas toujours les codes de la grammaire de l’image ni de l’écriture, peut-être, mais c’est ce qui fait sa force.


Puissance de la langue et du témoignage, brouillon et désordonné, rigoureusement en osmose avec la réalité qu’il donne à voir.


 


La rubrique "voyage, tourisme" me fait sourire mais convient après tout. Ce pourrait être aussi « ethnographie ». Il n'est pas mauvais que nous fassions l'état des lieux de nos villes, Alexandra
nous y invite.


 


http://boutique.syllabaire-editions.com/fr/43-la-ville-alexandra-bouge.html


 


"La ville" présente des saynètes aux frontières poreuses qui ont lieu dans une réalité assourdissante et brutale. Textes et images s'interrogent et se répondent.


 


http://boutique.syllabaire-editions.com/fr/58-alve-alexandra-bouge.html


 


Alve vit dans une réalité inquiétante où des visages spectraux dessinent son


quotidien.


 


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Sur les traces de l'exil le lecteur rencontre des personnages à la marge.

Charles Dobzynski 08/02/2011 15:57



Les textes ne manquent pas de force, le ton de rage et d'orage me plaît. Ce poète est fonceur,mais le vocabulaire un peu pauvre est à surveiller. Attention: on ne dit pas " un vers de terre "
mais un " ver de terre " ! Vers est une unité métrique ! Quand aux francs et aux sous, malgré leur côté symbolique, c'est un peu dépassé, non ? A part cela, j'aime bien. Charles Dobzynski.



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