Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS- ALAIN MINOD

Publié par ERIC DUBOIS sur 7 Août 2012, 07:42am

Catégories : #poèmes

 

 

 

 

« SAISIR »

 

 

 

 

 

L’intrépide assaut de la langue

Sur les rives du verbe

Là coulant

A découvert

Là étrenne

Ses sons

Dans le sens exsangue

Des corps inexplorés

 

Plis des mots

Dans le courant

Oubliant l’oubli

Pour mille et mille

Renverses du pont aux rives

Où ils giclent sur les pierres-mémoire vive

 

Mais – la langue sera-t-elle

Véhiculée pierre par pierre ?

Sera-t-elle sable sans -

A chaque fois -

Viser les embouchements

D’eau prise dans le hasard

 

Tout souvenir y creuse

Et le vent pousse à

Leur macération

Comme

Il les porte hors

Des flux trop serrés

En les abandonnant à la diagonale

De l’instant qu’il relève

De la pesanteur

Vers

La beauté libre

D’un chant contant

Le royaume de l’oiseau

 

Traversant la colonne

D’un poème qu’il ensemence

De vertiges au précipice de la langue

L’écriture difficile du long désir

Revivifie le corps

Divisé – peau

Sur peau

Polissant ainsi

Les nécessités d’âme

Dans un « Encore »

A venir

 

Sang et poème revisités

Traversant tous les courants

Libèrent la grâce

De l’instant

Soufflé

Contre les brûlis

De la souffrance – malgré eux :

Traversant toutes les veines de l’espoir

A chaque lâché

Du verbe

Comme

Sonde

Pour

Monde

Dans  toute langue

Dans tous ses rythmes –

Ses accents

Ses images

Jusqu’à la musique

Qui les accompagne

 

 

 

 

 

 

 ***

 

 

 

 

PAS DE TRACES POUR L’ADIEU

 

 

Au temps de cet adieu imprononçable

Sous des mottes de terre décomposable

Me mettant là complètement à nu

Je ne voudrais pas crever d’inconnu

 

Que le réel – rien qu’un peu - me décille

Dans mon pauvre repli – incodycille

J’y ai trouvé tant d’ailes de géant

Qui s’y déploieront – toujours – sans argent

 

Je traverserai des mers sans pilote

Sans les confins de la renommée

Paix – à contre courant – pour qu’à jamais

En finissent mes pensées de zélote

 

Ainsi – désencombré de tout attrait –

J’exploserais mon pauvre pré-carré -

Amie – ouvrant l’après du triste chant

Tu l’ouvres – florissant – tout en sachant

Lui délivrer les accents d’une veille

Qui suit le coucher d’un rouge soleil

 

Lames de fond d’un empire englouti :

S’insurgent – là – les larmes de l’oubli -

Je bâtis tout un monde contre l’ombre

Bien avant que ma mémoire ne sombre

Où les fleurs aquatiques à l’abandon

Flirtent avec des monstres froids abondants

 

Voilà donc l’échelle haute de Jacob

S’en allant hanter la belle et pieuse aube

Si proche dans sa pelure de fruit

Que s’en descend la robe de la nuit

Sous le déshabillé tremblant du jour

Où tout mon ciel appelle encore Amour -

Renaissant sous les ailes du partage -

Cette égérie unique en un mirage :

Muse délicate offrant Liberté

Sur les mille étages de la beauté

 

Chaque terre à terre lancé au ciel

Attrape et fait danser un essentiel

Pacte au lieu et place du toujours

Si éphémère en soit son grand parcours

 

Et l’adieu lié à l’amer destin

Là où s’en vont marcher tous les amants

Qui n’y épuisent pas tous leurs serments

Efface ses ruines chaque matin

Comme dans le sable s’en va la mer

 

 

****

 

 

PARIS SANS ATTENDRE

 

 

 

Que le temps  brisure-fêlure

Raconte Ici  -  traverse

Les miroirs du monde

 

Qu’on aille à sa renverse

Au matin – sur les rondes

Dispersées par un pâle été

 

Et il ne nous coûtera plus

De parler – de conter

Des histoires de vigie

Rien que pour vivre

Et voir …

 

Plis – replis

Contre la moire

Du savoir …

Nous les rentrons

Dans l’air d’aujourd’hui –

Accomplissant des lumières anonymes

Au ras du ciel qui s’ennuie

De notre vertige

Sans bohème

 

Des têtes sans âmes

Jouent des solitudes dispersées

Dans leurs drames à deux sous

Qui se perdent dans

La misère

 

C’est en Paris

Que boit ce poème

Il n’est nulle rage

Qui le tarisse

 

Petit page des déraisons

Il lui offre des grâces

Hors-saison

Pour qu’il décoiffe

Les sous-fifres du mirage

Au tête à tête avec le soleil

Qui rigole en les aveuglant

De ses clins d’œil

Ces rares beugleurs

Au calcul et aux paroles

Sans passion

 

Bascule – Ici – l’arène

Et ses fêtes sont comme en ruines –

Désertées par un plein été

Frais comme un début

De printemps

Qui saoule

Comme Mars en Aout

Tous les mercis

Les freine

Dans des bruines soudaines

 

Elles bousculent la scène

Sur la place de Grève

Jusqu’à la Seine

Comme une grâce qui s’enlève

A tous les fruits

Du temps attendu sans trêve

 

Le bruit que cela fait

Dans le poème

C’est un silence

Pour les rassis du rêve levé

Qui ne peaufinent

Leurs fées

Qu’à perdre

Leur Paris

 

Un sursis pour ce poème

Qui parie pour l’ondine

Des houles – celle

Qui relève

Les foules

Pour qu’elles roulent

Bientôt avec

Le bel océan

Des rêves

Préservant tous les chemins bien en terre

 

 

ALAIN MINOD

 

 

Il se présente :

 

De mon nom Minod, de mon prénom Alain , on ne saurait rien dire sauf que j'essaie d'être poète, ce qui est assez difficile, particulièrement lorsque l'on doit éviter les pièges de la renommée et de la notoriété de maître en son domaine . Mais, enfin, je n'ai été publié que deux fois : l'une, la première aux éditions " Librairie-Galerie Racine" sous le titre auquel
je tiens : "La ville où le nulle part a lieu" .  L'autre aux éditions Polyglotte, sous le titre inchangé mais avec un sous titre : "Le proche et le lointain" . Cela en l'an 2001 puis en 2004 .
Par ailleurs , à titre anecdotique, j'ai participé à la publication de deux de mes poèmes en 1996  ( Sapriphage) et en 2012 ( Plein Sens ) . Mais je creuse la poésie depuis longtemps,
exactement depuis que j'ai partipé à un groupe d'intervention surréaliste dans des foyers de jeunes travailleurs en 1968/69  . Depuis je me suis donné une formation philosophique et
littéraire en passant par l'université . A cela s'ajoute une longue expérience du slam , de ses débuts en France jusqu'à tout dernièrement . Etant, relativement solitaire , j'éprouve le besoin de participer aussi , avec des amis, à des soirées poétiques . Mais ces expériences sont très espacées dans le temps . J'estime, cependant qu'elles sont indispensables pour qui veut "experire" avec et en compagnie de la poésie malgré ces temps obscurs , temps d'un "nouvelle détresse", celle de la pensée .

 

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