Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°20- Octobre 2009- ALAIN JEGOU-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 1 Septembre 2009, 23:03pm

Catégories : #poèmes

Au terme des nuits houleuses

bougent clignotent

disparaissent

puis resurgissent de la vague

les feux déboussolés

des navires en maraude

sur le flot nourricier

 

Dans le vent soutenu

d’une aube enfarinée

le ciel bazarde

ses derniers grains

et norias noctambules

 

Suspendu dans les nues

comme flocon égaré

livré aux frénésies

des courants contrariants

l’espoir des hommes

a piètre allure

face aux hordes d’embruns

de l’océan qui bave

et regimbe du tréfonds

 

L’angoisse peut-être

la lassitude sûrement

étreignent les cœurs

dans l’univers chafouin

 

Sans savoir réellement

de quoi l’avenir sera fait

comme on va s’en sortir

avec l’ingrat noroît

qui pointe déjà son nez

sur l’onde toute chiffonnée

tourments ou accalmie

périls ou répit

il faut scruter l’iris

du soleil facétieux

pied de nez loupiot

croqué entre deux grains

humer le souffle fat

du talweg laborieux

viser la mine contrite

de l’horizon fuyant

écouter l’étrange frottement

que font les paumes du vent

sur la peau de l’océan

coller le front dans l’outre

des nuages cavaleurs

écarquiller les sens

toutes écoutilles hors champs

pour jauger comme va

évoluer la bordée

des éléments grisés

d’effluves efficientes

et rythmes syncopés

 

Blême sous ses guenilles

d’ondées en charpies

le jour vacille titube

cherche son équilibre

sur le fil frétillant

tandis que l’air erre

en tourbillons déments

ébauche une curieuse danse

sur les crêtes écumantes

ça tangue gigue gerce

dans la clarté blafarde

Des bouifs d’hallebardes

à l’aplomb des quinquets

l’onde saugrenue dévisse

de son tracé sacré

 

Have dans son havre

de solitude flagrante

l’homme rumine bougonne

cherche son aplomb

pour contrer la cadence

des pions exubérants

tandis que ses pensées galvaudent

au-dessous de la flottaison

à des brasses-lumière

du chambard déprimant

la traque prédominante

inhibe le sale temps

et bride les sentiments

 

Foutaise que la faiblesse

d’un ridicule instant

le mental harassé

par une nuit de tourments

avec le jour pointant

hors sa gangue de nausée

un nouveau souffle grégaire

entraîne la flottille

vers sa zone de pêcherie

et les esprits ravalent

leurs miasmes débectant

pour reprendre le cours

de leur taf obsédant

 

Vaincues snobées outrées

les fulminantes légions

affouillent rageusement

dans le bouillon glouton

pour contrarier le mouvement

des navires regonflés

dans un commun élan

 

 

Mars 2009



ALAIN JEGOU 

 

 

Né le 7 octobre 1948 à Larmor-Plage (Morbihan). Vit actuellement à Ploemeur, près du port de Lorient où il a exercé la profession de marin-pêcheur durant 28 ans.

Proche des auteurs de la Beat Generation et des populations amérindiennes, il a publié une trentaine d’ouvrages, dont bon nombre de recueils de poésie, certains en collaboration avec des peintres et des graveurs.

Dernières publications :

  • Qui contrôle la situation ? aux éditions de La Digitale.

  • Juste de Passage, Citadel Road Edition.

  • Passe Ouest, suivi d’ IKARIA LO 686 070, éditions Apogée.

  • Cash, suivi de Dérives, Ombres furtives, édition bilingue français-anglais, traduction d’Eve Lerner, éditions L’Autre Rive, collection La Frange Atlantique.

 

Ouvrages collectifs : 111 Bretons des Temps Modernes, éditions ArMen.

Je suis un cut-up vivant, hommage à Claude Pélieu, éd. L’Arganier.

 

**** 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents