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Alors finalement ?

C’étaient les murs qui s'effondraient et l'air devenu du béton, c'était arrivé alors que ce n'était pas possible, cette vérité-là qui n'aurait jamais due m'arriver, à d'autres oui c'est déjà arrivé; déjà quand il s'agit d'eux, je ne m'en remettais pas mais alors moi, alors… Bien que dit, ça n'était pas possible, pourtant il y en a qui continueraient à déambuler, tous ces gens dehors, déambuler en regardant les vitrines. C'était noir sur blanc gravé sur la plaque translucide de la pellicule.

Bien qu'en l'entendant, je me disais que ça ne pouvait pas arriver. Pas m’arriver.

Tous ces gens dehors, et pourtant je viens de l'apprendre, alors que ça ne peut pas m'arriver, même si je le savais, je devais bien le savoir quand j'étais dans le noir, il devait bien y avoir une raison à ces petites fêlures, petites faiblesses, petits tremblements, ça n'arrivait pas comme ça. Ça fait partie du pire de ce qui puisse vous pendre au nez, à vous ; mais à moi ne peut pas.

Quand même. J'aurais dû m'en douter, le déceler, ne pas passer à côté.

Même il s'agit de choses invisibles et indolores,( elles ont des dents, c'est sûr), des choses fabriquées par moi, non pas par moi, par mon corps.
Comment démêler la fatigue normale de la langueur des cellules folles, est-ce que ça se sent, est-ce que tous les gens dehors, ceux qui déambulent et regardent les vitrines le savent ? Combien encore marcheront après moi? J'entends les voitures sur le boulevard, il y en a sans cesse, elles ne s'arrêtent jamais alors qu'elles auraient dû, les métros aussi, tout aurait dû stopper net en entendant ce qui n'est pas possible.
Mon corps n'est pas moi puisqu'il veut ma peau, mon corps est un étranger, je prends mon corps et à la poubelle. Eject. Ce n'est déjà plus mon monde, ces trottoirs, ces voitures, ces vitrines, je pourrais traverser sans faire gaffe au feu, puisque que c'est déjà fini alors que je respire de la pierre et je ne vois rien qui vaille, pourtant tous ces gens ont l'air d’être content - finalement.

Ça vaut la peine, visiblement, pour certains, pourtant, ça vaut la peine, faire ses courses c'est amusant, aller au café aussi, ça valait peut-être la peine, je ne le sais que maintenant, c'était une succession de petites choses banales comme le marché et le plaisir de choisir ses légumes, oui du fenouil, ça changera, trop tard pour changer, t'as pas mangé assez de légumes, dans le fond tu l'as bien cherché.
Ou une botte de carottes et un boeuf bourguignon aux petits oignons, c'était à savourer, comme le vent dans les branches, le crocus violet qui vient d'éclore, ça les enchante encore les gens de dehors, ceux qui portent leur sursis en bandoulière, le nez au vent.

Et pourtant, comme si le toit vient de s'effondrer, plus rien qui protège de la foudre, tout est effrité, rongé par les cellules avides, comme on dirait : tout ça pour ça !

Comme ça que ça vient, on l'apprend dans un fauteuil design, inoxydable, un fauteuil qui rouillera peut-être dans un siècle. Et si c'était dans la tête qu'on alimentait les minuscules hargneuses, cellules assoiffées de croissance, finalement c'est peut-être pas la faute du corps, si c'est les mauvaises pensées par exemple, je prends mon esprit et je le glisse dans la poubelle, eject… Et l’on est effondré pour celui qui le dit, tellement il fronce les sourcils, il s'inquiète, c'est flippant de faire flipper son docteur.

Qui après ira dehors, dehors sur le trottoir et marchera à côté des voitures qui ne s’arrêtent pas, rejoignant les autres qui déambulent, en souriant finalement même s'ils ne sourient pas extérieurement, déambulant vers toutes les choses possibles dont on peut rêver, allégrement.
Donc, certitudes mortes et je sais maintenant pourquoi mes ongles se dédoublaient tout le temps. Ça aurait pu aussi être une tornade aux Antilles, avec beaucoup d'autres, je veux dire une cause extérieure, il me semble que la tornade aurait été plus facile à avaler. Que cette chose que je n'avais pas envisagée. Pouvoir me concerner -moi.

 

 

CAMILLE PHILIBERT




Habite la banlieue sud. Etude de graphisme. Bosse grâce aux mots. Je ponds des nouvelles depuis longtemps. Cette année me lance à travailler sur une histoire d'au moins 70 pages. Je participe à l'atelier d'écriture autogéré "Ah toi aussi t'as apporté du poulet" et à d'autres ateliers d'écriture. L'année dernière, ai découvert Lagarce avec ravissement.

 

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Tag(s) : #poèmes

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