Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°18- Juin 2009- Isabelle Jullian-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 30 Avril 2009, 23:03pm

Catégories : #poèmes

 

 

 

 

LES MURS HAUTS

 

 

 

 

 

 

 

A Ludovic. Été 1998.

 

 

 

« Ce n'est pas pour devenir écrivain qu'on écrit. C'est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour. »

Christian Bobin.

 

 

 

 

AMOUR SECRET

 

 

 

 

 

Un amour secret

sous des rafales de balles.

Un amour qui ne veut pas mourir

dans la boue

et les traînées de poudre

du paroxysme de la guerre.

Tu te caches derrière les rideaux

de ta timidité naturelle

pour exorciser notre peur

d'être surpris à l'instant même

où ta bouche et la mienne

défient la noirceur de la ville

dans un premier baiser.

 

 

 

 

 

 

 

CRIS

 

 

 

 

 

Luxe d'un amour

dans la tourmente d'une ville

déchirée par la guerre.

Luxe d'un frisson

derrière une fenêtre maquillée

pour éloigner les éclats d'obus.

Ta main sur ma bouche

pour étouffer les cris

qui montent dans la chambre

au rythme des balles

dans le mur de la maison d'en face.

 

 

 

 

 

 

AMOUR DE VINGT ANS

 

 

 

 

 

 

C'est un amour de vingt ans.

Avec des attentes interminables

derrière des rideaux de feu.

Des traces de rouge à lèvres

un peu partout sur ta peau

et tes songes...

Ton insouciance délurée

malgré le couvre-feu

hurlant sans trêve

dans la nuit froide

et anonyme.

 

 

 

 

 

 

 

 

CHUCHOTEMENTS

 

 

 

 

 

 

Tu passes par les toits

pour me rejoindre

quand vient la nuit.

Toi et moi en équilibre

sur une corniche mal arrimée.

Ombres chinoises en face à face

comme cette chouette

et ce chat errant

sur la gargouille de l'immeuble

d'en face.

Toi et moi

sous les chuchotements imprévisibles

du vent

et de tes plus beaux mots d'amour.

 

 

 

 

 

 

LES MURS HAUTS

 

 

 

 

Les murs hauts.

Couleur ocre.

Où défilent

des escadrons de morts

en suspens...

reflètent ma peur

quand je te devine

marchant sur les routes,

les soirs pluvieux

et malmenés par le temps

d'automne.

De ma fenêtre, j'entrevois

les libellules de feu

qu'accompagnent des chants

repris

d'échos en échos

tard dans la nuit.

Les souffrances se cachent

derrière un puits

pour mieux boire

jusqu'à la dernière goutte.

 

 

RÊVE

 

 

 

 

 

 

L'effleurement de nos yeux

et de nos mains

est le plus habituel

et le plus délicieux

quand dans le ciel se déchaînent

les foudres de la guerre.

Debout contre la vieille armoire,

je mets ma tête sur ton épaule

pour glisser dans un rêve

plus présent que l'odeur de la poudre.

Plus sensuel que l'amour

le plus imprévu.

Rêver de toi et de moi

dans une chambre de paix

colorée des images du Québec

endormi sous la neige.

 

 

 

 

 

APAISEMENT

 

 

 

 

 

 

Tes mots calment ma douleur

quand notre amour est interrompu

par le tremblement des vitres

et des murs.

Ton enivrement cède le pas à des émois

plus tendres

et tes paroles, murmurées dans un souffle,

m'apportent l'apaisement qui succède

aux élans les plus voluptueux

dans une chambre fracassée du bruit

des sirènes et des cris dans la nuit.

 

 

 

 

 

NOSTALGIE

 

 

 

 

 

 

Les notes des grillons

par les nuits hantées de nos silences

éclairent la chambre d'une langueur

nouvelle

qui berce nos désirs inachevés.

Sur un mur,

la photographie en couleur

d'un dernier été de paix à Bandol.

Les vagues, en éclipses de soleil,

jouent avec nos visages étonnés.

Tes mains délient mon corps

sans sombre pressentiment.

 

 

 

 

CANAPÉ MAUVE

 

 

 

 

 

 

J'aime m'allonger sur le canapé mauve

quand tu t'y reposes , à cinq heures

du soir.

La tête sur tes genoux, je vois défiler

mes jours d'enfance

avec la précision d'une étoile filante

dans un ciel d'été sans nuages.

Je redeviens petite fille...

Je retrouve une sécurité perdue

il y a bien longtemps

au cours de cette guerre mutilante

et infernale.

Au long des heures d'angoisse

passées à t'attendre et à te désirer

sous le crépitement des balles.

 

 

 

 

 

 

 

 

AMOUR D'ENFANCE

 

 

 

 

 

 

Je t'aime depuis notre enfance.

Quand, dans les allées de dahlias

rouges,

tu comptais un à un les pas

qui te séparaient de moi.

Je t'aime depuis ce grand jardin

d'hier

où nos jeux ressemblaient

à des châteaux de sable

assiégés de vagues

innocentes et légères.

Quand tu combattais pour moi

les dragons noirs

qui hantaient alors

mes songes.

Je t'aime sans savoir pourquoi.

 

 

 

ISABELLE JULLIAN

 

Isabelle Jullian est née en 1954. Elle a publié dans la revue « Florilège ». Elle est membre de l’association « La voix des mots » animée par Yves-Jacques Bouin.

 

***

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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