Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°17- Mai 2009- Catherine Andrieu-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 31 Mars 2009, 23:03pm

Catégories : #poèmes

 

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Ton indifférence et mon visage d’oiseau





Je t’ai rencontré et tu étais un pays lointain.

J’ai vu en rêve tes enfants aux yeux bridés. Les miens.

Je contemplais des images de moi dans le mur fissuré qui nous servait de lit.

Le mur était la maison.

La maison était en lames de rasoir je la tenais sur mes deux poignets serrés.


J’ai perdu beaucoup de sang à espérer un tintement d’ange qui n’est jamais venu.

Toi debout sur la serrure, bien à l’abri sur la pointe des pieds tu riais comme un Enfant espiègle.


« Ce n’est pas toi que j’aime, ce n’est pas toi parce que… », Tu chantais.


Je sais pourquoi.


Parce que je suis trop laide et tu aimais mon corps, ce corps que tu baisais de poussière de plumes.

Parce que je suis trop vide et tu aimais mon art, ce corps qui est le tien et que J’avais réinventé dans ma peinture.

Parce que je suis trop bête et tu aimais mes silences, tous ces bavardages inutiles Tus entre nous.


Pourquoi ne m’aimais-tu donc pas ?

Parce que tu ne m’aimais pas.

Parce que ce n’était pas moi.


Mais une autre, tenant la lame contre mes veines. Elle, qui n’existait pas, tu L’aimais.


Plus belle.

Moins vide.

Moins bête.


Moins réelle.


La tristesse me donne un visage d’oiseau.


Alors tout est terminé entre nous.


Parce que tu es trop laid et que je dois réinventer ton corps.

Parce que tu es trop vide et que je passe mon temps à suivre mon étoile au sol Pour m’étourdir, me noyer de lumière.

Parce que tu es trop bête et que chaque jour j’agrandis le mur-silence de notre Maison.

Parce que je t’aime trop.


Je t’aime tellement que je l’aime elle aussi, qui n’existe pas et tient les lames.

Je voudrais te voir lui faire l’amour sur le mur de la maison, entre les lames.


J’imaginerais que c’est moi que tu prends dans la poussière de mer


De merde.


Mon imagination, c’est bien tout ce qui me reste puisque tu as tout pris.


Et ces quelques mots d’adieu.


La maison qui saigne entre les pavés disjoints du mur.


Ta maison, tes enfants, ta vie…


Moi, c'est-à-dire rien.



****


 






Ballon captif




J’ai flotté à la surface comme une méduse électrique et aimé de là

La décharge du spectacle de ton corps je n’ai posé aucune question.

J’ai crevé les bulles qui m’empêchaient de dormir sur toi sur

Ce que tu étais qui es-tu où ta queue quand ma bouche d’eau close.


Je t’ai observé d’un amour excrémentiel la cuvette

Du spectacle de ton corps a tout retenu mais quelque chose

Est mort et se détache de moi à présent je veux quitter le

Fil tranchant de ta mémoire d’eau de foutre


Je veux

Poser des questions ouvrir la bouche sucer être témoin

Vivre cesser d’onduler me diriger avec la rotondité de l’enfance

Faire le deuil de ces existences aquatiques.


Je veux les airs et le métal, être planète de feu couverte de peau,

De langue, d’épuration

Et il est inutile que tu me regardes ainsi médusé, captif

Comme un marchand de ballons.



 


**************

LES YEUX VERTS DE MONSIEUR X



Intensité de l’œil qui s’ouvre dans le noir.


Loin, les lumières sur le miroir d’eau. On les imagine tremblant en visages.

Fondues au sang de l’onde, à l’argent des voiles mortuaires aux reflets de lune.

A l’immensité de ton œil vert.


Je vois ton corps en mouvement la nuit, et son tracé d’étoiles.

Nous allons au cinéma écouter notre silence.

Soudain, nous sommes devenus.


Nous sommes.


Nous sommes parce que toi

Tu es ce que tu es

Et le noir est profond.


Zigzag originaire, tu m’étais apparu.

Zébrure de la lumière –toi ?

Comme un décor fissuré.


L’œil est dans la fissure.

Vert.


Tu es celui qui était au bord d’une tombe.

Une femme là, sous tes pieds.

Et moi.


Vivante, vivante, vivante.

Je t’aimais –je crois.


Tu m’as dit ma petite folle, et plein de choses que je n’ai pas comprises.

A cause de la pluie.

Nous avons pleuré ensemble.

Sur nous. Sur elle. Sur nous.


Le deuil était impossible à faire. Etions-nous donc condamnés

A la mélancolie ?


Tu m’as dit ma petite mélancolique, et plein de choses que je n’ai pas comprises.

A cause de la nuit.

Tu me voyais telle que j’étais.

Nue sous ma robe blanche.


L’œil est sous la robe.

Ouvert.


Et nous n’avons pas fait l’amour, pourtant tu étais Monsieur X.

Ça n’était déjà plus la peine. Tout avait été dit.

Que je t’avais aimé à travers elle. Que je t’aimais peut-être encore.


Toute la nuit nous avons dansé sur sa tombe.

Tes yeux verts rivés à l’avenir.






CATHERINE ANDRIEU


Quelques mots sur l’auteur : Philosophe de formation (à paraître aux éditions de L’Harmattan : « L’éternité du mode fini dans L’Ethique de Spinoza, le Chien constellation céleste et le chien animal aboyant »), l’auteur mène aujourd’hui une existence d’artiste peintre (site d’art : http://www.catleen.eu) et publie de la poésie dans diverses revues.  



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