Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°16- Avril 2009- Charlélie Couture -

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 1 Mars 2009, 00:03am

Catégories : #poèmes

 

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SEPT SONNETS DE L'ANGE

1

 

 

Dans le bus terminal, il est déjà si tard,

Les néons qui crépitent et les ventilateurs,

Je suis déjà parti dans ma tête. Je suis loin ;

Quand les rumeurs ont duré trop longtemps.

 

Comme un roi dans la sciure, sacrifié dans l’arène,

Je me retrouve ici, au fond d’ ce trou perdu.

Oui, j’apprends la patience en recomptant les mouches,

Et puis s’étire le temps comme l’ombre sur le crépi.

 

Il ne se passe rien, les linges flottent au vent,

Et compter les passants. J’inscris des numéros,

En guise de commentaires à terre plein de mystère.

 

Peu à peu, pas à pas, se remettre en mouvement,

Marcher sur le trottoir, tête-à-tête en toi-même,

Dans un siège à baquet, tu cherches un co-pilote.

 

2

 

Rien ne remplacera les regrets parallèles,

Tu ne sais pas pourquoi on est allé si vite ?

Les radars des Pacmen peuvent bouffer tous tes points,

Eclaboussures d’orage sous les rideaux de neige.

 

Les gros camions-chenilles tracent de longues lignes noires,

Silhouettes qui disparaissent comme les loups en hiver,

Dans le brouillard, les phares. Et le ventre serré

Quand les violons du ciel font sonner leurs arpèges.

 

Confiseries chimiques et dope narcotique,

Une pompe de poison coule encore dans tes veines ;

Les grands auteurs dopés se retrouvent au cimetière.

 

Portraits en pointillés pour chirurgiens plastiques,

Nous sommes en permission bientôt le firmament,

J’ai hâte que ça se termine, comme un soulagement.

 

3

 

Endormir les méduses qui passent dans la lumière,

Millions d’dollars en l’air et la pub dans les pubs,

Impressions volatiles au creux d’un téléphone,

Compil’ de mots d’amour et tendance à l’ennui.

 

Accoudée au comptoir, y a une star en costard,

Qui pèse chacun des mots qui font bouger les lèvres.

Tu sais bien qu’elle maîtrise le blues lent du désir :

« Quand on perd une paire, dis-moi à quoi ça sert ? »

 

Manifs et combats de rue, parano du pouvoir,

« Y en a marre des connards », cancanent les canards,

Pique-niques syndicalistes, foulard et nez bouché.

 

On s’veut opportuniste mais en fait on s’débine,

On croit trouver en Chine ce qui nous manque ici,

Dans les écoles de danse, valsent les amateurs.

 

4

 

Les vampires sous la mitre ont casé un des leurs,

Réactionnaire sénile, sur un trône en carton,

Le vieil homme papal attise les tensions,

Et complaintes horrifiées, excommunication.

 

Les « piraterroristes » ont envahi le temple,

Les traders effarés en appellent aux églises,

La peur les met en transe, suis-je inscrit sur la liste ?

Toutes ces années d’efforts et maintenant quoi ? Rien.

 

Les banquiers au chômage découvrent enfin l’angoisse,

Comme un long gémissement, c’est la faute à « pas d’chance »,

Et plaider l’innocence de ceux qui ont trahi.

 

Et maudire la nuit, et le ciel et la pluie

Les pétroliers fomentent des troubles, des conflits,

Ils finissent les bouteilles, plus dure sera la chute.

 

5

 

Allergie au latex et pensées militaires,

Les oracles inquiétants tournent dans les médias,

Comme un corniaud galeux ficelé à un totem,

Comme un grain de folie ou une scène SM.

 

Je sais plus où j’en suis peut-être à Lilliput ?

J’voudrais pouvoir voler ne serait-ce qu’une minute,

Je suis comme Gulliver, j’attends que quelqu’un vienne,

Et toi dans ton cachot, tu parles avec la Mort.

 

Comme un souffle de vent qui file sur un étang,

Je vis en transparence, au hasard de mes mots.

Louer une vieille Buick, retour dans la City.

 

Retrouver l’habitude et les baisers volés,

Dealer des assurances à des gens sans argent,

Et profiter de tout comme on l’a jamais fait.

 

6

 

Les livreurs se déchaînent et les doormen se cachent.

Pogos et tequila, je suis back avant l’aube,

Je nous r’vois bondissant sur un clip déjanté.

L’existence en syncope et désaccords parfaits.

 

Un rien te fait pleurer, jalousie et vengeance,

Tu amplifies les drames, tu magnifies l’absence,

Je voudrais te serrer au moins quelques secondes,

Plutôt que te voir fondre au fond d’un micro-ondes.

 

Qu’on ait les ongles faits ou qu’on vise l’idéal

Sans ménager l’urgence, ni l’effort ni le stress,

Nous aimons-nous encore au milieu de la cuisine ?

 

On parlait trop d’amour sans plus le faire assez,

Les régimes diététiques, les recettes pour maigrir,

Je suis un ours lourd entre tes jambes en skaï.

 

7

 

Les guitares débranchées et les amplis à bloc,

Un jour, je planquerai un magot sous l’évier,

Quand on aura vendu nos volutes en fumées.

Je voudrais croire encore à la puissance du rock.

 

Mais un froid d’Alaska a figé la passion

Mes muscles se raidissent, illusions et frissons.

J’ai cru te voir venir dans la brise légère,

Comme on croit à l’avenir ou à l’inspiration.

 

Tant que le « mésespoir » éteindra les soupirs,

Nager et se mouvoir comme un poisson dans l’eau.

Passagère en transit sur ce lit de hasard,

 

On a pris du plaisir à se regarder jouir,

Tatoué comme un soldat, tu te cognes le front

Contre les murs tagués de nos âmes en prison.

 

Epilogue

 

Parler dans l’hygiaphone et chanter une chanson,

J’ai rempli les papiers, signé des formulaires,

Derrière un plexiglass une forme en uniforme

A pris un air blasé pour me dire d’y aller.

 

Je me suis envolé. On peut toujours y croire.

Traverser l’océan, direction quelque part.

On a besoin d’amour comme on a besoin d’air,

Porté par le destin comme un rêve à l’envers.

 

 

CharlElie

New York
2009

 

CHARLELIE COUTURE

 

 

On ne présente plus Charlélie Couture. Charlélie Couture est auteur, compositeur, interprète, chanteur, peintre, sculpteur, photographe et écrivain. De nombreux albums de chansons dont entre autres « Poèmes Rock »(1981, Island Records), « Quoi faire » (1982,Island Records ),« Crocodile » (1983, Island Records), « Art & Scalp » (1984,Island Records), « Solo boys » (1986, Emi), « Solo girls »(1988, Emi), « Victoria Spirit » (1991,Emi), « Les Naïves » (1994 ,Emi), « New Yorcoeur » (2006,Wagram)…

 

 

http://www.charlelie.com/

 

 

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