Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°15- Mars 2009- Françoise Coulmin-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 1 Février 2009, 00:03am

Catégories : #poèmes

 







QUAND BIEN MÊME





Quand bien même

un seul mot ne dirais

pour que je me souvienne

 

Quand bien même

un seul rêve naîtrait

de ce fracas de signes

hâlo faible

au matin

 

Quand bien même

parole dite

ce monde imaginable

est-ce mensonge

 

Lourd sommeil

aux portes du réel

sourire

à reforger

 

Quand bien même



Françoise COULMIN

inédit, Thaon novembre 2008

------------


 

DU POÈME

 

 

Je n’aime pas les poèmes documentaires

je n’aime pas les poèmes de l’amour en douleur

je n’aime pas les poèmes de pleurs indignes

ni les poèmes de rose mauve et de fièvre

ni ceux de fauves ou mièvres

je n’aime pas les poèmes de vitrine personnelle

 

J’aime bien les poèmes qu’il faut lire 

profondément

et les poèmes d’arrachement

 

Je n’aime pas les mots fades

ni les mots compliqués

dans les poèmes

à moins qu’ils ne servent de faire valoir à une idée

 

Je n’aime pas les lecteurs de poèmes

stupides

ni les esprits à sens unique obligatoire

ni les poèmes à certitudes

ni les lecteurs à certitudes

 

Je n’aime pas que l’on n’aime pas mon poème

je n’aime pas ne pas aimer mon lecteur

 

J’aime faire un poème par amour du lecteur

Je n’aime pas qu’un poème reste inédit

ni ne pas le mesurer à l’épreuve

du regard des autres

 

J’aime les poèmes clin d’œil

coups de pied

et pourquoi pas les poèmes guilizili

 

J’aime mieux dire :

« j’ai du mal à entrer dans votre poème »

plutôt que carrément :

« je n’aime pas votre poème »

ou penser 

« c’est de la merde son poème »

 

C’est trop fragile un poète

j’aurais trop peur de le casser

et d’ailleurs

il est possible que plus tard je découvre

que je n’avais alors vraiment rien compris

pas même entrevu la démarche

et sa subtilité ou l’étrangeté

et du poème et du poète

 

J’aime rester sans voix en lisant un poème

et je voudrais bien

à chaque fois

frapper de stupeur

mon auditeur-lecteur

 

J’aime trouver des mots de langue humaine

à cris de bête et à murmures de feuilles

j’aime appeler un chat un rat

ou lanternes

des vessies

 

J’aime mieux un poème à grimace amicale

plutôt qu’à sourire de mépris

 

J’aime attendre et attendre

que mûrisse un poème

même si j’ai peur de le perdre

 

Mais je n’aime pas les rêvasseries stériles

des nuits chargées

ou les générosités

d’enthousiasmes subits

et me méfie des grands élans et des poèmes de nostalgie

 

J’aime les poèmes qui sont du genre point final

les poèmes « c’est comme ça »

sans demander si

« oui ou non ? »

« et alors, qu’en pensez-vous ? »

 

Je n’aime pas donner les clés

ni expliquer

ni argutier

ni me blesser aux jugements des classificateurs

à ceux de ceux qui savent

à ceux qui ne voient pas le fond 

sous la forme

 

Je veux offrir - avec ou sans partage -

un moment de ce temps-privilège

sorti

de la rage

de rien

du vent

à prendre ou à laisser

 

Peu importe.

 

Françoise Coulmin

inédit, Paris novembre 2008





FRANCOISE COULMIN





Françoise COULMIN vit en Normandie où elle est née

a publié plusieurs recueils de poésie et figure dans une dizaine d'anthologies et revues en ligne

 

 ***























Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Khalil michrafy 02/10/2017 00:23

Le mot guilizili dans le poème de Françoise coulmin m'est étranger
Merci de m'éclairer

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents