Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°14- Février 2009- Antoine Wauters-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 1 Janvier 2009, 00:03am

Catégories : #poèmes

 

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a t t a c h e s (extraits)





Du vent, de la cendre. Césarine ouvre l’œil, où elle file en chemise et lève menus objets, chaque pierre un peu plane, piétinée par oubli, la pluie fraîche s’il a plu, le bois, l’épi trempés. On la croise à toute heure, doigts mouillés sous la plinthe, dans l’œil des serrures, qui parle ou ne parle pas, fait à sa guise, sourit. On la voit comme elle file, la laine en premier lieu, le lin, les souvenirs de plus belle. Césarine de sang, sœur du frais, du frappé, de Fabien à brûler. Elle dit je suis ici, les autres sont partis. Elle dit je les veux blonds, jeunes et rieurs au bois.


Fabien assis sur un banc, des cheveux longs, du vent. Parle au pont, à l’enfant sur la berge puis à l’enfant ailleurs, plus loin derrière un mur, criant sur un vélo. Parle et ne parle plus, baille aux mouches, aux corneilles. Ne fait rien. Ne dit mot. N’est l’ouvrier que de son temps. Lit quelque chose en son ombre chétive, son petit sang de lait. C’est un libre, on le croit, un suspect de basse souche. Une barbe, des cheveux longs avec des nœuds gris glauque, une loque puis des mies. Un vagabond, et rien. On vient avec la nuit tirer Fabien du doux, du ciel contre ses joues, sa peau, de tous les rêves qu’il couve. On vient avec des lances, la matraque et des airs qui font rouler Fabien. Du vent, les cris très forts, le sang contre les tempes.


On la trouve effondrée, en nuisette sur sa couche, ses draps sonnés de sueur. Trempés. Césarine bleue de nuit, petit ventre ronflant, petit lièvre salé pour courir à la ronde, au pays de lumière. Ne sait rien des douleurs à venir, de Fabien ventre à terre et de Fabien battu, mis dans un van qui s’ébroue puis démarre en furie, rien des os, des labeurs, des pains secs et sans sel et qu’il faudra mâcher. Du peu d’eau, du manque. Cahin-caha, jusqu’au sang, jusqu’au bout, trempée se souviendra.






On vient tondre Fabien, ses mouflons de laine, son bonheur en chemise. On a jeté son livre au pied froid des péniches, aussi jeté ses loques, sa dent, son rire le plus léger. Il a l’œil gelé de groseilles, semé de pire, de poutres, on l’entoure de nos cris, le lie de notre odeur et son regard se perd, son œil se referme. Il dit qu’il n’a pas mal, le bleu est une couleur accrochée au silence, Fabien veille au silence approchant, vire au mauve mortel, on l’emmène dare-dare. Civières dansent, passent l’arche, le pont bien brouté, le chemin qu’il fuyait, sauvage.


Il retrouve Césarine sous la neige amusée, sous le lierre, entre les yeux bout à bout, les os noirs un à un. C’est une enceinte d’hôpital où vont buter les chants quand les chants sont très libres, un rasoir serré de près, de sang dont on repeint les fous. On leur apprend les vertus nouvelles, passe tabac de leur feu, assis non, couché non, debout oui, marchant non, courant oui, rêvant non, dormant non, courant oui. Ils sont camisolés de fleurs qui sont des ferrailles et des murs bien plaqués.


Fabien ne s’assoira plus sur la berge. Il lavera les vitres du port où les bateaux vont droits, tendus, vifs vers les nulle part. Elle nagera, lavera les habits sales au lavoir de l’asile, nagera dans le tambour à crever les démences. On brûlera Fabien vide âgé de quarante ans, collé aux vertèbres d’un almanach nouveau.


On brûlera la mauvaise graine et le mauvais génie, l’assis là bredouille, le doux rêveur au fleuve, le pantois, les Fabien et les fils de Fabien, les Hélène et les Aude, on Brûlera la manie des mains vides, les pierres n’amassant mousse, Césarine légère et les frères Charles chauves. On Brûlera l’oiseau-lyre et la leveuse de laines.



Le jour gît. Son dernier rêveur dore. Point la nuit.



ANTOINE WAUTERS

Antoine Wauters, né en janvier 1981, vit à Liège, sa ville natale. Il est coéditeur de la revue littéraire langue vive (précédemment Matières à poésie) avec Ben Arès et David Besschops.

Licencié en philosophie, il enseigne par intermittences.


 
Il a écrit trois livres : Os (Tétras-lyre), Debout sur la langue (Maelström) et La Bouche en quatre (Le Coudrier).
 

 



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