Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°14- Février 2009- Olivier Verdun-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 1 Janvier 2009, 00:03am

Catégories : #poèmes

 

 

Lune de miel ( extrait)

Des serpents impatients


Avides


Impavides

Convulsifs


Déchargent en langue épileptique

Leur écume de faim


Tu roules et déroules les rouleaux les roulis de la nuit

Les tournis

Les toupies


A peine ébauchée


Au premier jet d’encre


Crayonnée à l’eau-forte


Cette esquisse


Epure


Exquise dans sa pureté

De firmaman


Eau-de-vie

En tord-boyaux

Ombilical

Alambiqués


Obliquant vers d’amples criques cristallines

Aux allures de pipette


Eboulis en trombe de Fallope


S’épandre dans l’étendage

De tes roulis


Tangages de nuits

Aux murmures

Insolents


Qui s’ébat

M’époumone

Ebahie par ses propres

Incantations


Cratère aux ébullitions

Crustacées


Crabe longitudinal aux mille pattes ductiles


Survoltée volte-face

Volubile

Aux volutes voluptueuses


Virevoltante


Virtuose des

Rocambolesques

Cabrioles


Vrille de fille


Sac jamais vacant

Vaquant en vrac


Voïvode ventriloque


Tombée des mues

Des suées

Des nuées

Dénudée

Dénuée


Ebaubie

Ebahie par temps de nuits


Tes bastringues

Bringuebalants


Petite fiente

Fanfaronne

Fanrandole

Funambule

Somnambule


Dans ton horizon de serre

Aux lueurs furibondes

Fulminent

D’étranges follicules


Renoncules

Arpentant

Sans trêve

Des arpents

De rêves


Des serres mouillées

Cerclées de nuits


Poussière de lune


Spectre irisé

Sous le feu

D’inlassables nuées


*


Si Dieu existait

Il faudrait t’inventer


Et s’en débarrasser


Tu es déjà l’Elue


The One


L’idoine

Taillée à même ma peau


A fleur de gênes

A flanc de couteau


Nécessaire contingence

Pas besoin de lui

Du grand

Autre

Puisque tu es

Sans lui


A hauteur d’horizon


Quoique


Ces grâces

Ces moments

Presque d’eau

Nés


Gratuits

Où tout est là


Dans la graisse des ferveurs


Instants de glace

Abreuvés aux sources cristallines

A me faire douter de mes propres doutes


Serait-il las

Tapi trahi dans mes

Silences

A cache-cache

Caché-montré


Souvent senti une sorte de perche

Sans caméra

Manne

Pas vraiment à saisir

Plutôt

Un fil

Pas vraiment tendu

Suspendu

Sans

Rien Ni

Personne


Le long des limons de la vie


Sur le bastingage


Des flottilles amassées

Attendent leur heure de gloire


Sans feux

Ni lieu

Ni vedettes


Il n’y aura plus rien d’antre

Que cette certitude

De toi


Creusée dans les méandres d’infinis réseaux

En strates

Inextricables


Arabesques

D’inextinguibles braises


Se sustenter de toi


Abeille aux essaims de criquets pèlerins

Tu essaimes

En migrations chaotiques

Sans repères

Orthonormés


Même tes hystéries sismiques

Ecument

Se brisent dans l’ouate

De vagues vagues

Epileptiques

Le long d’une échelle de Richter

Improprement

Graduée


Te méfier de ma propre méfiance

Etre à toi mon propre privilège


Alors que tout eût très bien pu ne pas être

Et cesser du même coup


Sans commencement ni faim


S’étonner que tu sois la

Taillée dans toute

L’épaisse sueur de l’hêtre

La matérialité du bois

De la chair gorgée de suc


Pourquoi toi plus tôt que rien


Et si l’eau de ta présence venait à manquer


Où le bruit du silence pourrait-il ricocher


S’épandre

S’éprendre de lui-même

S’étendre

Se tendre

S’apprendre


Les haillons de lumière

N’auraient plus d’espace

Pour te faire miroiter

Et réfléchir en moi


Sans cette eau de toi

Les mendiants assoiffés n’auraient plus de raison d’avoir soif


Et la faim

Sans matière


Tournerait à vide


Dents contre dents


Salive lyophilisée


Langue de sel

Aux rouleaux caniculaires


J’ai dû naître comme toi

Au hasard des courants


La mémoire n’a pas cru bon

Conserver cette trace

Qui ne serre à rien


Ainsi la vague s’efface elle-même sur le sable qu’elle dessine

Et retourne à son propre

Ressac


A elle-même


Plissée dans sa froissure


Emplie d’amples ampérages

Epousant les méandres inlassables

Qu’elle forme d’elle

Striée en vrilles

Astringentes

Astreinte le long de ses propres plaintes


Saillie d’une plinthe crépusculaire


Echancrée dans l’émail du temps


Se défiler dans l’ombre des défis


Maille à partir


Des cris

Stridents


Acides


Oxydés


Bruissants silences


Crissements d’ongles

Sur le tableau moire aux méandres de néant


N’être rien

Qu’une vague immanence

Trop impropre

A force de se laver


Cette immensité qui nous couvre

De songes flasques

Récurrents

Rémanents


Que ce souffle qui ose à peine se dire


Sur la plage meurtrie par les griffures du sel


Ces morsures que tu m’affliges

Sablées sur la grève

Au gré

Des sangles

Et des sanglots


Sables s’émouvant

D’être pas

De ne pas être

De peiner

D’être à peine


Ventre éventé

Vautré

Qui se vante

D’être vent


Avoir vent de tes brises débridées


Qui se brisent


Violent ressac


Baisers labiles

Sur mes lèvres sures

Que tu susurres

Gercés de sucre glacé


Et si la mort devait à jamais t’éconduire

Tu resterais seule

Sans toi

Ni moi


A mirer le large beaucoup trop vaste pour toi


Exposée aux mille brimades amoureuses

Du temps infiniment lessivé


Je reviendrai du fond des âges ricochant sur tes plaintes

Le long d’un improbable chenal


OLIVIER VERDUN


Je suis professeur de philosophie au Costa Rica, membre du comité de rédaction de la revue Cause commune. Doctorant en philosophie, je prépare une thèse à l'université de Paris VIII sur "La métamorphose du religieux dans le processus de la mondialisation". Mon ouvrage L'énigme de la domination paraîtra en septembre 2009 aux éditions Homnisphères dans la collection "Horizons critiques". Je suis également l'auteur d'un recueil de poèmes, Fragments de rêves / Débris d'azur, qui vient de sortir aux éditions Edilivre. Trois autres recueils de poèmes sont en cours d'écriture, ainsi qu'un ouvrage sur le devoir de mémoire. J'ai écrit également des articles philosophiques et des textes littéraires (poèmes, nouvelles) pour les revues suivantes : Mortibus, Le philosophoire, La République des lettres, Le Nouveau Recueil (Jean-Michel Maulpoix), Ecrits-Vains, La roulette russe, Passage d'encres, Bororygmes, Microbe, Lampe-tempête, Arpa (poèmes à paraître l'année prochaine)...
 



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