Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°14- Février 2009- Jean-Luc Slama-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 1 Janvier 2009, 00:03am

Catégories : #poèmes

 

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ALAIN SUIED, POETE DE LA DECHIRURE


Une méditation abondante sur la condition humaine et un ailleurs inaccessible dans une œuvre dominée par l’absence et l’exil, en marge des courants actuels.



Le poéte Alain Suied est mort à Paris le 24 juillet dernier à l’âge de 57 ans des suites d’un cancer.Auteur d’une œuvre abondante (recueils et articles) axée pour l’essentiel sur une méditation de la condition humaine et dominée par une sourde inquiétude face aux soubresauts de l’actualité.Traducteur de poésie anglaise (Dylan Thomas, William Blake, John Keats entre autres), à l’écoute de l’Autre déjà dans Le silence (Mercure de France 1970) au delà de l’illusion et du mystère inhérents aux limites de l’exercice.


L’angoisse existentielle est au cœur du questionnement perpétuel de soi avec en filigrane un immense espoir pour la sauvegarde de l’origine à travers l’amour de l’Autre.D’une sensibilité juive affinée en particulier dans Kaddish pour Paul Celan (Obsidiane 1988) , la solitude de l’homme dans un monde tenaillé par d’effrayants déséquilibres est immanquablement présente dans l’œuvre de Suied. A la limite du désespoir très vite conjuré par un sentiment diffus : l’Invisible car « l’objet est inaccessible » dans cette déchirure marquée par l’absence et l’exil.


Au delà du langage, le poème désamorce les antagonismes du discours, rompt les conformismes arbitraires, élucide cette part obscure de l’intériorité disputée par de fausses certitudes autour du « nom manquant » au centre de la tradition juive.Dans Le juif du sujet ,un court essai sur Celan, il appréhendait l’improbable conjonction de l’Histoire dans les relations entre le judaisme et l’Occident.D’où la nécessité de Rester humain (Arfuyen 2001) dans une réalité conflictuelle pour faire régresser la fatalité qui mène l’homme à la négation de soi.La quête de l’Origine pour ce lecteur de Char et d’Eluard puise ses racines dans un ailleurs impénétrable.


La mémoire des lieux , la douleur des visages par delà les préjugés troublent une réalité factuelle rendue ici ou là précaire .L’intensité intérieure chez Suied ,tantôt pudique ou évasive, tantôt anxieuse ou alerte, à la recherche de l’essence des origines reflètait une phase de l’assouvissement de l’âme avidement recherchée dans Le pays perdu (Arfuyen 1997) avec la singularité d’une écriture ciselée portée par le choix de mots justes à l’adresse de l’Autre ,Ce qui écoute en nous (Arfuyen 1993) en dépit des distorsions du langage sur l ‘amour du prochain qui émaille de belles pages de Laisser partir (Arfuyen 2007) son dernier recueil.

Jean-Luc SLAMA

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