Le silence d’ombre

(à Louise)


Dans la lumière de l’évidence et de la réalité du cerveau,


au point où le monde devient sonore et résistant, en nous.

Antonin Artaud. Textes de la période surréaliste.



La méditante, praticienne patentée de la langue interne, arpente par assiduité d’obstinée les abruptes du fracas intérieur. L’écoutante, elle, se livre à l’essartage méticuleux de toute fulminance sonore. Atteindre le silence d’ombre requiert de dissocier le concept de son vacarme puis de l’établir, probation sans mots, aux extrêmes purulents. Ce qui importe plus que tout est alors de vérifier.


 

Aux complies insécables

Prévoir se désapprendra


L’apparent tonitruant a force d’irraison

La scansion ne console plus l’inapaisée


***


Contre l’élan d’être le psaume n’a pas à réassurer

A l’avers une autre présence que celle de l’irrécusé


***


En œuvrante quotidienneté

Le silence n’est plus de sentence


Aux matines stancées

Toute angoisse est assertive


***


Contre l’abjurant horizon

Le cloître a profusément osé


Avec ou sans le doute

Un pas dans un ancien pas


L’usure de la dalle croisière

Pour preuve de la laudique allégeance


***


Au récitatif remettant aucune lèvre n’osera l’écart


Les mains de nouveau légitimées

apprivoiseront la courbe incantatoire


La voix ne sera audible qu’impersonnelle


***


La repliée agenouillée dans l’opaque absidiole

parcourt en déviance un improbable mutique


Admettre le perforant ondique

jusqu’aux franges du désincarné


Contre la croyance tellurienne

l’éthéré sera sans confort


En-deçà du chiffre sept

point de complexité probante


***


Une écoute en amont de toute séquelle

par omission du corps et de ses stries


Chaque pas accompli de ce côté

sera un pas hors de la faille franche


Oser la traversée avec la certitude du non-retour

Pénétrer jusque là n’est pas sans risque ontique


***


Point d’ange caudataire sous le vitrail affilié

L’indication médullaire est hors d’attente


***


L’oratoire n’est pas un lieu

Jusqu’à lui se retirer

au plus divisible de soi


***


La novice se leurre au conviant unisson

Se simplifier n’abolira pas toutes les peurs


***


Par la supplication épiphanique

explorer l’inaudible questionnant


En défiance de tout enseignement

l’indélivrée appartient à l’atonale prière


***


La sérielle répétition n’assouvit pas

S’acquitter n’est pas de ce monde


***


Pour rappel du périlleux sonore

Sur l’épiphane autel

un bouquet de cirses battues


Dans les travées du non-être

l’euphonique facilité est à demeure


Abjurer peut rétablir l’origine


***


Redevenir l’assoiffée

d’un matin vertical


La fleur des failles infimes

alentira le pas de l’emballée


Le sedum acre n’osera aucun son


Admettre de l’obstinant

la constance hilarée


Poivre des murailles

est son nom de bataille

 

***


Préserver ou abimer

L’arc victimaire dispose

de ses propres outrances


De l’éclat quartzique ne recherchera que le coupant


***


La quérulente quête s’alimente à elle-même


Dans l’arc algique

toute parole est scarificatrice


Le besoin de supplice devient le supplice


***


En parcimonieuse contenance de la révocable lucidité


A trop présumer de l’aurorique destinée

la courbe attente se reniera


***

 

Le seul élan de soi vers soi

ne fait pas la trace gnomonique

 

Tout cadran abusivement hybridé

sera dessaisi du silence d’ombre




Claude Hattingues

(Extrait des Dévorants… à paraître)



Ma trajectoire est parcourue sur sa plus grande longueur. La poésie fut et est pour moi une sérieuse affaire et pas seulement de mots. Cette persévérance s’assouvissait à elle-même. Lui donner visibilité ne s’imposait pas jusqu’à cette prise de conscience de la vie brève. Une brièveté qui ne concerne pas que ma seule personne mais semble-t-il notre humanité tout autant dont après tout nous n’avons pas à être tellement fier.



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Tag(s) : #poèmes

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