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l’oiseau sans nom

 

        Suivre le yoyo de la lune le long du long fil d’une route de campagne. Au bout de la course il y a le repos. La nuit me pique les yeux. Quand j’arrive chez moi, les apparences se sont endormies. Il ne reste que la grouillance invisible qui gigote dans les décombres du temps. La nuit est un chuchotement. elle lave mes oreilles des déchets bruyants du jour, elle me ramène à l’essentiel à grands coups de jets d’eau froide et de savon sous le tuyau d’arrosage du jardin. Je ne dois pas faire de bruit. Je dois me nettoyer longtemps dans la nuit, elle me lèche, langue râpeuse, comme une chatte qui nettoie ses petits. La nuit m’offre ses silences sensuels et ses longs gémissements. Je crois pouvoir dormir. Je crois y avoir droit après tout ce temps perdu à obéir aux hommes, mais non, bien sûr que non, car c’est le moment que choisit l’oiseau sans nom pour planter ses clous dans la nuit. Tous les autres oiseaux dorment depuis longtemps. Certain sont déjà morts d’avoir trop attendu. Certain ont renoncé à construire leurs nids, ils traînent sur les branches comme des enfants perdus. Mais notre oiseau sans nom plante ses cris comme on construit charpente pour étayer nos insomnies. C’en est un qui n’aime pas que les aiguilles tournent dans le sens des montres. C’en est un qui, s’il était un homme, boirait trop de whisky. Il me ressemble, cet oiseau sans nom, il est mon reflet dans les yeux vitreux de la nuit. Nous nous retrouvons tous les deux, au fond froid du silence, pour explorer l’obscurité par le bout nu de nos orteils. Je voudrais le garder derrière mes paupières pour faire des clins d’oeil aux passantes lorsque la vie recommencera. Je voudrais qu’il soit mon complice, le sosie suave de mes nuits blanches, un des précieux caractères de mon imprimerie. Si je connaissais son nom de scène, je passerais un pacte avec lui, pour qu’il me lave les cheveux le soir en rentrant de l’usine, qu’il effraie les politiciens et les assiettes vides. Il pourrait se nourrir de toutes mes prétentions. Nous habiterions une fenêtre immobile et tranquille, une aire de repos pour nuages, à égale distance du dehors et du dedans. Je couperais ses planches, il planterait mes clous, nous construirions ensemble des silhouettes mélancoliques pour les chambres d’enfant. Nous les peindrions à son image, pas besoin de connaître son nom. Son nom ne servirait à rien, mais ses yeux me serviraient de lampe de poche pour atteindre demain. La vie deviendrait douce mithridatisation.

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Le Rire Rouge

(pour Francis Bacon et charles Edzyh)

 

Francis Bacon chanta comme un loup cette nuit. Un loup rouge prêt à tordre la lune. Francis Bacon mâche la nuit dans ses dents. Il traverse Londres à pied, chaque nuit que le sang blanchit. Il traverse Londres, et Paris et Dublin et Bruxelles et Berlin. Chaque nuit la vrille de son cri rouge se trimballe comme une lune rouge dans le verre d’acier de nos ventres. Francis bacon a bu tout notre brouillard. Le pauvre. Un loup rouge prêt à tordre la lune. Il a mâché et léché et mâché et léché et mâché et léché toutes les nuits de la terre depuis que Lilith la pute nous a abandonnés dans des lambeaux de limbes mécaniques à mourir. Lilith la pute nous a abandonnés mais Francis Bacon a bu tout le brouillard. Le pauvre. Francis Bacon explique: Vois- tu mon petit chat, il y a la douleur et il y a la couleur, Vois- tu mon petit chat, c’est doux et c’est simple comme la vie est horrible. Il faut crier. Il faut crier et rire un rire rouge comme la Lune. Un rire de couleur et de douleur. Un rire tordu qui crie comme nos dents que Lilith la douce est partie, la pute notre mère est partie. C’est pourquoi il faut boire à grandes gorgées de cris rouges, à grandes gorgées de rires, il faut boire le brouillard. Oh le joyeux accident de chair qui boit tout le brouillard dans le coeur rouge de la nuit! Oh le loup qui boit le lait horrible de nos questions inutiles! Oh Francis Bacon le rire criard et tordu des orphelins de la lune! Tous orphelins de Lilith la pute! Oh Francis Bacon chanta comme un loup cette nuit!

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La piscine

 

Son maillot ne tient qu'a un fil

Le carrelage brûlant garde l'empreinte

de ses pieds nus

pendant que 3 gouttes dévalent

l'intérieur de ses cuisses

Ici il n'y a pas d'ombre

Il la regarde et dit

la poésie est une goutte d'eau

qui tombe dans la poussière

Elle sourit et ses yeux lui répondent

Je ne marche pas dans ton petit jeu

 

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Des brioches

 

Le poste crépite

les jours fondent au soleil

tout à l'air si paisible

pourtant quand on regarde mieux

il traîne avec le vent une odeur

de grabuge

bientôt les hennissements des chevaux

roussiront prés des flammes

c'est toujours ainsi qu'elles commencent

dans un silence de fin de repas

les révoltes...

 

 

THOMAS VINAU

 

 

 

Son blog: http://etc-iste.blogspot.com

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #poèmes

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