Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°12- Décembre 2008- Michel Cassir -

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 3 Novembre 2008, 00:03am

Catégories : #poèmes

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Plusieurs poèmes inédits écrits en 2008

 

 

 

je bénis les jambes qui hantent

les lieux reculés de l’ombre

les jardins pressentis de l’air

autant de déserts de la langue

 

elles portent les toits et la lumière

à la pâture des tempêtes

et mordent chaque pouce de liberté

comme des loups masqués

 

elles traversent les carnavals et les abîmes

avec cette même cadence mal assurée

qui embrasse chaque caillou

comme une relique de vieux

cavalier désarçonné

 

elles font mine de danser

pour éprouver le souffle

cet amant si proche si proche

de ce peu de réalité qui joue

au cœur intrépide hors

de son coffre de silence

et de pétales d’une autre terre

où l’amour ignore l’amour

et sait recueillir le rien

 

le petit rien roulant des mécaniques

comme un officier en permission

dans les bas-fonds

qui porte l’oxygène

à la ligne de démarcation

 

je bénis les jambes qui fléchissent

dans les bars pour soudoyer

un reste de bonté

une soucoupe de rêve

et soulever la serveuse

dans la culbute des cils

 

je dis je bénis et qui suis-je

pour prononcer la complainte

des moines qui mâchent

le mot d’ordre d’une chorale

hypnotisée par la fuite sans rémission

du sacré au sens des huichols

et des prisonniers politiques

 

je dis je bénis et leurs jambes

coulent des jours de cascades

et de mûres amoureuses

une partie de cache-cache

avec la justice qui ignore

le vrai motif du bonheur

 

je bénis les jambes qui ne sont

que des pantins pressant

le pas vers la première fontaine

venue comme un miroir

 

je bénis aussi le refus de bénir

ces chevaux ces crapauds

ces énergumènes qui bloquent

toute autonomie de la pensée

et la mène comme un chiffon

que l’on traîne par pitié

et c’est là que la bouche

libère enfin quelques

chenilles quelques secrets

 

* * *

 

à Nanos Valaoritis

 

 

les sourcils que dessine la terrasse

ne sont pas des architectes

ils ne poussent

dans aucune direction claire

ou alors celle des anges capricieux

qui jouent aux dés

la dignité des pierres

 

une ville dévoile sa transe

tel un fusain taillé à vif par l’image

d’une voleuse de sang

la mer pénètre les palais

amante pressée de confondre

le creux de l’âme

 

la terrasse se superpose à une autre

qui en devient moins réelle

mais plus désirable

l’ombre mène au quart de lune

et le sommeil concis à la vision

 

la terrasse apparaît et disparaît

au rythme du pouls

et des manœuvres de l’esprit

le cristal d’une voix lave l’air

de son inquiétude

 

* * *

 

 

 

si le bus a d’abord signifié l’échappée

le gazouillis a tôt fait

de saturer le sang

à la première escale

une femme coule nue

dans une porcelaine

de Mandchourie

et les steppes emportent

la mise avec un orchestre

déjanté qui rallie

la boussole du chaos

 

* * *

 

 

 

 

 

 

 

Nous avons traversé l’écluse comme on passe de la dernière lueur à la prière des eaux. Engloutie toute parure des dieux équivoques. Nous sommes entrés dans le mystère sans ouvrir de porte, en glissant de plus haut dans la passion légère comme un paysan osseux enduit de crépuscule.

 

Telle est l’ampleur des muezzins que le propos devient indistinct et la résonance nuée de jacarandas.  Mystique involontaire qui jette ses lianes invisibles, le saut du saut.

 

Nous ne savons plus où nous irons et si l’embarcation ne se trompe pas d’idée. Accoster, partir, se joindre aux cris joyeux des enfants de la rive ou aux oiseaux pressés de déchiqueter le flanc des palmiers.

 

Les mosquées se sont tues au profit de la jeunesse scandant son amour inconditionnel du voyage qui lui passe sous le nez mais dont elle distille l’incomparable flux.

 

Les voyageurs eux-mêmes happent l’air des villages, vite délaissés, pour trouver un sens à la traversée. Ils ne sortiront pas indemnes du temps, fragilisés par l’écho d’un amour qu’ils n’ont pas invoqué. Le temps qu’il fait est plus fort que leur retenue. Ils fondent de particule en particule dans la nuit. Sera-t-elle présage ou encore chauve-souris d’indifférence ?

 

Egypte, mon Egypte que je revois après 33 ans d’absence, avec un avant-goût de Christ qui ne retrouve plus sa croix ni l’arcane de son épopée. Egypte, je n’ai rêvé ni de tes faucons ni de tes crocodiles, à part sans doute celui que le garçon de chambre nous a fabriqué avec le couvre-lit. Un long crocodile de paix avec dans la gueule le guide du Routard.

 

Ironie et tendresse !

 

Je confonds mon retour à celui de Giuseppe Ungaretti sur le paquebot Esperia vers son Alexandrie natale dans les années 1930.

 

Egypte, que la magie te porte encore comme un talisman contre cette folie qui ronge ton intégrité, ta dignité. Egypte, amante de ce chant lunaire, insomniaque et de cette danse libre de toutes règles, simples gestes de paysans qui vouent à l’air, à l’eau et au désert leur humble souffle.

 

Egypte, dont les véritables dieux brûlent encore dans les yeux apeurés ou rieurs d’un jeune cafetier, médiateur humain, trop humain, d’un secret qu’il est temps que je taise.

 

 

MICHEL CASSIR

 

                  

Bibliographie :

Aux Editions L'Harmattan


  ATELIER DE SABLE
Michel Cassir

IL SE PEUT QUE LE RÊVE D'EXISTER
Michel Cassir
RALENTI DE L'ÉCLAIR
Michel Cassir
BRAISE DE GALOP
Feuille itinérante
Michel Cassir
L'INFINI RAPPROCHÉ PAR LES CORNES
précédé de Théorème
Michel Cassir - Préface de Serge Pey
DE L'OBSCURE ÉTINCELLE
Nouvelle poésie d'expression française
six poètes
Préface de Michel Cassir
LES DISTANCES MAGNÉTIQUES
Antoine Boulad, Michel Cassir - Préface de Gérard Augustin
DIEUX DES DIEUX DES DIEUX
Suivi de Chronique d'ici-bas
Michel Cassir - Préface de Ghislain Ripault

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=1438

http://www.alapage.com/-/Recherche/michel-cassir.htm?type=1&mot_auteurs=Michel+Cassir&id=76421225722329&donnee_appel=GOOGL

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