Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°11- Novembre 2008- David Nahmias-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 1 Octobre 2008, 23:03pm

Catégories : #poèmes

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Rue Brancion

 

40 watt de lumière baignent les étals

la dame en écharpe sanguine

frôle des doigts un titre

sur un livre blanc

 

des ombres bossues

dans les allées mates

sortent leurs mains

pour étrangler les livres

 

les fantômes des chevaux

pendent encore à des crochets

et leur sang goutte

goutte

    à

goutte

sur l’écharpe rouge

 

Je n’entends plus résonner

mes pas

Pourtant un à un

Perdu

Où alors est-ce dans une autre rue

qu’ils murmurent

feutrés

un poème

VienS ! allons boire !

 

*

 

Jardin du Luxembourg

 

Jardin du Luxembourg

pétri d’automne

les allées lourdes

de feuilles sombres

et mon passage

silencieux

entre arbres

            et statues

Dans l’ombre encore

Bien plus profonde

− noir et sans reflet −

un couple enlacé

leurs visages

tachent d’un blanc laiteux

le frémissement  des branches

et les paupières cachées

dans le paysage

closent comme des regrets avoués

 

*

 

Rue d’Artois

 

Rue d’Artois, de la Boétie

puis parallèle rue Paul Baudry

c’est dans ce périmètre

-  Qu’as-tu fait ô toi que voilà ! -

 que ma jeunesse se nicha

dans une chambre sans fenêtre

ou alors juste un vasistas

Les soirs aux rues humides

nous descendions jusqu’au bas

des Champs-Élysées presque vide

Les lumières y croisaient leurs aiguilles

pour tricoter ce voile blanc

qui sur nos têtes penchés scintille

Assis près des arbres sur un banc

nous comptions maille à maille

notre amour afin que mieux il aille.

 

*

 

 

Rue des poètes

 

nue comme un ventre de femme

la rue compte

pas à pas

ses semelles de douze pieds

 

Rue Ravignan

Poète !

Tu rêvais ton mur en belles images

Pour à genoux le regarder

Et toi à Londres

de tes trompettes marines

tu faisais trembler ton cœur

à jamais épris de l’unique citadine

 

Le bruit de ses talons te chasse

Et tu y reviens rêver

De l’onde de sa cuisse blanche

sous son bas  noir effilé

sa jupe rouge levée dessus

comme un rideau

 

Et toi poète

Près des Maillol nus

Que la lune caresse de ta main

Tu la cherches au fond des lits

où toujours baisse la lumière

 

Rue des Cannettes

Rue du Four

Saint-Sulpice a mis ta barbe de poète

Et quand l’autobus passe

Sur ton carnet qu’ont piétiné les passants

Tu notes son visage

À travers la vitre découpée

 

Pourtant pleure la fontaine

 

 

Extraits de « Personne ne vient plus libérer Paris par la porte d’Orléans »

 

 

 

DAVID NAHMIAS

 

David Nahmias est né à Alexandrie.

Ouvrages publiés : Bal-Trappe, l’Éther Vague - Patrice Thierry éditeur, 1993 - La Correctrice, Éditions du Rocher, 1995 - Cadavre à basse température, Éditions de la Voûte, 1997 - Mister Alto, Mercure de France, 1998 - Emmanuel Bove – Carnet d’une fugue, Le Castor Astral, 1998 - Alexandrie mémoires mêlées – L’Harmattan, 2004 - Nos Amis - en collaboration avec François Possot – Editions Finitude, 2008.

Il collabore à l’association littéraire Apaches & Associés : http://www.e-monsite.com/apaches-litterature/accueil.html

 

 

 

 

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