Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°10- Septembre/Octobre 2008- Clayton Adams-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 3 Septembre 2008, 23:02pm

Catégories : #poèmes

**

 

 

Pour Régine
 
Je
     j'ai recherché ton immeuble
     une rue étroite, presque une ruelle
     entre le boulevard Saint Antoine
     et la rue Charlemagne
     des pavés brillants
     sombre, ombragée
     juste à deux pas de mon appartement
Je
     j'ai reconnu la rue
     l'adresse
     près du café avec le café, les croissants
Toi
     tes chuchotements
     ton rire
     le bâtiment gris, la pierre
     les échos
     les ombres
     le soleil de Saint Paul
     n'a pas brillé pour toi
Toi
     ta photo prise à la gare
     (la même gare d’où tu es partie)
     les fleurs à côté de toi
     la belle robe
     le collier
     la broche en forme d’étoile sur ta poitrine
Moi
     à la gare
     à la Gare du Nord
     fatigué d’être monté sur la colline
     monté le long du Faubourg Poissonnière
     en sueur, non préparé
     recherchant autre chose, quelqu'un d'autre
     trouvant les photos
     ta photo
     les photos de beaucoup d'autres
     d’autres qui sont également partis
     qui sont partis par groupes
La terreur
     tu dois avoir ressenti la terreur
     des grands hommes en noir
     la raison inconnue pour laquelle ils sont venus
     les hommes inconnus
     le voyage vers cet endroit avec les autres
     les autres qui partiraient également
     qui avaient également rencontré les grands hommes en noir
     la raison inconnue
Le train
     partant de la gare
     la gare où j'ai vu ta photo
     un train bondé
     le voyage assoiffé, affamé
     semblant ne jamais finir
     inquiet de la destination
     la destination où
     la raison inconnue se trouvait
L'arrivée
     la gare avec de grands hommes en gris
     la gare en plein air
     les cris
     la confusion
     puis la salle sombre
     avec les autres qui avaient fait le voyage
Je
     j’ai seulement ta photo maintenant
     en blanc
     les fleurs près de toi, la broche en forme d’étoile sur ta
 poitrine
     inconsciente
     des grands hommes en noir et en gris
     de la raison inconnue
 
 
 
Poème pour Régine Ajdelson, 7 ans, qui habitait Paris au 25, passage du
 
Prévôt, et mourut à Auschwitz en 1942.
  
                   
 
 
 
Traduction : May Gicquel
 
 
**
 
En anglais:
 
For Régine
 
 
I
     I searched for your building
     narrow street, almost an alley
     between boulevard St Antoine
     and rue Charlemagne
     shining cobblestones
     dark, shadowed
     just around the corner from my apartment
I
     I recognized the street
     the address
     near the cafe with coffee, croissants
You
     your whispers
     your laughter
     grey building, stone
     echoes
     shadows
     the Sun of Saint Paul
     did not shine for you
You
     your picture from the train station
     (the same train station where you left)
     flowers beside you
     beautiful dress
     necklace
     star brooch on your breast
Me
     at the station
     at the Gare du Nord
     tired from the climb up the hill
     up Faubourge Poissonnière
     sweaty, unprepared
     looking for something else, someone else
     finding the pictures
     your picture
     pictures of many others
     others who also left
     who left in groups
 
The terror
     you must have felt the terror
     of the big men in black
     the unknown reason they came
     the unknown men
     the trip to the place with the others
     the others who would also leave
     who had also met the big men in black
     the unknown reason
 
The train
     leaving from the station
     the station where I saw your picture
     a crowded train
     the hungry thirsty journey
     seeming to never end
     anxious for the destination
     the destination where
     the unknown reason was
 
The arrival
     the station with big men in grey
     the station in the open
     shouting
     confusion
     then the dark room
     with the others who had made the trip
 
I
     only have your photograph now
     in white
     flowers beside you, the star on your breast
     unknowing
     of the big men in black and grey
     of the unknown reason
 
A poem for Régine Ajdelson, age 7, who lived in Paris at 25 passage du 
Prévôt, and died at Auschwitz in 1942.
 
 
This poem was first published in The Broadkill Review.
 
 
CLAYTON ADAMS

 

 

 

Clayton Adams a grandi dans le comté de Marion, 

Arkansas, Etats Unis.

Il a fréquenté l'Université du Delaware


et a passé plusieurs

années dans l'armée (Vietnam). Photographe de mode 


à NYC

et à Paris. Il se consacre également à l'écriture.



Il vit actuellement dans une ferme dans la région


des Lacs Finger dans l'état de New- York.

 

**

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents