Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°10- Septembre/Octobre 2008- Joachim Zemmour-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 3 Septembre 2008, 23:03pm

Catégories : #poèmes

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         "Cap-à-Ferret..."

 

 

     Cette nuit-là, j'ai erré à vau-l'eau le long

des syrtes d'Arcachon.

 

 

     J'étais à bord d'un canoë. À moteur;

et à rames. Sans voiles...

 

 

     J'ai ramé.

 

 

     Et j'ai ramé, à tire-d'aile, jusqu'aux écueils

au-delà... Cap-à-Ferret.

 

 

     J'étais fou. Ivre d'exil et d'écume, j'étais,

ce soir, le nocher du Styx.

 

 

     Quand j'ai accosté.

 

 

     Sur l'autre rive. Il y avait, à l'entour,

d'étranges arbres nés de l'eau-de-mer, où

s'accrochaient algues et huitres.

 

 

     Et j'ai frôlé la grève, à contre-courant,

voguant à la seule lueur d'une lanterne...

 

 

     Mon harpon, à mon flanc.

 

 

 

     J'attrapais çà et là, en mes rets, d'oublieux

rayons de Lune...

 

 

 

     À ce moment précis, je l'ai entendue. Sa voix,

d'abord, aux échos d'outre-Terre. Et puis l'harmonie

de son instrument, éthéré, à sept cordes pincées.

 

 

     Harpe d'Ëole.

 

 

     Chantait-elle à mi-mot.

 

 

     À l'aide d'un très fin peigne nacrescent, son ménechme

près d'elle était en train de lisser ses ineffables cheveux

bleuâtres, ce soir;

 

 

Syrène...

 

 

     À côté d'Elle, seyaient d'autres créatures. Il y en

avait trois, ou quatre: je ne sais plus. Laissez-moi.

 

 

     Qui soupiraient autour de sa Harpe, à elle. Eternelles.

 

 

Anadyomène.

 

 

Mais...

 

 

     Entre les arbres-de-mer,  ce soir, j'avançai. Je me glissai

dans la nuit naissante, vers mes belles naïades...

 

 

     À ma vue, soudain, celle au peigne de nacre émit un cri

cristallin, et fuit. Dans l'eau verte.

 

 

     J'harponnai.

 

 

 

L'Autre.

 

 

Et ses soeurs, dans un mouvement d'effroi et de

panique, s'éclipsèrent instantanément à la suite

de la première.

 

 

     J'eus vite fait d'échouer l'embarcation sur la grève,

avec hâte. Quittai l'esquif...

 

 

     Elle gisait.

 

 

Ma Syrène.

 

 

Et le sang affluait, à longs flots, de sa poitrine

d'ébène...

 

 

     J'arrachai son coeur.

 

 

Alors, j'attachai sa queue inerte, squamée d'écailles

ophidiennes, à la poupe du canoë.

 

 

Puis j'allai. À la dérive.

 

 

 

 

 

 

 

JOACHIM ZEMMOUR

 

 

 Il se présente :

 

Je m'appelle Joachim Zemmour, j'ai 21 ans, et je suis originaire de Bordeaux. J'ai collaboré à la revue "Le Bord de l'Eau" de ma région, et je suis actuellement publié par "Le Journal Littéraire". Mes passions sont la poésie, l'Angleterre, et la traduction. Je suis d'ailleurs étudiant en "Master of Arts in Translation" à l'University of the West of England, à Bristol, au Royaume-Uni. J'aime écrire des poèmes, mais j'aime aussi les traduire parfois. C'est ce que j'ai fait avec "Ode à Champagne", que j'ai originellement composée en français, avant de la traduire en anglais. Ce poème bilingue m'a valu une distinction lors du William Faulkner Writing Contest, aux Etats-Unis, en 2006.

 

 

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