Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°9- Juillet et Août 2008- France Burghelle Rey-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 4 Juin 2008, 23:03pm

Catégories : #poèmes

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LYRE EN DOUBLE

 

 

 ( Sélection de textes )

 

 

 

 

 

Dans le consentement des choses au temps qui passe

ma barque glisse entre les roseaux du soir

et j'assiste enfin à l'envol des passereaux

mais la brume se fait fumée

et les dissimule à mon regard

 

Quand plus tard baisse la fièvre du jour

les ramures se taisent après le vent

et deviennent le refuge d'un peuple muet

 

Moment de grâce pour la nuit de mes mots qui cherchent ton visage

consolante sève de ma vie sans toi

 

 

 

 

 

Voyelles en larmes sans tes poèmes

et mortes sont tes consonnes que tu écris sans elles

 

Tes mots têtes cassées de ton mutisme en guerre

 

Le silence tel la rançon de la liberté

 

Des règles désertées ne reste que le vide

 

Retrouve la parole avec l'esclavage

 

Recolle enfin la mosaïque

de tes syllabes en miettes

 

Emotion en tesselles

 

Morceaux devenus phrases

 

Ta beauté renaîtra

 

 

 

 

 

 

L’ivresse – mes vers s’y livraient -

s’évaporait en nuages du temps

Me voici muette seule sans vie

 

Mais je préfère enfant terrible d’une génération soumise

le silence la solitude la mort

plutôt qu’une vie sobre – respect

de la grammaire des rimes et du bon rythme

 

Je compterai mes syllabes

comme l’ivrogne les gouttes

au fond de sa bouteille

 

Rien n’apaisera ma soif d’écrire

 

Je tituberai sur mes vers

Pour renaître saoule de vie

 

 

 

 

 

 

Ta poésie nouvelle-née se voudrait enfant boiteuse

vêtue d’étonnement

 

Tu la com-prends dans tes promenades

où tu cueilles ruines-de-Rome et saxifrages

pour l’herbier de tes vers

 

Ferme   en rentrant   ta porte

au déjà-vu des choses

Ta surprise - souviens-toi- à chaque tournant des routes 

 

Ne bouge pas de ton seuil

                            prêt à repartir

laisse sécher ces fleurs

 

Retrouve au départ de tes mots

ton écriture lustrale

 

 

 

 

 

 

Tu conduis pour moi ton poème-oiseau

( rappelle-toi l'escadrille de Malraux

dans le ciel noir d’Espagne )

 

Ses ailes s’ébrouent dans le blanc de ta page

 

Les cordes de ta lyre

forment ce tableau de bord

que j’effleure de mes doigts

 

Nos mots seront des bombes pour nos révolutions

 

 

 

 

 

 

Otages de tes angoisses

poèmes  pèlerins aux sources de la liberté

qui violent le silence

                           marié à ta musique

 

- ton réveil exalté enfin sous la glycine

 

et de tes mots la houle qui fait vibrer tes vers -

 

 

J'aime quand tes yeux rayonnent dans l'échancrure du ciel

 

 

 

 

 

 

 

Miracle de mon alphabet:

 

l'oméga violet du Poète

l'i grec de tes yeux irisés

 

J'ai aimé ces temps incertains

où même en ton absence

chaque lettre comblait ma solitude

 

Reste maintenant ton epsilon

au clavier des voyelles

 

Vois-tu là d'où tu es

ma vie recommencée?

 

J'enlève au verbe v ivre

         son initiale

et verse  ici  le vin  souvenir d'une vigne de mots

 

 

 

 

 

 

 

Les figures du temps se déplacent

au fur et à mesure de tes pas

 

elles échappent au désir de ta main

tes doigts happent le vide

                                                                                                                                                                                          

bouche frustrée

 

mots à créer sans cesse

pour écrire la présence

                                                                                                       

la présence inlassable en toi

des pensées et des choses

 

des choses pour combler l’absence

                                                                                                                                                                                                          

tes images t’offriront les heures les plus vivantes

 

 

 

 

 

Paroles si blanches

      reflet de ton absence

 

Paroles si impures

      et silence rompu

 

Paroles de pierre

            de ton passé perdu

 

            mais

 

Paroles d'eau

             de ton présent précaire

 

            puis

 

Paroles paisibles

             du jour où tu peux te relire

pour  voir luire des étoiles

             dans le froid de ta nuit

 

 

France BURGHELLE REY

 

 

 

 

 

Née en 1952, je vis à Fontenay-sous-bois et, certifiée de Lettres Classiques, enseigne à Paris.

Marquée par l'oeuvre et la personnalité de Jean Cocteau, j'ai fait ma maîtrise sur le Visible et l'Invisible dans son oeuvre. Mon DEA, ensuite, a porté sur la théorie moderne de la création.

Ecrivaine de l'ombre, j'ai souvent repris l'étude et l'écriture mais sans jamais publier. Ainsi de 1997 à 2004  ai-je écrit trois romans et un recueil de nouvelles après avoir laissé en friche un certain nombre de poèmes et de chansons ( paroles et musique ).

La poésie semble bien mon mode privilégié d'expression car j'ai toujours recherché la concision et l'ellipse à la limite du silence.

Elle représente aussi pour moi mise à distance et don à l'autre comme on peut l'entendre dans les titres de mes deux recueils: Lyre en double ( 2007, 80 p. ) et Odyssée en double ( inachevé, env. 100 p. )

 

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