Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°9- Juillet et Août 2008- Daniel Aranjo-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 4 Juin 2008, 23:03pm

Catégories : #poèmes

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         ULTIMI CANTI DI SAFFO

(Derniers Chants de Sapphô)

 

 

DE L’IMMORTALITÉ

 

 

fragment infernal

 

 

Cinq taureaux blancs dans la chaleur mugissante du marais

 

 

DE L’IMMORTALITÉ

 

 

fragment infernal

 

 

[…] l’œillet-poète clair au bout de tes longs doigts ombreux

[…] et vous, très vastes dieux […] dont la face dernière […]

 

 

 

DE L’IMMORTALITÉ

 

 

fragment infernal

 

 

et ce paon sauvage, cadeau de l’âme pour tes ancêtres [1]

 

 

DE L’IMMORTALITÉ

 

 

fragment infernal

 

 

à cette heure

où bruinent, sous les rêves les plus jeunes de la nuit, des dieux de cristal

 

 

 

DE L’IMMORTALITÉ

 

 

autre fragment

 

 

[…] neige du coucou […] large jouet de bois à tes doigts […]

mâle lueur d’un papillon, ailes au repos, éployées, encore palpitantes

posée sur tes cheveux […]

 

et cette musique de fête que l’on réécoute, de loin, sans

se souvenir que c’est un nerveux cortège nocturne de fête […]

 

*

 

ah tristesse,

tristesse et prestige du parfum antique de fleurs de ta peau !

 

 

BADINERIE SUR UN AIR BIEN CONNU

CHANTERONNÉE HIER MATIN DEPUIS MON LIT

 

 

J’aime les filles du passé, j’aime les filles d’avenir,

j’aime les filles qu’on voit danser, j’aime les filles qu’on ne voit pas,

 

j’aime les fill’ de ma voisin’

- et le vent éternel des rivages d’Asie. [2]

 

 

 

AUTRE BADINERIE SUR UN AIR BIEN CONNU

CHANTERONNÉE À L’INSTANT DEPUIS MON BAIN

 

 

(Mais, las, que restera-t-il de nos amours,

de notre feu spirituel

 

et du vent, lent, de tous les jours ?)

 


 

 

PROSE PRISE SUR LE MOTIF

 

 

mais tu parles

et je ne t’entends plus, je te regarde

 

mais tu parles

et dans la foudre bruyante, soudain silencieuse,

 

je ne vois plus que ton dialecte mélodique et nasal descendre et monter

cérémonieusement devant ce concours de danse d’un amphithéâtre de nuit

 

et tes yeux noirs, illuminés de khôl noir et de cendre noire de khôl,

briller

 

sur ton habit mauve-sang

sur ton habit bleu pâle

sur ton habit obscur

 

(oh pusses-tu te voir

comme nous voyons, muets, croître l’éclat noir de ta voix

et celui de tes yeux quand tu tournes dans ces hautes robes

 

mauve-sang

bleu céleste

noir scintillant

 

qui te grandissent et que tu changes à l’entracte

avec tes cheveux

relevés puis noués noirs en long chignon puis lâchés

 

pour cette valse ivre de soi, ivre de toi

en fait docile et maîtrisée

 

et rouge-sang et bleu ciel et noir radieux

rebriller en alternant ainsi à notre insu

 

yeux noirs

feu astral

 

sur toi

pour toi

autour de toi

 

extrême roseraie

et de ces arènes ah hélas à jamais lointaines de nuit)

 

 

DANIEL ARANJO

 

 

 

Daniel ARANJO

 

 aranjo@univ-tln.fr

 

MC en littérature comparée à l’Université du Sud (Toulon-Var). Prix de la Critique 2003 de l’Académie française, est aussi poète et dramaturge (trois textes créés par le Théâtre du Nord-Ouest, Paris IXe, de 2002 à 2008 : Un Requiem en français en divers découpages ; Agamemnon, Atlantica éd. ; Les Choéphores). A publié des poèmes dans quelques revues (Poésie, Autre Sud, Friches), sur quelques sites Internet (Babelmed/Trans-ports), et récemment d’autres poèmes saphiques aux éditions Poiêtês sous le titre De l’éternité et de l’immortalité selon Sapphô, de Mytilène (éditions Poiêtês, BP 84, L-3901 Mondercange, Luxembourg ; contact@poesie-web.eu ; 19 euros franco) ; deux autres séries sont disponibles sur le très érudit site www.saphisme.com, consacré à la poétesse Sapphô.

 

 

 

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[1] Ce vers, qui nous est parvenu isolé, et qui semble faire allusion à quelque croyance primitive, est parfois intégré dans l’une des berceuses que la tradition attribue à Sapphô, dite « Berceuse au paon sauvage ».

[2] Heinsius considère que ce poème, comme le suivant, qui n’ajoutent rien à la gloire de Sapphô, doivent être supprimés des textes qui lui sont attribués. Certes. Mais on a conservé de courts textes sans ambition chez les plus grands (courtes chansons grecques chez Nerval, distiques insignifiants, et dont c’est le charme à l’égard de ce qui les entoure de plus noble, chez Toulet, etc.).

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