Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°8- Juin 2008- Daniel Leduc -

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 30 Avril 2008, 23:03pm

Catégories : #poèmes

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Matrice de la nuit, les yeux clos te regardent,

l’univers est un vol de poussières

expectorées du temps, là-bas sur les frontières

se brisent les vagues

des Hommes sans voix, ce sont

les pipistrelles

qui mangent les ombres

suintant des miroirs, et me voilà

envie,

désir d’accompagner les femmes

les enfants

vers d’autres

balançoires – que la vie tangue,

ventre de houle. Le chagrin

se fera cuir, crachin

sur l’écorce

des vaisseaux.

Nuit, que viens-tu dévoiler

qui ne soit

volatile,

quelle fleur

en ton soleil ?

Me voilà

dissous dans le café

que l’aube sucre déjà.

Des miettes

de pain

sur le visage.

Le jour se fend

d’une insolente

clarté.

 

Il n’y a plus de nuages. Plus d’éclairs plus de ciel.

Ce que nous lègue l’aurore, c’est, en chaque lieu,

la présence de la vie

verticale.

Mon corps est cet arbre

sur lequel

s’ancrent les mousses

les lichens et les vents –

tout un passé qui croît en sa demeure,

Les jardins sont des pages,

des écritures sarclées ;

je préfère le désordre

en jachère –

l’espoir y est plus grand.

 

La foule dans le métro est une entité secrète ;

derrière chaque visage s’obscurcissent des paroles

que le jour tente de percer.

Les quais ont une odeur de lente réalité

où se heurte l’empressement du désordre.

Il faut choisir entre les lignes,

savoir prendre la bonne trame,

que le transport se fasse

par le hasard de la nécessité. À ce sujet

je n’ai qu’un seul regret : les saccades

et autres secousses – de plus en plus rares –

comme si

la vie devait rouler se dérouler

dans un mouvement

sans valse…

Et que faire

de tout

ce qui déraille ?

 

Toutes les rues ont une destinée,

ne sont que passage,

traversée

où tenants et aboutissants se rejoignent

dans un même entrelacs. Je

circule

entre le désir et l’errance,

avec dans mes pas la volonté de me perdre

là où les femmes surprennent

ce qui ne se dit pas.

Regardez comme les toits

sont les planchers du ciel,

comme l’asphalte

recouvre

ce qui est tu.

Partez plus loin que la raison –

allez donc voir

tous ces oiseaux

sans ailes…

 

Le piéton de la ville déplace son regard dans la lenteur du jour.

Chaque pas est une seconde

dans un premier temps,

un mètre déployé

par une pensée en marche ;

chaque pas s’en va

vers la face qui nous crée.

Et je m’en vais tranquille

au plus près des façades,

derrière lesquelles se vautrent

de nouvelles ombres, furtives –

comme est furtif

le mot. Je marche

en une phrase

qui traverse

les saisons.

L’allure est un écho,

au timbre

imperceptible.

 

Daniel LEDUC

 

Daniel LEDUC est né à Paris en 1950. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages (poésie, livres pour la jeunesse) ainsi que d’une centaine de nouvelles publiées dans divers quotidiens et magazines. Ses textes ont été traduits dans une dizaine de langues. Il exerce des activités de critique littéraire. On peut consulter son site Internet à l’adresse suivante :

 

www.harmattan.fr/daniel-leduc

 

 

 

 

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