Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°8- Juin 2008- Françoise Oriot-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 30 Avril 2008, 23:00pm

Catégories : #poèmes

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Errance.
 
J'étais morte
Perdue dans les volutes rêveuses
De l'encens que mes jours avaient récolté.
J'étais morte, encendrée,
Et parce que sous mes yeux morts
Sa bouche étouffait encore la lumière,
J'allais quérir le désir dans sa tanière,
Nourrir mon fantôme de la fuyante jouissance.
...Afin que, pour mon salut,
L'amour ne soit plus ce jeune dieu
Dont la poitrine avait été l'enclume de mes haines.
 
        
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Rite.
 
Brise, mon enfant, détruis
Casse les choses usées,
Abandonne et fracasse !
Au vieil hiver paie le tribut.
Arrache tes rubans :
I1 n'est plus
Le temps reptilien de la retenue.
Déchire ta pelisse de l'an dernier ;
L'eau des embellies
Sera tiède à ton bras nu.
Élève dans le bruit
La clameur de joie, mon enfant !
Piétine ta couronne
Et ton édredon,
La joliesse convenue
Qui veut estamper ton irrévérence.
Brise, mon enfant, détruis !
Dans la dévastation
Forge ton hérésie
Ta respiration, ton faste.
Brise, casse, fracasse !
Jonche tes vagabondages
Des éruptions démesurées
De ton incarnation,
Des œuvres de sa rage.
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Cénotaphe.
 
Nous avons creusé la mer en son milieu
L'enfant avait choisi une date : 2010,
Une date bien au milieu de la mer.
Tous les rivages sont lointains
Bleu-mauve ou dans la brume
Celui-ci en vaut un autre
Avait pensé l'enfant.
Mais le trou au milieu de la mer
Nous terrifiait.
Blasphème ! doit-on
Obéir au choix d'un enfant ?
Qu'ont-ils fait de la mer enlevée
De ce qui fit ce trou
Vertige pour le soleil ?
L'ont-ils vendu en petits paquets
Discrets - à la sauvette ?
En ont-ils fait une montagne,
Une joyeuse et belle montagne de mer ?
Non, ils l'ont étendu loin des regards
Et ont laissé s'évaporer
Afin qu'il ne reste pas de trace
Des quarante-sept années de peine.
 
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Au troisième jour.
 
Eau glacée comme une gifle
Gifle comme l'eau glacée
Quand un cœur n'en finit pas
De se contraindre à la lisière
T'en souviens-tu ?
Sept ans sous le vent des cimes
Et le cœur rejoindra les bosquets des rendez-vous Sept ans à dévaler les dunes
Et le cœur rejoindra la noria d'une palmeraie
Sept ans dans l'eau glacée
Et le cœur rejaillira, intègre, ardent
Le reconnaîtras-tu ?
Flamme trop vive, et si fragile
Qui arrondira ses mains autour de toi
Contre l'haleine des jours ?
Qui ouvrira sa poitrine comme un refuge
Où, cœur, tu oublieras
Jusqu'aux larmes de l'eau glacée.
 
 
FRANCOISE ORIOT
 
Françoise Oriot est née à Roanne, il y a 45 ans. Elle enseigne le français à des enfants non-francophones. D’autres poèmes inédits ont été publiés par la revue Friches.
 
 
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